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Assurance et transition énergétique : quel rôle pour les assureurs ?

Publié par le , Mis à jour le 10/04/2020 à 09:59

Transition énergétique : quel rôle pour les assureurs ?

En matière de transition énergétique, les efforts doivent être fournis par tous, et le secteur de l’assurance n’y échappe guère. Confrontés à une hausse des pertes économiques liée aux catastrophes naturelles, les assureurs se voient contraints de modifier leur approche et d’encourager les assurés à accentuer la prévention, mais surtout à consommer autrement.

Le changement climatique impacte le secteur de l’assurance

Des pertes économiques à la hausse depuis 1970

Réalité du changement climatique et nécessité d’une transition énergétique ne sont plus à démontrer. Cette réalité est depuis bien longtemps devant nos yeux, se faisant ressentir différemment selon notre situation, nos perspectives ou nos aspirations. Pour le secteur de l’assurance, cette réalité est tout d’abord économique. Chaque année, le réassureur suisse Swiss Re livre une estimation du coût total des catastrophes naturelles survenues durant l’année écoulée. En 2019, la facture à l’internationale s’élevait par exemple à 140 milliards de dollars, soit 126 milliards d'euros. En 2018 cette facture était d’un montant supérieur : 176 milliards de dollars de dégâts. Cette année-là, 81 catastrophes naturelles avaient été recensées par le réassureur.

Si la facture a quelque peu diminué entre 2018 et 2019, les pertes économiques liées à ces catastrophes ne cessent de croitre depuis 1970. Outre l’indéniable intensification de ces événements et la hausse de leur fréquence, l’augmentation de ces pertes s’explique également par une amélioration de leur recensement et un accroissement du capital installé. Quatre facteurs déterminants qui contraignent le marché de l’assurance à adapter son comportement et à prévenir les risques autrement.

Parmi ces nécessaires changements de cap, le plus récent concerne certainement la réforme du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. Votée à l’unanimité au Sénat en janvier dernier, cette réforme fait suite à la recrudescence des catastrophes naturelles, mais aussi à la vétusté du régime (1982). La proposition de loi émise par Nicole Bonnefoy, sénatrice socialiste, vise à apporter une réponse concrète aux sinistrés ; plus concrètement, qui va payer la facture et surtout, est-ce-que les assureurs pourront toujours suivre dans le futur. Néanmoins, le vrai sujet est de parvenir à contrôler la hausse des primes d’assurance en mettant l’accent sur la prévention. Des décisions fortes au niveau de l’urbanisation ou des zones constructibles apparaissent ainsi comme inévitables.

Ne plus assurer ou assurer autrement

Concernant l’urbanisation justement, la France, par son Plan de prévention des risques naturels (PPRn) définit les zones vulnérables, et notamment les zones non-constructibles. Par la loi, les assureurs peuvent, à partir de ce plan, refuser d’accorder la garantie catastrophes naturelles pour les biens ou activités implantés dans des zones jugées inconstructibles. D’ailleurs, le nombre de compagnies ne couvrant plus certaines zones ne cessent de cesse d’augmenter. C’est notamment le cas de Groupama ou du Crédit Agricole qui, depuis 2000, ont décidé de ne plus couvrir certaines zones et notamment celle du pourtour méditerranéen. Pour toutefois éviter de se retirer du marché et voir un nombre croissant de personnes ou de biens non assurables, les assureurs vont devoir être contraints de modifier les contrats. Afin que ces nouveautés n’exacerbent pas les inégalités géographiques, les efforts de prévention devraient également être fait. A l’image d’un assuré installant une alarme dans son habitation pour éviter les cambriolages, les habitants de zones à risques pourraient être encouragés à renforcer leur logement selon les évènements climatiques se déroulant fréquemment dans leur région.

Encourager la consommation de nouvelles énergies

Si encourager la prévention apparaît comme une obligation pour ce secteur c’est aussi parce qu’évaluer les risques est de plus en plus compliqué. Inciter les assurés à modifier leurs comportements semble dès lors inévitable. C’est le chemin pris par divers assureurs qui, depuis plusieurs années, proposent des produits d'assurance favorisant les comportements vertueux. De même, certains développent des produits spécifiques, plus responsables, encourageant la transition énergétique : installation de panneaux solaires, choix d'un fournisseur vert via un comparateur d'énergie, assurance auto au kilomètre, etc. Quelques offres vertes se développent en effet sur le marché des assurances de biens, que ce soit pour les habitations ou pour les véhicules. Si l’équipement de l’assuré est favorable à l’environnement, la prime d’assurance peut être réduite. L’enjeu pour les assureurs est aujourd’hui de développer de nouvelles offres afin d’inciter davantage les assurés à consommer « proprement ». Une consommation qui passe notamment par le fait de miser sur les énergies renouvelables.

L'assurance doit investir dans la transition énergétique  

Le secteur de l’assurance est directement impliqué dans la protection de l’environnement et la transition énergétique, que ce soit en tant que pourvoyeur de couverture de risque ou d’investisseur institutionnel. Avec 2628 milliards d’euros de placements, les assureurs ont en effet un rôle à jouer dans le financement de la transition énergétique. Un rôle qui leur est en réalité dévolu. Votée en 2015, la loi relative à la « transition énergétique pour la croissance verte » implique directement le secteur de l’assurance. Fonds de garantie pour la rénovation énergétique, généralisation de l’usage de la pièce de réemploi, couverture obligatoire pour les professionnels de la géothermie, relèvement du plafond d’indemnité du FGAO suite à un dégât minier, devoir d’information sur les aspects sociaux et environnementaux renforcé, etc. : l’assurance doit participer à l’effort de transition écologique. Un effort qui leur est sans cesse rappeler. Preuve en est, Bercy a réaffirmé en octobre dernier son intention de promouvoir l’engagement du secteur financier en faveur d’une économie bas carbone. En demandant aux assureurs de prendre des engagements publics, suivis par les autorités de contrôle, les assureurs sont sommés de s'engager.

 
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