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Épisode de gel : comment élargir la couverture ? Réponses avec H. Helias (Gras Savoye Tetard)

Publié par le , Mis à jour le 04/05/2021 à 18:19

Comment évaluer l'épisode de gel qu'a connu la France au début du mois d'avril ? Henri Helias, Responsable Développement Aléas Climatiques chez Gras Savoye Tetard, nous éclaire sur cet événement et sur la difficulté croissante à assurer correctement de tels aléas climatiques.

Est-il déjà possible d’évaluer l’ensemble des dégâts causés par cet épisode de gel ?

Plus nous avançons dans le temps, et plus nous voyons l'importance des dommages causés, non seulement par la seule journée du 7 avril, mais bien par un épisode gélif qui a duré en tout, une bonne semaine. J'étais en expertise dans le Médoc la semaine suivante de l’événement, et nous avons constaté de nouveaux gels, survenus les 12 et 13 avril, lesquels sont maintenant visibles et représentent des stades végétatifs différents. Les dommages du gel sont très significatifs : sur la partie viticole, il y a des vignobles totalement détruits, dans le Sauternais et sur Barsac près de Bordeaux, mais également par endroit sur Saint-Emilion. Des dégâts très importants sont également déclarés dans l’Est du pays, dans la région de Chablis et dans la Vallée du Rhône sans oublier la vallée de la Loire. Ces secteurs mis à part, nous remarquons des dommages globalement moins importants qu'en 2017. L’arboriculture est quant à elle, l’une des productions agricoles les plus touchées par cet épisode de gel, mais aussi la moins assurée. 

Quand pourrons-nous évaluer les dégâts dans leur ensemble ? Pour les vignes, faut-il nécessairement attendre les vendanges ?

Certains cépages, n’ont tout simplement pas de capacité à se refaire. Une fois détruits, il n’y a pas de nouvelles sorties fructifères. Sur d’autres, malgré le fait qu'il y ait une grande part de la récolte de détruite, il n’est pas impossible de pouvoir compenser en partie avec des deuxièmes générations. Ces deux cas de figure rendent aujourd’hui difficile le chiffrage définitif des dommages, aussi, nous ne pouvons que constater les pertes. Nous ne pouvons pas anticiper les éventuelles compensations qui pourraient se faire dans le mois qui vient. Sur la partie viticole, nous ne pourrons donc faire les comptes qu’à la veille de la récolte, c’est-à-dire de la fin août jusqu’à la fin des vendanges en fonction des dates de maturité des vignobles. En ce qui concerne l'arboriculture fruitière, une fois que le gel est passé, l'arbre fruitier n'a aucune capacité de se refaire. Les arboriculteurs connaissent donc d'ores et déjà l’étendue de leurs pertes, car ces tonnages perdus manqueront cruellement à leurs trésoreries. Ces exploitations sont parmi les plus affectées par le gel de ce printemps.

Quelles solutions assurantielles existent pour les exploitations agricoles ?

Il existe deux grandes catégories d’assurances, les multirisques climatiques, qui couvrent une grande partie des aléas possibles sur culture. Mais ces polices sont réservées à deux grandes familles de production, que sont les grandes cultures (céréales, protéagineux, oléagineux), mais aussi les vignobles. Ces cultures sont ainsi couvertes contre le gel, la grêle, la sécheresse et l’excès d'eau. En revanche, l’arboriculture ne peut être couverte que par un seul type de contrat qui est le contrat grêle/tempête classique, sans garantie spécifique contre le gel. Aujourd'hui l'arboriculture fruitière n'est quasiment pas assurée pour le gel, d'où l'ouverture du régime de calamités agricoles pour venir en aide aux exploitants. 

On voit aussi se développer l’assurance paramétrique, qui couvre automatiquement les pertes causées, dès le dépassement d’un certain seul défini à l’avance. 


« L’arboriculture ne peut être couverte que par un seul type de contrat, qui est le contrat grêle/tempête classique, sans garantie spécifique contre le gel. ».


Ce type d’assurance est-elle répandue ?

Il y a de plus en plus de polices qui se font avec l'outil paramétrique, mais cette génération de contrat n’est, à ce jour, pas subventionnée comme les multirisques climatiques, qui elles peuvent l’être jusqu’à concurrence de 65%. Il est à noter que les contrats paramétriques ne sont pas subventionnés en France, contrairement à ce qui existe en Belgique et dans d’autres pays dans le monde.

Comment expliquer la faible proportion d’exploitations assurées ? Le montant des cotisations peut-il être mis en avant ?

Prenons par exemple un contrat multirisque climatique, générant une cotisation annuelle de 100 euros : avec 65% de subvention, le montant qui reste à charge pour l’exploitant est de 35 euros. Bien sûr, ce montant peut être encore trop élevé pour de nombreux agriculteurs qui dégagent très peu de marges. Dans le même temps, il faut aussi rappeler que les assureurs climatiques n’équilibrent pas ce risque. En effet, pratiquement aucun d’entre eux n’a été bénéficiaire au cours des dix, quinze dernières années, d'où d’ailleurs le peu d’acteurs assurances sur ce marché. Pour arriver à donner un minimum d'attrait à ce type de risque, il va sans doute falloir élargir la cible, puisque seuls 35% des exploitations sont couvertes et généralement les plus sensibles. Nous entrons donc dans une spirale sélective. Cela réduit l’assiette des cotisations des assurés et fait donc logiquement grimper le montant des primes, ce qui contribue à limiter le nombre d’assurés. À l’inverse, si le nombre d’exploitations couvertes augmentait, les cotisations pourraient diminuer et les garanties s’améliorer.  

Quelles sont les pistes à explorer pour élargir le nombre d’assurés ?

Il ne peut pas y avoir d'amélioration sans cet élargissement de la cible. De plus, pour être pérenne et relever les défis climatiques auxquels devront faire face notre agriculture, il faut que le système soit à minima équilibré. Pour se faire, plusieurs pistes sont envisageables : l’augmentation du montant des subventions pour inciter à la souscription les futurs assurés et/ou l’amélioration des garanties : deux manières de rendre les polices plus attractives. 

Il est également possible de faire en sorte qu’un plus grand nombre d’exploitations s'assurent. Dans tous les cas, seul un système équilibré permettrait l’amélioration des garanties et des franchises, ce qui en ferait un véritable cercle vertueux. 

Constatez-vous dans votre métier une augmentation du nombre d’événements climatiques causant des dommages importants ?

Dans les annales, la France a connu trois grands épisodes de gel historiques sur les 80 ans qui viennent de s'écouler : 1958, 1991 et 2017, soit un espacement d'une trentaine d'années jusqu’ici entre deux sinistres catastrophiques. Or, nous nous rendons compte que, depuis 2017, nous avons déjà connu quelques épisodes importants en 2019, et surtout un gel dramatique cette année. La cadence augmente donc et cela est dû essentiellement à des hivers doux. Dans la semaine précédant le gel, des records de chaleur ont été battus partout en France, autour des 25 à 30 degrés, ce qui a enclenché le cycle des végétaux et aggravé les conséquences du gel : les cultures ont commencé à se développer très tôt, et une semaine après, des températures de -3° à -8° ont été relevées selon les expositions des différents domaines. Ce n’est donc pas tant le gel qui a été précoce, mais la chaleur. Il y a bien un réchauffement global que nous ne pouvons pas nier. À cela, il faut ajouter également des épisodes de crues que nous avons connu dans le sud-ouest l’année dernière, avec un peu plus de 800 à 1000 mm de précipitations en moins de deux mois. La moitié des céréales a dû être ressemée à cause de la pluviométrie qui avait détruit une bonne partie des semis.

À ce jour, au sortir de l’hiver, nous enregistrons déjà des déclarations de sécheresse sur la récolte de céréales en cours. N’oublions pas que pour un agriculteur, la définition d’un bon temps, c'est lorsque le même temps ne dure pas tout le temps ! Les plantes ont un besoin de temps clément, avec une alternance de pluie et de soleil, ce que nous avons de moins en moins, car les événements sont de plus en plus excessifs. 

Quelles sont les conséquences assurantielles de cette répétition des épisodes ?

Il est fort probable que ces événements à répétition induisent à minima une révision des cotisations, car les cycles sont de plus en plus courts et les épisodes climatiques plus extrêmes en intensité et plus fréquents dans leur anormalité. Nous sortons déjà d'une année très mauvaise pour les assureurs en aléa climatique. En 2020, de très nombreux contrats avaient été activés et avaient généré une indemnisation au titre de la sécheresse sur vigne, sur céréales et je ne vous parle pas des excès d’eau, voire de la grêle ou de la tempête…

 

Procédure à suivre pour les sinistrés

Comment faire la déclaration dans le cadre de l’assurance multirisque climatique récolte ?

La déclaration peut se faire par téléphone, en ligne, ou par mail. Pour un premier contact avec l’assureur, mieux vaut lui téléphoner.

Quand faire la déclaration ?

Il faut déclarer ses pertes au plus vite après le sinistre, afin que l’assureur puisse faire le lien entre l’épisode de gel et les dégâts.

Quand l’expert passera-t-il ?

L’expert missionné par l’assurance passe une première fois pour faire le lien entre les dégâts et l’événement. Puis, il revient après la récolte ou la vendange pour évaluer l’impact final. 

À quand les indemnisations ?

C’est après le dernier passage de l’expert qu’est calculé l’impact de l’aléa climatique sur le rendement, auquel est retiré une franchise qui varie selon le contrat. Pour la viticulture, l’indemnisation ne peut intervenir avant la déclaration de la récolte faite aux douanes

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