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Confinement : Gilles Pineau (Armée du Salut) discute avec Assurland de la situation des SDF

Publié par le , Mis à jour le 14/04/2020 à 12:02

A Paris, la problématique du mal-logement est particulièrement exacerbée

Avec la crise sanitaire engendrée par la pandémie de coronavirus COVID-19, le gouvernement français a déclaré une période de confinement à partir du mardi 17 mars. Pour la majorité des citoyens français, cela signifie rester chez soi en patientant jusqu'à pouvoir à nouveau se déplacer normalement. Mais pour les sans-abris, respecter le confinement n'a pas beaucoup de sens. Assurland.com a donc interrogé Gilles Pineau, directeur des ESI (espace solidarité insertion) à l'Armée du Salut et directeur adjoint de la Cité de refuge pour éclaircir la situation.

Les SDF sont-ils soumis au système d'attestation ? Si oui, comment s'en procurer et quelle adresse renseigner ?

Oui, ils sont également soumis à ce système, ce qui leur complique beaucoup les choses. Les attestations font partie des documents que nous avons commencé à remettre immédiatement pour faciliter leurs déplacements. En général, on leur conseille d'indiquer l'adresse à laquelle ils vivent dans la mesure du possible. Derrière le nom de SDF, il y a des réalités différentes : certaines personnes peuvent dormir dans des voitures, d'autres ont pu s'installer dans des squats, d'autres un lieu un peu aménagé dans l'espace public. Dans les faits, il est rare qu'une personne SDF ne se pose pas quelque part à un moment donné.

Si un SDF présente des symptômes du coronavirus, que doit-il faire et où peut-il se rendre pour trouver de l'aide ?

Si une personne est touchée par les symptômes, elle peut d'abord l'exprimer, sur un accueil de jour qu'elle fréquente par exemple. Ensuite, nous avons une procédure qui nous a été adressée par la DGCS (Direction générale de la cohésion sociale) et qui nous indique ce qu'il faut faire. Puis nous contactons un médecin et c'est ce dernier qui nous dira ce qui est à envisager après avoir rencontré la personne souffrant des symptômes.

Pour ceux ne pouvant pas se déplacer jusqu'à un centre d'accueil de jour, il existe des maraudes, c'est-à-dire des équipes qui vont à la rencontre de gens qui sont à la rue et qui ne sont éventuellement plus dans nos structures. De la même manière, les maraudes ont une procédure à suivre en cas de rencontre avec une personne présentant les symptômes du coronavirus. Autrement, il y a aussi le Samu social de Paris qui dispose d'infirmières pour leurs maraudes. Ces dernières peuvent déjà établir un premier diagnostic.

Quels sont les dispositifs mis en place par le gouvernement pour venir en aide aux plus démunis et mal-logés en période de confinement ?

Depuis un peu moins d'une semaine, l'État a ouvert deux centres d'hébergement « spécialisés », dédiés à des personnes sans domicile et présentant les symptômes, sans pour autant nécessiter d'hospitalisation. Les orientations sur ces centres se font en coordination avec l'ARS (Agence régionale de santé) et la DRIHL (Direction interdépartementale de l'hébergement et du logement). Cela répond à deux situations principales :

  • pour les gens vivant à la rue et ayant besoin d'un centre et de confinement ;
  • soulager les centres d'hébergement d'urgence qui font encore de l'accueil en chambre collective et qui n'ont pas les moyens de pratiquer le confinement dans leur structure.

Des chambres d'hôtel ont également été mobilisées de façon assez conséquente pour permettre à un maximum de gens d'être hébergés pendant cette durée et de respecter le confinement. Le volume reste toutefois insuffisant car de nombreuses personnes sont encore à la rue.

Comment s'organisent les accueils de jour et les centres d'hébergement pendant cette période difficile ?

Nous avons mis en place une diminution des prestations et un recentrage sur des choses élémentaires, c'est-à-dire les prestations de base : distribution d'alimentation, un accueil café qui reste malgré tout très important, un accès à l'hygiène, aux toilettes et aux douches. Comme nous n'avons pas non plus énormément d'espace, les gens sont obligés de patienter à l'extérieur. Il y a un peu d'attente, comme devant un supermarché d'une certaine manière.

A également été stoppé toute forme d'accompagnement de proximité, les entretiens avec les travailleurs sociaux par exemple, car on ne pouvait pas continuer à faire du face à face. Ce n'est pas simple car certains ont vraiment besoin de cette forme d'accompagnement de proximité. De manière plus globale, certains sont en demande de lien social car ils sont complètement isolés. J'ai donc gardé la présence de travailleurs sociaux sur les établissements et une grande polyvalence est demandée dans leurs fonctions.

Sur les centres d'hébergement, on applique les mesures qui concernent la population en général, c'est-à-dire le confinement. Personnellement, je gère un centre disposant de chambres individuelles, ce qui simplifie les choses ; les personnes doivent rester dans leur chambre. Mais pour le restaurant collectif, on a changé notre mode de fonctionnement et désormais, on distribue des paniers-repas. On commence à remettre en place des activités autour du lien parce que des personnes souffrent déjà de cet isolement. On met en place des espaces de parole par exemple. On a également lancé une expérimentation, « Récits de confinement », qui vient recueillir des témoignages sur la manière dont les sans-abris vivent ces confinement.

Est-il réaliste de vouloir appliquer les gestes barrières dans les centres d'hébergement et d'accueil de jour ?

Ce n'est pas facile, mais les messages sont passés pour une majorité des personnes. Il faut faire preuve de beaucoup plus de pédagogie, répéter. On a fait un peu d'affichage aussi. Mais j'entends encore beaucoup de remarques de gens qui disent ne pas être touchés par le virus, qu'ils ne sont pas concernés ; c'est une des difficultés.

Mais cette situation met surtout en exergue le fait que des milliers de gens n'ont pas de logement à Paris ! Où se confiner quand on n'a pas de logement ? La situation n'a pas de sens pour eux. Les fédérations auxquelles nous sommes rattachées ont donc très vite alerté les pouvoirs publics en expliquant qu'il fallait immédiatement rouvrir des lieux d'accueil et trouver des solutions.

On mise beaucoup sur la capacité de réaction des associations. Comme le secteur hospitalier, nous avons été confrontés au fait de ne pas avoir de masques et autres équipements de sécurité. La distribution alimentaire s'effectue dans des conditions très difficiles. Ce qu'il faut retenir de cette situation, c'est que la problématique du sans-abrisme est cruciale. On voit bien que dans une situation de crise sanitaire et des mesures qui s'imposent, il y a tout une tranche de la population exclue. On ne remplit pas à 100 % les objectifs prévus.

Que pourriez-vous demander comme mesures supplémentaires de la part du gouvernement pour les sans-abris ?

Que toutes nos structures soient alimentées en masques, gants et tous les outils de protection nécessaires pour travailler. Que l'on retienne en outre le fait qu'il manque toujours des logements et des structures d'hébergement pour accueillir des personnes, et que toujours autant de personnes sont à la rue.

Si le gouvernement ne réagit pas, il va y avoir des effets à plus long terme. Ceux qui avaient un logement ont pu se confiner chez eux ; ceux qui n'en avaient pas ont été beaucoup plus exposés au risque de contamination. C'est une vraie différence de traitement. Lorsqu'on est à la rue, on se trouve dans une situation d'urgence extrême. Le regard extérieur pèse aussi : les gens ne comprennent pas pourquoi certains sont encore à l'extérieur.

Il y a également d'autres difficultés que l'on verra apparaître dans les semaines qui viennent. Il y a notamment une surreprésentation d'un public souffrant de pathologies mentales et de troubles psychiatriques chez les SDF. Et aujourd'hui, tous les services relatifs à ces problèmes sont fermés, ces gens ne sont plus soignés. Très vite, on risque d'en payer les conséquences. De la même manière, il y a dans nos structures des personnes souffrant de problématiques d'addictions fortes, qui ne peuvent plus être prises en charge. Certaines personnes risquent de décompenser et de manifester certains troubles.

L'accès à l'alimentation pose aussi problème : il y a eu un effet d'arrêt au départ. De nouvelles distributions alimentaires s'organisent sur Paris, trois gros points de distribution ont rouvert, mais jour après jour, un nombre croissant de personnes se présentent sur ces points. Tout le système de solidarité a été mis à mal, car tout ce qui avait une dimension collective avait fermé immédiatement par peur de la propagation du coronavirus. Tous les gens fréquentant ces lieux là se sont brusquement retrouvés sans avoir de quoi se nourrir. Et malgré tous les phénomènes de solidarité qu'on a pu observer récemment, il y a eu un repli sur soi qui a affecté les gens les plus démunis.

 
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