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Trottinettes et vélos : la Mairie de Paris répond à Assurland

Publié par le , Mis à jour le 24/01/2020 à 13:56

Christophe Najdovski répond aux questions d'Assurland sur les vélos et trottinettes électriques

Dans une interview exclusive accordée à Assurland.com, Christophe Najdovski, maire-adjoint de Paris aux transports et espace public évoque la relation des franciliens avec les vélos et autres trottinettes électriques, le plan vélo et les ambitions de la municipalité pour faire évoluer ces nouveaux modes de transport.

Durant la grève, de nombreux Franciliens ont opté pour les vélos et trottinettes. D’une manière générale, respectent-ils bien le code la route ?

Le code de la route est là pour protéger les piétons, les cyclistes et les utilisateurs de trottinettes, en tant qu’usagers vulnérables. Il y a malheureusement des comportements inciviques, qui sont sanctionnés par les agents de sécurité de la ville de Paris au même titre que les infractions commises à bord d’un autre moyen de transport. Notamment, nous portons une grande importance au respect de la priorité des piétons.
 
Concernant les usagers de trottinettes, la situation s’est grandement améliorée depuis que la ville a interdit leur circulation sur les trottoirs. Nous avons également obtenu la modification du code de la route afin qu’il puisse encadrer ce nouveau moyen de déplacement : grâce à des règles plus claires et à ces nouvelles possibilités de contrôle, les usages deviennent plus respectueux 

Avez-vous remarqué une accidentologie en hausse ?

En chiffres bruts oui, les accidents ont augmenté depuis le début de la grève. Pour autant, par exemple pour ce qui concerne l’utilisation du vélo, on a d’un côté une augmentation des accidents légers de 40% selon les pompiers, et d’un autre une augmentation de la pratique de presque 200%. En proportion, l’accidentologie est donc en baisse à Paris. 

D’après-vous, la grève a t-elle incité les gens à se déplacer davantage en vélo ou trottinette ?

En quelque sorte, la grève a forcé certains usagers à tester le vélo. Ce moyen de transport est devenu une option sur la table depuis que l’on a créé un véritable réseau cyclable à Paris, qui permet de traverser la Ville sur des itinéraires continus et sécurisés. Après la grève, la majorité des usagers reprendra ses anciennes habitudes mais une partie continuera d’utiliser le vélo pour deux raisons principales : certains néo-cyclistes découvrent que leur trajet est plus court et plus agréable à vélo et qu’il peut être sécurisé et beaucoup se sont équipés à l’occasion des grèves et souhaitent rentabiliser leur équipement.

La grève aura des effets durables sur la pratique du vélo, comme cela a pu être le cas lors de la grève de 1995. Nous avions déjà constaté avant la grève une hausse de la fréquentation des aménagements cyclables (de l’ordre de +54% entre septembre 2018 et septembre 2019) qui confirme l’adage qui énonce : « faites des pistes cyclables et vous aurez des cyclistes, faites des routes et vous aurez des automobilistes ». Grâce au Plan Vélo et grâce à des infrastructures de qualité, nous levons progressivement les freins à la pratique du vélo. Ce que révèle la grève, c’est le fort potentiel du vélo à Paris. 

Que répondez-vous aux utilisateurs qui se plaignent du mauvais état des Vélib’ Métropole ?

Vélib a réussi à tenir et à fournir un service à la hauteur pendant les premières semaines de grève. La durée exceptionnelle de cette grève commence toutefois à rendre l’exploitation du difficile : c’est lié, d’une part, à la sur-sollicitation des vélos (avec des pics à 45 utilisations/jour d’un vélo contre 6 à 7 courses avant la grève et des vélos qui parcourent 45 km/jour en moyenne contre 20 km/j en temps normal) et, d’autre part, au fait que Smovengo est également fortement impacté par la grève avec des problèmes de RH (comme de nombreuses autre entreprises franciliennes) et de stockage pour assurer le service de maintenance et  de réparation des vélos. La ville, en lien étroit avec le syndicat, regarde attentivement la situation au jour le jour.
  

Que pensez-vous du plan vélo annoncé par Edouard Philippe ?

C’est la première fois que ce sujet est pris au sérieux au niveau national, ce qu’il est important de souligner. Nous avons beaucoup travaillé avec le gouvernement pour faire émerger le plan vélo, en lien avec les associations d’usagers, et nous saluons l’avancée qu’il représente.

Il n’est pas aussi ambitieux que l’on aurait pu l’espérer, notamment à cause de la faiblesse du financement et des moyens accordés au Savoir rouler à vélo, et de la non prise en compte de la problématique des angles morts des véhicules lourds (qui sont la première cause des accidents mortels en ville), mais c’est un premier pas. 

Que fait la Mairie de Paris pour encourager ce mode de transport ?

En 2015, le Conseil de Paris a adopté à l’unanimité le plan vélo qui guide notre action aujourd’hui. Nous avons créé un réseau cyclable structurant avec des pistes continues et sécurisées et au total, ce sont 1000km d’aménagement qui permettent aujourd’hui de traverser Paris. Nous avons créé 15 000 places de stationnement sur voirie et sommes sur le point d’installer des consignes à vélo sécurisées sur l’espace public. Deux vélostations de grande capacité seront opérationnelles aux gares de Lyon et Montparnasse au printemps. 3 véloroutes touristiques traversent Paris, bientôt 4. Enfin, nous avons soutenu le développement des associations qui font vivre l’écosystème vélo (vélo-écoles, ateliers d’autoréparation, GPS spécialisé sur les trajets vélo…)

En 2019, la mairie de Paris a tapé du poing sur la table concernant les trottinettes électriques, qu’en est-il aujourd’hui ? Y a-t-il eu un changement de comportements de la part des utilisateurs depuis la mise en place de la charte de bonne conduite ?

Depuis deux ans, de nouveaux services privés de mobilité partagée en flotte libre sont apparus progressivement dans la capitale sans nécessiter d’autorisation préalable de la Ville et souvent en l’absence de cadre réglementaire précis. Des vélos en free-floating ont d’abord été déployés à Paris fin 2017, puis à l’été 2018, ce sont les opérateurs de trottinettes électriques qui sont arrivés. La multiplication de ces engins a entraîné des difficultés pour la sécurité et le confort des usagers de l’espace public.

La Ville a considéré que, même si ces nouveaux services constituaient une offre supplémentaire de déplacements en mode doux, une régulation et une réglementation plus précises étaient nécessaires. L’encadrement de l’occupation du domaine public par ces engins en flotte libre s’est mis en œuvre depuis le printemps 2019 par une série de mesures prises par la Ville de Paris sans attendre la définition (retardée) d’un cadre réglementaire national :

  • Avril 2019 : Délibération en Conseil de Paris fixant les redevances payées par les opérateurs d’engins en free floating (vélos, scooters, trottinettes)
  • Mai 2019 : Charte de bonne conduite signée avec les opérateurs
  • Juillet 2019 : Arrêté municipal interdisant le stationnement ailleurs que sur le payant et le 2RM sur chaussée
  • Automne 2019 : début des travaux pour la création de 15000 places dédiées aux trottinettes en flotte libre   5400 places déjà créées au 18 décembre, emplacements disponibles en open data

La Ville a également été active sur le terrain en missionnant ses agents au contrôle et à la verbalisation de ces nouvelles mobilités. Depuis mars 2019, plus de 8000 PV ont concerné des trottinettes électriques

En parallèle, du côté de l’État, un cadre réglementaire s’est récemment mis en place. La Ville a interpellé l’État et fait des propositions dans le cadre de la préparation de la LOM pour que soit encadré l’usage des trottinettes. Elle a regretté que le gouvernement n’ait pas jugé utile d’interdire le stationnement sur trottoir, ou de permettre aux collectivités locales de le faire. Le 20 décembre 2019, la Ville a franchi une nouvelle étape dans l’encadrement des trottinettes en Flotte libre avec le lancement d’un appel à candidatures pour le remisage sur le domaine public de flottes d’EDP motorisés en libre-service sans station d’attache.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Il permettra de limiter la flotte de trottinettes en free floating à 15 000 engins sur le territoire parisien et d’autoriser les opérateurs sélectionnés à remiser leurs trottinettes en free floating sur les 15 000 places de stationnement dédiées. Nous sélectionnerons 3 opérateurs dont les propositions seront les plus satisfaisantes selon trois critères d’appréciation ainsi pondérés :

  • responsabilité environnementale (40%) : caractéristiques énergétiques de la gestion et de la maintenance, durabilité é et efficacité énergétique des engins, recyclage, énergie renouvelable…
  • sécurité des usagers (30%) : fiabilité et qualité des engins, respect du code de la route, assurance…
  • gestion, maintenance et recharge (30%) : équilibre spatial du déploiement, gestion des engins mal stationnés…

Les candidats retenus devront élégamment s’engager à partager avec la Ville leurs données sur le déploiement et l’usage du service, comme c’est déjà le cas depuis la signature de la charte de bonne conduite.

A votre avis, pourquoi les trottinettes électriques plaisent tant aux Franciliens ?

Paris est une ville de courses distances, ce qui explique une partie de l’engouement autour des engins de déplacements personnels.

Que pensez-vous des Franciliens qui délaissent peu à peu la voiture pour ces nouveaux moyens de locomotion ? Une bonne nouvelle pour l’écologie ?

En tant que collectivité, nous ne mettons pas en place nos politiques uniquement pour les cyclistes mais bien en recherchant l’intérêt général. Les nouvelles pistes cyclables ainsi que la réduction de la place accordée à la voiture est bénéfique à tous : les rues apaisées encouragent la marche et la vie de quartier, les bus peuvent mieux circuler, les transports en commun sont désaturés. Evidemment, c’est une bonne nouvelle pour l’écologie et pour le bien vivre.  

 
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