Assurance divers

Comment les stations de ski peuvent-elles encore s'en sortir ? Laurent Reynaud nous répond

Publié par le , Mis à jour le 30/11/2021 à 10:00

La semaine dernière, le gouvernement a décidé de ne pas rouvrir les remontées mécaniques le 1er février. Pour les stations de ski, c’est une saison blanche qui s’annonce, avec des répercussions sur tout un écosystème économique qui génère entre 250 000 et 400 000 emplois directs. Laurent Reynaud, Délégué Général de Domaines Skiables de France, nous détaille les recours encore mobilisables pour sauver les stations, notamment auprès des assureurs.

Quels acteurs sont représentés par Domaines skiables de France ?

L'écosystème des stations peut en effet apparaitre complexe. Je suis pour ma part délégué général de Domaines skiables de France. Nous représentons les entreprises de remontées mécaniques qui se trouvent au sein des stations. Ces stations sont environ au nombre de 200 en France, basées partout, notamment dans les Alpes, mais aussi dans les Pyrénées, les Vosges, le Massif central, et jusqu'en Corse. Elles adhèrent toutes chez nous, quelle que soit leur taille, leur statut ou leur massif. Mais nous représentons uniquement les entreprises de remontées mécaniques, pas les moniteurs de ski, ni les hébergeurs, ni les restaurants, ni les loueurs de matériels que l'on trouve aussi en station. C'est pour cela qu'on peut parler d'un écosystème touristique, qui comprend une multitude d'acteurs.

Vous mettez en avant le déroulement de la saison jusqu’ici, avec des protocoles sanitaires très respectés en montagne, comment les avez-vous mis en place ?

Nous sommes forts de l'expérience de l'été dernier, puisqu'à la sortie du premier confinement les remontées ont tourné dans un certain nombre de stations, même d'ailleurs parfois pour faire du ski, car nous avons en France du ski d'été sur glacier, à Tignes ou à Val d'Isère par exemple. Nous avions donc une vraie expérience de quelques mois pour valider les protocoles que nous avons imaginés. En l'occurrence, ils ont très bien fonctionné cet été : port du masque sur la remontée mécanique, et distanciation partout ailleurs en montagne. Cela s'est très bien passé, et fort de cela, et conscients du challenge que représentait l'hiver qui s'annonçait, nous avons, avec l'ensemble de ce fameux écosystème (loueurs, restaurateurs, hébergeurs...) établit ensemble un protocole de station, afin que tout au long du cheminement du client, il y ait partout des gestes barrières appropriés et respectés. Cela a donné le jour à un document d'une soixantaine de pages, qui comporte également un chapitre sur le dépistage en station, qui n'est rien d'autre qu'un petit village qui voit sa population augmenter fortement pendant l'hiver. Nous avons donc prévu des centres de dépistage, et tout cela a été soumis au comité interministériel de crise et validé. Si bien que nous avions des raisons d'être confiants sur notre réouverture cet hiver. 

Quelles décisions ont amené à la situation actuelle, depuis la rentrée 2020 ?

La situation suite au second confinement s'est dégradée, le Premier ministre souhaitait se donner quelques jours avant de nous donner sa décision, et puis, le lendemain, Emmanuel Macron n'a pas jugé raisonnable d'ouvrir les stations pour les vacances de décembre, c'est-à-dire les remontées mécaniques, qui demeurent la première source d'attractivité pour les stations. Cette décision a impliqué une baisse de fréquentation de 70% sur les vacances de noël. Les Français qui souhaitaient partir sont tout simplement allés ailleurs qu'en station, où ils n'ont pas forcément été soumis à des protocoles plus strictes, tandis que celui que nous avions élaboré avait, lui, été validé.  Il nous a ensuite été dit que nous pourrions rouvrir progressivement à partir du 7 janvier. Finalement cette date a été repoussée au 30 janvier, et nous avons finalement appris la semaine dernière que cela ne serait pas non plus le cas en février. C'est un feuilleton difficilement supportable pour les hommes et les femmes qui ont préparé l'ouverture en décembre, début janvier, fin janvier, puis auxquels nous devons aujourd'hui dire qu'il est probable que n'ouvrirons pas de la saison.

« C'est un feuilleton difficilement supportable pour les hommes et les femmes qui ont préparé l'ouverture en décembre, début janvier, fin janvier, puis auxquels nous devons aujourd'hui dire qu'il est probable que n'ouvrirons pas de la saison ».

Que signifie cette fermeture des remontées mécaniques d’un point de vue social et économique ? Des dispositifs d’aides sont-ils en place ?

Concrètement, au plan social, la totalité des salariés saisonniers ont été embauchés, ils sont massivement en activité partielle. D'un point de vue économique, nous n'avons pas touché un seul euro d'indemnisation à l'heure qu'il est. Le fonds de solidarité mis en place par le gouvernement ne convenait en effet pas, car les exploitants de remontées mécaniques ont pour partie d'entre eux un statut qui ne les rendaient pas éligibles. De plus, ce dispositif est très rapidement plafonné (à hauteur de 200 000 euros par mois), ce qui est très peu par rapport à nos pertes effectives : une station moyenne fait un 1,5 millions d'euros sur le mois de décembre, et encore plus en février. Et, pour finir, l'indemnisation du fonds de solidarité ne peut non plus dépasser 20% du chiffre d'affaires, alors que dans nos métiers, les charges fixes représentent plus de 70% de ce chiffre d'affaires.

Nous avons donc discuté avec Bercy qui a consenti à solliciter auprès de la Commission européenne, un dispositif dérogatoire et non-plafonné d'indemnisation à hauteur de 70% des charges fixes de nos entreprises. Mais cet accord n'est toujours pas négocié, ce qui est catastrophique pour nous en termes de trésorerie. Nous avons en effet dû arrêter de tourner le 15 mars 2020. L'été nous faisons seulement 2% de notre chiffre d'affaires annuel, contre près de la moitié sur les quatre semaines de février. Il va falloir tenir jusqu'en décembre 2021 sans trésorerie, donc pratiquement deux ans. Entre le 15 mars 2020 et décembre 2021, nous aurons passé plus de 20 mois sans aucune recette, hors été. 

Quelles sont les conséquences pour les saisonniers ?

Concernant les remontées, je pense que les saisonniers l'année prochaine seront réembauchés, sauf défaillance d'une station, ils le seront car une reconduction automatique des contrats de travail est prévue par la convention collective. Les restaurateurs, déjà fermés avant le départ de la saison, n'ont pas embauchés leurs saisonniers. Là bien sûr une crise s'annonce puisqu'ils n'ont pas travaillé depuis l'été dernier, voir l'hiver précédent. À l'échelle de l'emploi de l'ensemble des stations, il y a un vrai sujet, y compris pour les permanents. 

Quels dispositifs sont prévus pour le reste de l’écosystème des stations ?

Pour les restaurateurs, ils peuvent compter sur le même régime de fonds de solidarité que les autres partout ailleurs en France. En revanche, nous voulons faire entendre l'idée qu'en décidant de la fermeture des remontées mécaniques, l'État a fait un choix qui s'apparente à une fermeture administrative des stations. Ceci pourrait ouvrir la voie à une demande d'indemnisation des restaurateurs assurés contre ce risque. Pour tenir compte de cette situation, le gouvernement a ouvert toutefois le fonds de solidarité à des entreprises qui sont basées géographiquement dans une commune support de station de montagne, par dérogation. Ces entreprises qui étaient inéligibles (pharmacies de station, supérettes...) le sont devenues.

Pouvez-vous formuler des recours auprès de vos assureurs ?

Nous avons écrit en tant que chambre professionnelle à l'ensemble des assureurs, pour leur signifier que les hausses de primes n'avaient pas vocation à s'appliquer dans notre secteur, comme le leur a demandé Bruno Le Maire début décembre, car nous faisons partie du secteur du tourisme. Nos baisses de chiffres d'affaires devraient également se traduire par des baisses de primes. Enfin, une partie au moins des assurances n'a tout simplement plus d'objet. Je pense en particulier aux assurances bris de machine ou pertes d'exploitation dès lors que la machine est mise à l'arrêt, l'assurance n'a plus d'objet, le risque couvert est nul, donc cela justifie qu'un certain nombre de gestes puissent être faits par les assureurs. En revanche nous n'avons pas demandé aux assureurs de couvrir les pertes d'exploitation qui découlaient de la fermeture des remontées, car cette situation ne s'apparente pas à un sinistre, au sens où il est défini dans nos polices d'assurances.

Quels dispositifs d’aides pouvez-vous encore demander pour tenir jusqu’à la prochaine saison ?

Nous avons demandé un report des annuités d'emprunt aux banques, et aux assureurs le gel des cotisations et la répercussion de la très forte baisse de chiffres d'affaires sur nos primes. Nous souhaitons également décaler les échéanciers de maintenances des remontées, qui n'ont pas servies, d’un an. Nous souhaitons que l'activité partielle à taux plein soit maintenue jusqu'en décembre 2021, puisque nous n'aurons probablement pas de recettes jusque-là. Nous escomptons enfin qu'un prêt à l'investissement soit mis sur pied pour nous permettre de nous relancer dès que possible.

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