Vélo et trottinette : le casque bientôt obligatoire ?

Publié par Quentin Bas Lorant le 13/01/2022 à 11:56 , Mis à jour le 21/01/2022 à 00:00

Après un rejet par l'Assemblée nationale en 2019, l'obligation du casque à vélo est de retour, cette fois au Sénat. Le développement du vélo depuis le début de la crise sanitaire a de quoi relancer le débat : avec une croissance fulgurante du nombre de cyclistes, les accidents se multiplient aussi. Mais les associations rejettent une proposition qui serait surtout contre-productive.

Vélo, trottinette, gyropode... tous casqués ?

Les cyclistes sans casque devront-ils bientôt… casquer ? Une proposition de loi en ce sens sera débattue à partir d’aujourd’hui au Sénat. Elle pourrait sanctionner d’une amende de 135 euros le non-port du casque, soit la même sanction qui s’applique déjà aux conducteurs de motos ou de scooters !

De plus, cette nouvelle obligation ne s’appliquerait pas qu’aux usagers du vélo (électrique ou non), mais aussi à ceux des EDPM : trottinettes, gyropodes, hoverboards, etc. Et y compris quand ils sont loués en libre-service. À l’heure actuelle, le port du casque n’est obligatoire que jusqu’à 12 ans.

C’est un groupe d’élus centristes, emmenés par le sénateur de Charente François Bonneau, qui est l’origine de cette proposition, qui s’appuie sur de nombreuses données qui prouveraient la dangerosité de rouler sans casque. 

Parmi les cyclistes blessés, peu de porteurs de casques

Parmi celles-ci, on trouve notamment les chiffres de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) : en 2019, sur 187 cyclistes tués et 4 783 blessés, la moitié ne portait pas de casque. 

Surtout, avec le développement fulgurant des mobilités douces depuis le début de la pandémie, les collisions se multiplient : la mortalité des cyclistes a augmenté de 21% depuis 2010, et le nombre d’usagers d’EDPM blessé de 40% sur un an (parmi eux, 62% ne portaient pas de casque).

Le site de la Sécurité routière confirme par ailleurs que, pour un cycliste, le risque d’être victime d’un accident est trois fois plus élevé que pour un automobiliste. Et qu’en toute logique, lorsqu’un accident de la route survient, « les blessures les plus graves touchent la tête ».  

Or, les cyclistes et usagers d’engins électriques motorisés sont assez peu protégés contre ce risque de blessure grave. Le texte déposé au Sénat rappelle en effet que 31% seulement des cyclistes porteraient en casque, selon l’ONISR. Concernant les EDPM, c’est le grand écart : près de 9 propriétaires de ces engins sur 10 en porteraient un, contre moins d’1 sur 10 parmi ceux qui les louent.

Toutefois, la logique qui veut que le port du casque réduirait nécessairement le nombre d’accidents n’est pas tout à fait imparable. C’est en tout cas ce qu’avancent les associations de défense des cyclistes. 

Une obligation contre-productive ?

En premier lieu, elles pointent les pays qui ont par le passé déjà imposé le port du casque. En Australie et en Nouvelle-Zélande, par exemple, l’obligation n’a pas fait chuter le nombre de blessures graves. Comment l’expliquer ? Selon une étude de l’institut Ifsttar, seuls 17% des cyclistes blessés le sont à la tête, contre près de la moitié aux bras, un tiers aux jambes, et même un quart au visage (les chocs les plus fréquents étant latéraux).

De plus, dans les pays ayant imposé le casque, on remarque d’abord une baisse de la pratique du vélo. Un effet contre-productif à l’heure où les pouvoirs publics et les agglomérations plébiscitent ce mode de transport pour des raisons de santé publique et d’écologie. 

Mais, surtout, la baisse du nombre de cyclistes aurait tendance à rendre le vélo plus dangereux. C’est la loi de la « force du nombre » : plus les cyclistes sont nombreux, plus les autres usagers de la route les voient et s’habituent à leur comportement.

Même si le raisonnement parait contre-intuitif, rendre obligatoire le casque rendrait ainsi à terme la pratique du vélo plus dangereuse, en faisant baisser la pratique de la bicyclette. Pour cette raison, selon les associations, favoriser la sécurité des cyclistes passerait d’abord par réduction de la vitesse automobile en ville et par une politique à plus long-terme d’apprentissage aux plus jeunes des règles du partage de la route.

Contraindre au port du casque sans pédagogie aurait en effet plutôt à tendance à favoriser l’ « homéostasie du risque » : le fait que, se sentant protégés, les cyclistes adoptent des comportements moins sûrs. Cela vaut aussi pour les automobilistes, qui seraient enclins à doubler de façon plus dangereuse les cyclistes casqués…

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