Premier trimestre 2022 : faut-il s'inquiéter pour les assurtech ?

Publié par Quentin Bas Lorant le 27/04/2022 à 14:46 , Mis à jour le 27/04/2022 à 15:28

L’année 2022 va-t-elle signer la fin d’une période dorée pour les assurtech ? Depuis le début de la crise sanitaire il y a deux ans, les néoassurances semblent profiter d’un vent arrière, aussi bien en France que dans le reste du monde. Toutefois, à l’issue de ce premier trimestre 2022 (Q1 2022), les résultats qui nous parviennent d’outre-Atlantique, et un renversement attendu de la politique monétaire, pourraient faire retomber les voiles. 

Une année 2021 avec le vent en poupe

En 2021, de nombreux signaux étaient effectivement au vert. En termes de financement tout d’abord. D’après le rapport annuel de CB Insights, les assurtech auraient collecté pas moins de 15,4 milliards de dollars l’année dernière, à l’issue de 566 levées. C’est presque deux fois plus qu’en 2020 (8 milliards de dollars).

Parmi ces nombreux tours de tables, certains ont même été particulièrement marquants, notamment celui de série C de l’allemand Wefox (assurance auto et habitation) en juin dernier, qui a abouti à une levée record de 650 millions d’euros. C’est autant que l’ensemble des assurtech françaises sur l’exercice (627 millions d’euros, selon le décompte de l’Argus de l’assurance).

Sur la deuxième marche du podium, c’est une autre assurtech européenne qui se distingue : Bought by many (désormais Manypets), néoassurance britannique spécialisée dans la couverture des chiens et chats (350 millions de dollars, série D). L’assurtech texane Guideline (épargne retraite) ferme le haut du classement avec une collecte de 200 millions de dollars (série E).

600 millions euros de collecte pour les assurtech tricolores

Côté français, il faut mettre en avant la bonne santé des assurtech tricolores, qui ont levé en 2021 autant que l’ensemble des assurances en ligne européennes en 2020. Sur le podium des principales levées on trouve Alan, Shift Technology et Leocare. 

Au-delà des investissements, la valorisation financière des pépites de l’assurance se portait bien également : le nombre de licornes fintech dans le monde a atteint 235 en 2021, soit une hausse de 108 % par rapport à 2020. Parmi elles, deux de nos jeunes pousses ont dépassé le milliard de dollars de valorisation : Alan et Shift. Le nombre de licornes européennes de l’assurance est ainsi passé à huit, contre zéro fin 2020.

Enfin, la bonne santé de l’assurance digitale paraissait également reposer sur des perspectives de long-terme très encourageantes. Pour la première fois, le World InsurTech Report de Capgemini (publié à la rentrée 2021) affirmait que 50 % des clients de l’assurance étaient prêts à envisager de se couvrir auprès des nouveaux acteurs numériques.

Remous en bourse

Pourtant, malgré ces nombreux signaux positifs, quelques alertes ont commencé à apparaitre en fin d’année dernière, puis au terme de ce premier trimestre 2022. En novembre dernier, le cabinet Willis Towers Watson s’inquiétait, suite à ces levées records, que le financement des assurtech continue de se déséquilibrer au profit de quelques acteurs géants et au détriment des nouveaux venus. 

Côté valorisation financière, les assurtech cotées en bourse subissent également quelques déconvenues, qui pourraient être les signes avant-coureurs d’un questionnement sur leur rentabilité future. Deux assurtech emblématiques en la matière, Metromile (assurance auto) et Lemonade (assurance habitation), subissent une dégringolade en bourse depuis février 2021. 

L’action de la première est passé de 20 à 1 dollar ces derniers jours. Introduite un peu plus récemment en bourse (juillet 2020), et présente sur le marché français, Lemonade (1 million d’assurés dans le monde) a, elle aussi, touché son plus haut en début d’année dernière, à 164 dollars, avant de chuter presque continuellement jusqu’à 20 dollars l’action.

Les investissements piquent du nez

Mais pour l’heure, ce qui commence à inquiéter les observateurs du secteur, c’est la chute des investissements au premier trimestre. Entre janvier et mars, le financement des assurtech a chuté de 58% par rapport au quatrième trimestre 2021, selon les données de CB Insights.

En réalité, ce n’est pas la baisse du nombre de transactions qui interroge, mais les montants. Sur les deux derniers trimestres le nombre de levés est le même : 143, mais pour deux fois moins de fonds collectés (5,3 milliards de dollars contre 2,2 milliards de dollars). Pour parvenir au moins au même total que sur le précédent exercice, il faudrait que cette première récolte annuelle équivaille à 25% de 5,3 milliards, mais elle n’en représente que 14%. Selon le rapport, il s’agit de la plus forte baisse du financement trimestriel de la fintech depuis 2018.

Ce qui pourrait s’inscrire dans un effet de conjoncture semble au contraire être le présage d’un renversement conjoncturel d’ampleur. Les assurances digitales ne sont en effet pas les seules concernées : 160 milliards de dollars ont été levés tous secteurs confondus au Q1 2022 dans le monde, soit 13 % de moins qu'au Q4 2021, d'après le site spécialisé Crunchbase. 

L'écosystème assurtech français est pour l'instant résilient 

Les incertitudes liées au conflit Ukraine ont sans doute contribué à ce moindre engouement, mais c’est surtout la remontée des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine qui plane sur les investisseurs. Dans un contexte d’inflation, la coupure du « robinet » était attendue, avec, à la clef, moins d’argent frais pour investir.

Il est également possible que les néoassurance aient profité d’un enthousiasme au cœur de la crise sanitaire qui finisse par s’estomper. Retenus à domicile, les particuliers ont eu davantage de temps à consacrer à leurs contrats d’assurance, et, ne pouvant se rendre en agence, ont plébiscité les solutions digitales. Il est par ailleurs naturel de penser qu'après plusieurs années de records battus, un plafond finirait par se manifester.

Toutefois, l’environnement néoassurantiel français s’avère pour le moment relativement épargné par ce changement de conjoncture. Au 1er mars, l’Argus de l’assurance recensait déjà une dizaine de tours de table concluants. On retiendra notamment ceux de Seyna (33 millions d’euros), d’Unkle (10 millions d’euros, puis racheté par Luko), d’Indeez (8,1 millions d’euros) ou encore de Flitter (2,5 millions d’euros). Il faudra être particulièrement attentif aux performances du deuxième trimestre, pour voir si les investisseurs finissent aussi par se montrer plus frileux avec les assurtech européennes. 

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