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French AssurTech : rencontre avec Mathieu Le Gac, directeur des opérations

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Mathieu Le Gac présente French Assurtech à Assurland

L'accélérateur de start-up French Assurtech lance sa troisième édition avec l’objectif de dénicher les futures pépites du secteur de l’assurance. Pour l’occasion Assurland a rencontré Mathieu Le Gac, Directeur des opérations.

Pouvez-vous présenter ce qu'est French Assurtech ?

French Assurtech est un accélérateur de start-up qui a pour objectif de faire de la recherche et développement externalisée en friction avec celles-ci. Concrètement, plusieurs grandes mutuelles françaises (Maif, Macif, Groupama, Covéa-Maaf, IMA) se sont dit que plutôt d’innover seules dans leur coin, elles allaient créer un principe de coopération pour réfléchir à l’assurance de demain à travers un accélérateur de start-up. Cela prend la forme d’un accélérateur où l’on sélectionne des jeunes pousses qui vont avoir des synergies fortes avec ces mutuelles, avec des problématiques de métiers vraiment très précises afin d’innover en process interne ou créer des nouveaux business, des nouveaux produits.

Quel est l’intérêt pour ces grands groupes d’investir ensemble ?

Il faut prendre un peu de hauteur. L’enjeu est clairement de se transformer. Ils ont plusieurs problématiques face à eux, la première étant comme pour toutes entreprises la transformation numérique. La seconde est l’arrivée prochaine de la voiture autonome. Aujourd’hui les voitures ont toutes le front-assist et le futur de la voiture autonome commence déjà à s’inscrire dans le paysage de l’assurance. Ces voitures vont notamment permettre de réduire la sinistralité automobile et cela a un impact sur leur business-model.

On a également les problèmes environnementaux. Les assureurs ne sont pas trop climatosceptiques, au contraire. La climatologie de ces derniers temps a un impact énorme dans leur activité en créant notamment des pics de sinistralités qui ne sont pas forcément faciles à gérer.

Les GAFA entrent aussi en compte. C’est notamment le cas d’Amazon qui est déjà sur des produits d’assurances. Imaginez, vous emménagez dans un appartement, vous faites un tour à 360 degrés avec votre smartphone et vous assurez l’ensemble de vos biens. Si un jour votre télé est volée, vous le déclarez et Amazon vous en renvoie une directement. Avant qu’un assureur soit en capacité de faire cela il va se passer quelque temps.

Il y a aussi le fait que pendant des années les grandes assurances se sont dit « on est des mastodontes et ce n’est pas les petites start-up qui vont entrer sur nos terrains de jeux. De toute façon la barrière réglementaire est tellement forte qu’avant qu’une start-up rentre dans notre secteur d’activité il va se passer du temps ». Or, il y a eu ce que l’on appelle le « phénomène Alan ». Alan a obtenu en 2016 son accréditation ACPR sur la partie santé et est donc un nouvel entrant. Une chose que l’on ne pensait pas possible. Depuis, il y a quelques semaines, Seyna a lui aussi obtenu cette accréditation. Cela montre bien aux assureurs que le train est en marche, que les start-up vont aller leur tailler des parts de marché.

C’est par rapport à tout ce contexte qui évolue et les force à se réinventer, qu’ils ont décidé de travailler ensemble.

Quels ont été les projets des précédentes éditions ? Sur quoi travaillent les start-up qui ont été accélérées ?

En première année, sur 5 projets, 2 ont été assez marquants. Il y a Testamento, qui fait du testament en ligne. Avec les mutuelles ils ont fait tout ce qui est anticipation successorale et close bénéficiaire. Ils ont digitalisé ces procédés. La Macif a annoncé récemment avoir basculé l’ensemble de son process pour gérer ses clients sur Testamento dans le cadre d’un partenariat. Dans le cadre de l’accélération cette start-up a quand même levé 3 millions d’euros.

Un autre exemple : Fotonower. Ils développent du machine-learning de photos de véhicules accidentés. La vision idyllique de l’usage de Fotonower est que demain, vous êtes sociétaire Groupama, vous prenez votre smartphone, vous prenez la photo et là on vous donne un rendez-vous pour réparer votre aile froissée. On n’en est pas encore là mais aujourd’hui c’est une intelligence artificielle (IA) qui pourra décider si le remorqueur doit l’envoyer à la casse ou chez le garagiste pour réparation.

En saison 2, toujours autour de l’IA, et notamment du traitement du langage, on a eu Golem.ai. Elle a emmagasiné en mémoire toutes les procédures internes d’indemnisation afin de proposer aux conseillés un chat-bot capable de répondre aux questions précises du réglementaire. Le dernier exemple est Neuroprofiler qui développe de la finance comportementale pour faire ce que l’on appelle du fourgoussage. C’est-à-dire par un jeu assez ludique pour le client de transformer des contrats de capitalisation et d'assurance-vie en euros en contrats multisupports.

Comment dénichez-vous ces start-up ?

Si les sièges des mutuelles sont basés à Niort, on cherche les start-up à travers le France, voir l’Europe. Le vivier n’est pas aussi énorme que l’on pourrait le croire puisque on l'évalue à à peu près à 10 000 start-up en France. Pour attirer les meilleurs on se déplace sur de grands évènements internationaux et on organise aussi les nôtres pour nous présenter. On travaille avec les différents écosystèmes pour dénicher les pépites. Pour ces dernières on a une proposition de valeur assez géniale car au-delà du programme d’accompagnement, qui est, selon les start-up, l’un des meilleurs en France, on leur ouvre un terrain d’expérimentation. Si vous voulez par exemple attaquer le monde de l’automobile, la force de frappe derrière French Assurtech c’est 15 millions de véhicules assurés.

Il y a aussi la possibilité pour ces start-up de venir vers nous à travers un appel à candidatures disponible sur notre site. Pour la 3e édition il est ouvert jusqu’au 16 février minuit. Mais pour attirer les meilleurs, cela de ne suffit pas. Il faut aller les dénicher et leur expliquer ce que l’on souhaite faire car, quelque part, ce que l’on veut c’est du « gagnant-gagnant ».

Sur quels critères choisissez-vous ces start-up ?

Pour faire ce travail de manière qualitative il y a environ 170 heures d’accompagnement par start-up donc c’est un programme qui est assez conséquent. Ce qui nous importe est la capacité à créer des synergies avec elles. On ne va pas avoir des critères aussi basiques que les chiffres d’affaires, la taille de l’équipe, le nombre de clients potentiels. Ce qui est prioritaire pour nous est ce qu’elles ont déjà réussi à faire et leur capacité à se connecter à notre écosystème de mutuelle.

Au départ notre processus de sélection est très simple puisqu’il suffit de remplir un formulaire. Par contre, à la fin, il faut remplir plusieurs étapes, et notamment à Niort où des rendez-vous en « one to one » sont organisés pour creuser les sujets. Avant cela il y a aussi une journée où on les entraine à évoquer les thématiques qu’elles souhaitent aborder avec les mutuelles pour s’assurer que l’on va être en capacité à créer un nouveau produit qui va dégager de la valeur.

Comment se matérialise l’accompagnement ? Comment sont accélérées les start-up ?

L’accompagnement est délégué à une société tierce qui s’appelle Startup Palace. Il s’agit du tiers de confiance entre les deux partis pour accompagner les start-up de diverses manières. Chacune d’entre elles à un « start-up manager » dédié qui, au fil des semaines, devient son plus grand confident. Ensuite il y a des ateliers collectifs qui définissent un programme. Ce qui est intéressant est qu’au-delà de la dynamique de promo qui est créée, c’est également que les personnels des mutuelles - les parrains et marraines des assurtech – sont là pour travailler sur les ateliers pratiques, réfléchir à la stratégie, au business-model, etc. Ils se mettent au service du développement de la start-up. Et enfin, l’essentiel des heures d’accompagnement est individualisé. On va ainsi pouvoir les aider sur divers sujets comme la vente, la gestion du cash, des questions de management, de marketing, etc. On les accompagne sur à peu près tous les sujets à l’exception de la partie juridique qui elle est déléguée à un partenaire. Les accompagnants sont tous d’anciens entrepreneurs ou d’anciens cadres de grandes entreprises qui ont cette faculté à discuter avec les start-up mais aussi les mutuelles.

Combien de start-up sont accélérées par édition ?

La première année il y en avait 5, la seconde 7 est cette année on vise 8.

Pourtant, lors de votre création vous évoquiez l’ambition d’accélérer 25 à 30 start-up en 3 ans ?

Oui en effet mais on a préféré la qualité à la quantité parce que c’est vraiment la question du développement de la valeur qui nous intéresse. Mais bon, on sera à 20 en 3 ans, ce qui n’est pas mal du tout.

Savez-vous s’il y aura une 4ème édition, une 5ème ?

Alors là je ne peux pas encore vous le dévoiler mais globalement les membres fondateurs de French Assurtech sont extrêmement satisfaits des résultats de cet accélérateur. Ils s’étaient initialement donnés 3 ans et aujourd’hui ils réfléchissent à la suite. Il est par contre un peu tôt pour dire la forme qu’elle va prendre. Sachant qu’au départ ils étaient 5 membres fondateurs et par la suite 3 autres mutuelles on rejoint le groupement, dont une mutuelle Belge qui donne un peu de notion internationale (le groupe belge P&V, la Mutuelle de Poitiers et SMACL).

 
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