French Assurtech : quels sont les projets pour 2022 ?

Publié par Théophile Robert le 18/03/2022 à 14:06 , Mis à jour le 18/03/2022 à 14:29

French Assurtech, « l'accélérateur de l'Assurtech » annonce une nouvelle édition pour 2022. Sur fond de crise de Covid-19, de guerre en Ukraine et risque cyber, 2022 présente de nouveaux enjeux. Un an après notre précédente interview, Alexandre Jeanney, Program Manager du projet, revient pour nous présenter les perspectives et projets pour cette nouvelle saison : sélection d'assurtech, nouvel événément, nouvelle formation...

Comment s'est déroulée l'année 2021 pour les assurtech françaises ?

Paradoxalement et en dépit de la crise, l'année 2021 a été très bonne d'un point de vue financier pour les assurtech françaises. On a par exemple battu des records de levées de fonds. La France est en deuxième position des levées de fonds pour les assurtech et les fintech en Europe.

Mais dans le détail, le Covid a quand même freiné certaines relations, notamment des partenariats avec des grands groupes. Malgré tous les efforts pour travailler à distance et en digital, les businesses ne se font pas aussi rapidement et facilement qu'on aurait pu l'espérer.

De plus en plus de grands groupes ont besoin de travailler avec cette typologie d'acteurs, ces mêmes acteurs sont de plus en plus matures pour adresser ce genre de sujets toujours plus complexes... Tout cela arrive à maturité, il est donc légitime de voir les levées de fonds et les partenariats au fur et à mesure des années.

French Assurtech a-t-il atteint ses objectifs en 2021 ?

Nous sommes en train de solder. Il y a toujours quelques mois de décalage, nous terminons fin mars. En tout cas, on a battu un record en nombre de candidatures à notre programme : on a dépassé les 100 candidatures. Nous sommes donc de loin le premier programme de fintech et d'assurtech en France. Au-delà du chiffre, c'est surtout signe qu'aujourd'hui, les start-ups cherchent à travailler avec les grands groupes.

À travers French Assurtech, elles cherchent à atteindre 8 à 10 compagnies d'assurance en même temps. Derrière, nous avons choisi des start-ups de grande qualité, avec des résultats qui commencent à être intéressants pour beaucoup d'entre elles.

Quels sont les enjeux assurantiels pour l'année 2022 ?

Il y a de nombreux éléments de réponse. Du point de vue purement collaboratif, les besoins des grands groupes ont un petit peu évolué. Mais on reste sur les mêmes thématiques centrales : la grande masse concerne des enablers, c'est-à-dire optimiser la chaîne de valeur, réduire le délai de traitement sur chacune des tâches du process assurance, augmenter la relation client.

Tous ces éléments quantitatifs sont de plus en plus importants, par exemple automatiser certaines tâches, apporter une brique d'intelligence artificielle, des éléments de process mailing pour diviser par deux ou trois les temps de réponse. La maturité des pureplayers sur le marché donne le la aux grands groupes, en leur montrant la cible à atteindre en matière d'automatisation de process et de relation client.

Et tout cela s'est encore accentué car le Covid a montré que certaines jeunes start-ups pureplayer s'en sont très bien sorties durant cette période, tandis que cela a été un peu plus compliqué pour un certain nombre de grands groupes. Aujourd'hui, on a cette recherche d'une efficacité opérationnelle toujours plus grande à travers des partenariats avec des enablers.

Deuxième sujet qui ne fait que s'accroître également : cette logique de services complémentaires adossés à une proposition de valeur initiale en assurance. Elle est encore plus présente car on cherche à dépasser le cadre d'assurance payeur en santé, à être de plus en plus un assureur « préventeur ». En assurance automobile, on cherche à devenir un partenaire de mobilité. Tout cela nécessite des partenariats avec des entreprises qui proposent des services intéressants sur ces domaines.

Enfin, nous avons un troisième sujet : le produit pur et dur. Là, il y a une tendance de fond sur le risque cyber. Mais la différence entre 2021 et 2022, c'est qu'aujourd'hui, « il est urgent d'attendre » sur cette partie. Certes, c'est un besoin extrêmement important et structurant pour toutes les compagnies d'assurance, pour elles-mêmes déjà. C'est également générateur de valeur pour les particuliers et les professionnels qu'elles assurent.

Mais il n'y a pas de sortie de grand projet ou de gros produit en la matière. Aujourd'hui, les réassureurs ne suivent pas cette tendance car ils attendent de voir les impacts financiers avant de se positionner. Il très compliqué de développer un produit d'assurance à partir du moment où nous n'avons pas le soutien des réassureurs. Je suis toutefois assez confiant pour ces risques là dans l'avenir car c'est indispensable pour les grands groupes, les entreprises et à un degré moindre pour les particuliers.

Donc on y arrivera, mais pas en 2022. J'ai vu cette année de très bons acteurs postuler pour la nouvelle saison de French Assurtech, avec des propositions de valeur extrêmement intéressantes. Mais nous sommes encore en recherche du bon modèle.

Qui de plus central pour analyser la data de Tesla que Tesla lui-même ? Qui de mieux placé pour développer un produit d'assurance basé sur les data de son propre logiciel ?

Côté assurance automobile, avec le développement de la voiture autonome, les grands groupes sont-ils prêts à s'adapter ?

Les grands groupes sont tiraillés entre deux éléments : la masse que représente aujourd'hui la voiture individuelle est ce qui permet aux assureurs de vivre, et ce sera le cas pour encore plusieurs années ; d'un autre côté, ils n'iront pas placer leur R&D sur la voiture autonome, car la matière assurable n'est pas suffisante. En tout cas, pour encore quelques années, la voiture traditionnelle continuera de générer des revenus et d'être un produit d'appel.

Aujourd'hui, on cherche avant tout à optimiser la voiture traditionnelle en travaillant sur de l'IoT (Internet of Things, l'internet des objets, NDLR), du service additionnel, une expérience toujours plus novatrice en termes d'expertise, de couverture au km, d'assistance à la conduite... Il y a beaucoup d'éléments en travaux pour améliorer la surface assurable actuelle en automobile.

Sur la partie autonome, les assureurs commencent à chercher des solutions, notamment en unissant leurs forces à d'autres entreprises du secteur automobile, ou même des téléconsultations. Après, il est difficile de savoir ce qui y est consacré en termes de R&D. Mais cela viendra autant des assurtech que des grands groupes.

D'autres acteurs pourront aussi intervenir, les GAFAM, ainsi que Tesla. Tesla développe actuellement ses programmes de voitures autonomes. Qui de plus central pour analyser la data de Tesla que Tesla lui-même ? Qui de mieux placé pour développer un produit d'assurance basé sur les data de son propre logiciel ? On sait également que ces groupes recrutent beaucoup d'assureurs, pour notamment proposer des assurances sur mesure. Et cela n'est sans évoquer les Chinois, très présents sur ce domaine aussi.

Le risque cyber est-il encore plus renforcé avec la situation actuelle en Ukraine ?

Le risque cyber est le risque de demain. L'urgence absolu, c'est vraiment les entreprises, en tout cas à court terme. Il est certain que demain, une bonne partie de la matière assurable sera du risque cyber. Aujourd'hui, la seule chose que je dis, c'est que la maturité n'est pas au rendez-vous. Non pas en termes de solution, car il y en a déjà, avec des propositions de valeur exceptionnelles.

Mais nous n'avons pas le recul suffisant pour développer un modèle actuariel qui tienne véritablement la route et qui puisse convaincre les assureurs de nous suivre. Car quand on parle de risque cyber, on évoque des sommes qui peuvent être astronomiques. Donc la couverture actuarielle doit être maîtrisée. Nous y arriverons, mais il nous faut encore réfléchir sur des modèles prédictifs, et pas simplement basés sur l'histoire, comme le font traditionnellement les assureurs.

Quels sont les projets de French Assurtech pour 2022, notamment vis-à-vis de ces nouveaux enjeux ?

Pour 2022, nous allons continuer à adresser ces nouveaux sujets dans le cadre de l'accélérateur. Deuxième véhicule : le laboratoire d'expérimentation. Avec ce laboratoire, nous allons essayer de développer nous-mêmes des solutions pour des problématiques communes.

De manière un peu plus large, nous accélérons le campus, qui permettra à l'ensemble des collaborateurs des mutuelles de monter en compétences et en connaissances sur ces sujets d'innovation, de transformation numérique, de nouvelles technologies... On aura par exemple un format très prochainement sur le métaverse ou encore des formats d'acculturation sur l'IA.

On lance également notre première promotion du certificat start-up manager en partenariat avec une école supérieure de commerce de La Rochelle. Ce certificat permettra de former, de diplomer, il sera reconnu par l'État et éligible à tous les dispositifs de formation, de former les collaborateurs au métier de start-up manager, c'est-à-dire de personnes qui font le lien entre les start-ups et les grands groupes. C'est une formation qui dure sept jours sur une année et des experts interviendront sur l'ensemble du certificat.

Le cœur de notre année aura lieu les 5 et 6 octobre prochains. Nous allons créer un événement qui s'appellera le « IN » qui a pour objectif de devenir le premier salon insurtech en France. Nous le baserons à Niort, car c'est là que de nombreuses mutuelles se sont créées, et c'est une ville tout à fait atypique dans son format. Nous avons déjà plus d'une quarantaine d'insurtech qui ont répondu présent, une vingtaine de compagnies d'assurance, les principaux partenaires de l'écosystème assurtech, quelques entreprises étrangères ainsi que des partenariats avec de grands salons européens.

Combien de start-ups visez-vous pour cette nouvelle édition ?

Nous n'avons pas d'objectif précis. Chaque année, nous avons environ une centaine de candidatures. Nous n'en choisissons qu'une dizaine. Pourquoi un tel nombre ? Car nous leur faisons une promesse, celle qu'en sortie de programme, ces start-ups auront fait du business avec au moins un grand groupe parmi les membres de French Assurtech.

Cela signifie que nous sommes extrêmement sélectifs sur la qualité des start-ups, mais aussi sur le time to market avec les grands groupes. Un exemple : il y a une très belle insurtech française qui avait postulé chez nous durant l'une des premières saisons. Aujourd'hui, c'est l'une des plus grandes insurtech en France. On ne l'a pas prise, pas parce que sa proposition de valeur n'était pas bonne, mais parce que nous n'étions pas en mesure dans l'année de travailler avec elle.

C'est donc en ça que cet accélérateur est puissant : oui, nous cherchons des start-ups qui ont beaucoup de valeur, mais surtout, qui correspondent à un besoin urgent à traiter pour nos donneurs d'ordres.

Quels sont les thématiques les plus intéressantes de ces start-ups cette année ?

Chez les grands groupe, la recherche se focalise sur le service complémentaire, que ce soit en IARD ou en santé, l'optimisation, l'intelligence artificielle, RPA (Automatisation robotisée des processus) et tout solution qui permet d'améliorer l'efficacité opérationnelle et l'expérience client.

Troisième thème : appréhender de grands risques. Il y a le risque cyber mais d'autres également : mobilité, assurance voyage...

Et peut-être une nouveauté, en tout cas beaucoup plus présent que les années précédentes, les entreprises à mission. Aujourd'hui, les assureurs sont encore plus en quête de sens pour l'assuré. Nous avons eu de beaux partenariats cette année, mais c'est un phénomène qui va s'accentuer.

En face, parmi les start-ups qui postulent spontanément, nous avons beaucoup de risque cyber, une grande partie de la promotion propose du service en santé, en mobilité... Et l'on voit poindre des start-ups un peu à impact, très recherchées par les grands groupes. C'est là que notre travail est un peu plus proactif, nous devons aller les chercher. Il y en a quelques unes, mais elles ne parlent pas assez aux grands groupes d'assurance pour venir travailler avec nous. Fin de la sélection début mai !

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