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Proche aidant : Assurland interview l'Association Française des Aidants

Publié par le , Mis à jour le 23/03/2020 à 14:22

3.9 millions de Français aident un proche de plus de 60 ans

Dans une interview accordée à Assurland.com, Clémentine Cabrières, directrice de l’Association Française des Aidants évoque pour nous le rôle du proche aidant, son profil mais aussi le congé de proche aidant qui sera mis en place en octobre 2020.

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est un proche aidant ?

C’est une personne qui accompagne un proche en situation de dépendance que ce soit au niveau de l’âge, de la maladie ou du handicap. Quand on parle de « proche aidant », on parle finalement d’aidant au-delà du cercle familial car on peut être proche affectivement d’une personne qui est un ami ou un voisin. Cette notion de proche aidant est d’ailleurs inscrite dans les textes Français.

Combien y a-t-il de proches aidants en France ? Qui sont-ils ? 

Les derniers chiffres officiels évoquent 8.3 millions de proches aidants. Cependant, ils datent de 2008. À l'époque, les jeunes aidants n’avaient pas été comptabilisés. Plus récemment, une étude de la DREES parue en novembre 2019 et qui concerne seulement les proches aidants de personnes de plus de 60 ans parle de 3.9 millions. Cela montre bien qu’il s’agit d’un sujet de société et qu’on sera sûrement un jour amené à être soi-même proche aidant. D’ailleurs, c’est un sujet politique depuis la stratégie nationale de mobilisation et de soutien en faveur des aidants qui a été présentée le 23 octobre 2019 par le Premier ministre.

Quel est le profil type du proche aidant ? 

On peut observer que la manière d’accompagner un proche au féminin ou au masculin est différente. Les femmes vont passer plus de temps à accompagner leurs proches que les hommes. Je vais être très caricaturale mais ces derniers pourront peut-être mettre plus de limites et auront recours à de l’aide extérieure plus rapidement s’ils sont confrontés à des difficultés.

Bizarrement, vous verrez que si vous avez des fratries avec des frères et sœurs, on va plutôt se dire que ce sont elles qui vont s’occuper de l’accompagnement des parents quand ils vont vieillir.  Mais rien ne prédispose les femmes à mieux accompagner que les hommes. 

Il y a aussi ce phénomène de la génération sandwich, c’est-à-dire les aidants qui ont entre 50 et 55 ans et qui accompagnent non seulement un parent mais aussi leurs enfants sur d’autres sujets.

Selon l’étude de la DREES, tout le monde est impacté. Cependant, l’accompagnement peut être facilité par la recherche d’informations et les possibilités financières à la fois de la personne ou de son entourage. 

Selon un sondage Youpies dévoilé en octobre 2019, 97 % des proches aidants gèrent des situations personnelles au travail, cela vous étonne ? 

C’est effectivement invasif. Après, il est vrai que les heures d’ouverture et de fermeture des services publics et des aides à domicile, ou même les hôpitaux, sont sur des horaires de bureaux. Ce n’est donc pas étonnant que cela prenne sur les heures de travail. Il y a quand même une régularité de l’aide et ce n’est pas simplement prendre des nouvelles. En fonction de l’avancement de la maladie ou de l’âge de la personne, l’aide sera plus conséquente.

Pour les proches aidants, il y a aussi cette notion de : « est-ce que l’on peut le laisser ? » et cela peut-être très compliqué. Il y a déjà le sujet de la culpabilité mais aussi celui de la confiance en l’autre. Il n’y a pas que des proches aidants exclusifs. Le partage d’accompagnement de la personne qui est en situation de dépendance est aussi important à prendre en compte aujourd’hui dans notre société. 

Quels sont les freins principaux évoqués par le proche aidant ? 

La première difficulté est incontestablement le temps. Viennent ensuite la recherche d’informations et savoir à qui s’adresser. Ce sont les principaux problèmes. 

Dans l’enquête de Malakoff Humanis de 2017, le premier frein invoqué par les salariés aidants est la confiance. Ils veulent un environnement de confiance pour pouvoir parler de leur situation. L’aspect financier ne vient qu’en 4ème ou 5ème position. 

On parle beaucoup du congé de proches aidants et d’une indemnisation de 40 euros par jour. Qu’en pensez-vous ?  

C’est un début pour pouvoir aborder ce sujet dans les entreprises. Le fait que ce soit officialisé permettra sûrement à des salariés de s’en saisir. Il sera peut-être même élargi à d’autres publics. Il n’y a pas de spécificité, ni par rapport à un âge ni par rapport à un handicap. C’est vraiment dans l’état d’esprit d’aller vers une convergence des politiques publiques. Ce congé de proche aidant concerne encore certaines catégories et c’est plutôt encourageant comme signe de reconnaissance de la situation.  

Que pensez-vous de la maison de répit qui a ouvert ses portes à Lyon ? 

C’est un gros travail. Un gros travail de territoire pour ouvrir cette maison de répit début février 2019.  C’est un travail de préparation pour réunir l’ensemble des acteurs et de répondre à un ensemble de problématiques pour les aidants.

On voit bien qu’on est dans un sujet de réseau, de structuration, de développement de territoires de manière à ne pas avoir de zones blanches. Cela permet de créer des synergies et d’accompagner les personnes dans un parcours qui n’est pas toujours simple pour leur permettre de cheminer et trouver de la ressource tout au long de l’évolution de la situation.   

Pouvez-vous nous parler de votre association ? 

L’association Française des aidants mènent des actions avec des porteurs de projets en développant des actions locales. Ses partenaires sont très divers : des collectivités publiques, des hôpitaux, des associations d’aidants, d’aides à domicile … C’est vraiment un souhait pour être au plus proche des personnes. Le volet territorial est extrêmement important. Les sollicitations que nous avons sont principalement écrites et nous répondons à 400 personnes par an. Souvent, ils nous posent des questions sur des aides ou encore des accompagnements. On nous sollicite aussi sur des sujets de crise comme comment entrer dans des institutions, sur la multiplication des interlocuteurs … On constate que nous sommes une ressource pour certaines personnes. 

 
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