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Coronavirus : doit-on revoir à la baisse les objectifs CO2 européens ?

Publié par le , Mis à jour le 14/04/2020 à 12:03

Pour 2020, l'objectif défini par l'UE est de 95 grammes de CO2 en moyenne sur l'intégralité des ventes d'un constructeur

En 2020, ont été instaurées les pénalités écologiques aux constructeurs ayant vendu trop de véhicules considérés comme polluants. Les plus mauvais élèves se verront attribuer des amendes très salées pour l'année 2020. Mais la pandémie de coronavirus COVID-19 a mis un grand coup de frein au secteur automobile, entraînant une très impressionnante chute des ventes de voitures. Pour certains, il semble donc complexe d'atteindre les objectifs demandés par l'Union Européenne.

Faut-il reporter ou revoir à la baisse les objectifs CO2 européens ?

La question se pose donc : les objectifs européens quant aux émissions de CO2, déjà considérés par certains comme quasi inatteignables, demeurent-ils réalistes au vu de la situation actuelle ? « Même avant la crise sanitaire, les industriels craignaient de devoir amputer leur profitabilité pour atteindre ces fameux objectifs. Compte tenu de la situation et de son impact prévisible sur leurs résultats, il est probable qu'ils essaieront d'obtenir un moratoire », déclare Bernard Jullien, maître de conférences à l'université de Bordeaux.

Pour le moment, aucun constructeur n'a fait de demande pour moduler ces objectifs. « Nous n'avons pas défini de position sur le sujet. Nous sommes pour l'instant concentrés avec nos membres sur l'évaluation de l'impact de la crise et la définition des prochaines étapes », détaille l'Association des Constructeurs Européens d'Automobile (ACEA). Ce qui est certain, c'est que les amendes coûteront cher : 95 euros par véhicule vendu en Europe pour chaque gramme de CO2 dépassé sur l'objectif (une moyenne de 95 grammes de CO2 par kilomètre sur l'ensemble des véhicules vendus).

Coronavirus : le secteur automobile à l'arrêt

Bien avant les mesures de confinement dans différents pays du monde, France, Italie, Belgique, Espagne ou plus récemment Royaume-Uni et Inde, le secteur automobile était déjà mis en difficulté par le coronavirus. En janvier et février, la mise à l'arrêt de nombreuses usines en Chine, notamment à Wuhan, avait rompu les chaînes logistiques de l'industrie auto. En effet, cette dernière est sous-traite de nombreuses pièces, voire fait fabriquer de nombreux modèles sur le territoire chinois. « L'industrie manufacturière chinoise est cruciale pour les chaînes de production automobiles. Tout ralentissement ou interruption dans la fabrication d'un composant (...) peut provoquer des engorgements et arrêts d'usines dans des pays comme la Corée, le Japon, l'Iran ou la Tanzanie », expliquaient déjà en février les analystes de Fitch Solutions, spécialistes des marchés et des risques.

En outre, les ventes se sont écroulées au mois de février : Renault a par exemple accusé d'une baisse de 14,3 % par rapport à février 2019 et PSA de 8,9 %. Il est également certain que le mois de mars connaîtra des chiffres encore plus alarmants quant aux ventes automobiles. Entre le 1er et le 16 mars, Renault a par exemple vu ses ventes baisser de 24 %, Peugeot de 12 % et Citroën de 42 % !

Les constructeurs auto ne partagent pas tous le même avis

Mais tous les constructeurs ne sont pas du même avis. Pour certains, « il n'y a aucun rapport entre les objectifs et la crise du coronavirus » et « le fait qu'il n'y ait pas de ventes en ce moment ne dégrade pas la trajectoire ». On peut deviner que certains « bons élèves » comme Toyota, Peugeot, Citroën ou Renault seront mois pénalisés que des constructeurs comme Mercedes ou BMW, qui vendent des voitures plus lourdes, plus puissantes et in fine plus polluantes.

De plus, une demande de report ou d'abaissement des objectifs risque de faire grincer des dents chez les écologistes. « Il sera sans doute politiquement plus facile de demander des mesures de soutien au marché, du type bonus ou prime à la conversion », imagine Bernard Jullien. En tout cas, il est presque sûr qu'une baisse de pouvoir d'achat due aux retombées économiques du coronavirus rendra plus complexe la vente de véhicules électriques plus onéreux... sur lesquels de nombreux constructeurs se reposaient pour atteindre les objectifs CO2 de l'UE.

 
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