Assurance habitation

Une start-up moque les syndics de copropriété via une campagne de publicité

Publié par le , Mis à jour le 10/03/2020 à 11:40

La gestion administrative et financière d'une copropriété revient au syndic

Dans une copropriété, le syndic est chargé de missions représentatives et de gestion, à la fois administrative et financière. C'est notamment lui qui s'occupe de souscrire l'assurance habitation collective de la copropriété. Mais des mésententes surviennent parfois entre les copropriétaires et le syndic : ces désaccords ont inspiré la start-up Matera pour sa dernière campagne de publicité, qui n'a pas manqué de faire réagir les syndics.

Une campagne de publicité de la start-up Matera

Il n'est pas rare d'entendre un propriétaire pester contre son syndic de copropriété, à tort ou à raison. Sont souvent mis en cause les tarifs pratiqués, un manque de réactivité ou encore de transparence dans le fonctionnement. Ainsi en 2017, des start-uppers ont décidé de créer Illicopro, une plateforme de gestion de copropriété, qui deviendra plus tard Matera.

Pour sa dernière opération marketing, la jeune entreprise n'a pas hésité à tourner en dérision les syndics de copropriété avec des slogans humoristiques et accrocheurs. « Merci syndic pour votre musique d'attente, je connais maintenant Vivaldi par coeur », « Merci syndic pour l'ascenseur en panne, j'ai des cuisses en béton », « Merci syndic pour les fuites d'eau, c'est tous les jours piscine », « Merci syndic pour le chauffage H.S. ça me permet de garder la tête froide », peut-on lire sur leurs différentes affiches, placardées dans le métro ou la presse.

« Nous souhaitions créer un électrochoc sur la base des reproches que nos clients font à propos de leur ancien syndic », justifie le cofondateur de l'entreprise Raphaël di Meglio.

Des moqueries qui n'ont pas vraiment plu aux syndics de copropriété

Mais l'opération n'a pas vraiment fait rire les syndics de copropriété, bien au contraire. Ces derniers s'estiment publiquement insultés par un tel affront. « Les syndics se sentent injuriés, s'insurge Géraud Delvolvé, délégué général de l'Unis (Union des syndicats de l'immobilier) au Figaro. C'est une campagne « place publique » d'opportunité liée au changement de nom de la société et à la tenue d'ici fin juin d'assemblées générales de copropriétés ».

D'autres accusations sont également avancées. L'Unis met en cause Matera : la start-up exercerait la profession de syndic de copropriété de façon illégale. L'union de syndicats ne manque pas de le signaler aux copropriétaires : « [Matera] propose une offre qui n'est pas le mandat-type réglementaire de syndic et risque de tromper les consommateurs ». Et il faut rappeler que les règles de des syndics de copropriété avaient été réformées en profondeur par la loi Alur de 2014. Règles que les syndics eux-mêmes avaient du mal à suivre.

Pour sa défense, l'Unis précise tout de même que, d'après un sondage Ipsos d'octobre 2019, 72 % des copropriétaires se disent satisfaits de leur syndic. « Dès que les copropriétaires sont mis en face d'offres comparatives biaisées, le devoir de l'Unis est d'agir », allègue Géraud Delvolvé, dans une situation où l'Unis considère déjà d'attaquer Matera en justice.

Matera se défend et réfute les accusations

« Nous ne prétendons pas être un syndic mais un prestataire de services sous contrat avec les copropriétaires qui forment ce syndic, réagit Raphaël di Meglio, face aux accusations. Nous exerçons une activité parfaitement légale qui concerne 20% des copropriétés en France. » En effet, la start-up assure être en lien avec quelque 25 000 propriétaires et « les aider à prendre les meilleurs décisions pour réduire leurs charges et à terme ne plus avoir à passer par un intermédiaire ».

Le cofondateur de Matera veut se placer du côté des consommateurs : « La rente que constitue parfois l'activité de syndics traditionnels ne doit pas verrouiller le secteur au détriment des consommateurs et de la qualité de service », affirme-t-il. Pour sa défense, il s'appuie sur l'article 14 de la loi du 10 juillet 1965 : « La collectivité des copropriétaires est constituée en un syndicat qui a la personnalité civile. Le syndicat peut revêtir la forme d’un syndicat coopératif. » Mais cela ne suffit pas pour Géraud Delvolvé, qui réplique : « Le syndic ne peut être qu'un copropriétaire lorsque le syndicat des copropriétaires a adopté ce statut. » Si une plainte est effectivement déposée, la justice française tranchera.

 
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