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Vélo : Vincent Degove explique à Assurland le projet du « RER V »

Publié par le , Mis à jour le 06/03/2020 à 10:57

Vincent Degove répond à nos questions sur le projet du RER V

Dans une interview exclusive, Vincent Degove, coordinateur sur le RER V pour le collectif vélo Ile-de-France revient sur ce projet qui répondra aux attentes des franciliens qui souhaitent se déplacer à vélo.

Pouvez-vous nous expliquer le projet « RER V ? »

Le RER V est un projet imaginé par les 35 associations du Collectif Vélo Ile de France. Il représente un réseau régional de voies cyclables continues qui permettent des déplacements à vélo quotidiens sécurisés, efficaces et confortables entre les grands pôles d’activités de notre Région. Les associations ont travaillé pendant un an pour aboutir à une carte crédible et répondant aux besoins des franciliens. Ces voies cyclables répondent à un cahier des charges ambitieux, notamment en termes de capacité.

Que représente ce projet ?

Ce projet représente un linéaire de 650km sur 9 grandes lignes, à la fois radiales et avec deux ceintures autour de Paris. Environ 40% du linéaire est déjà équipé d'infrastructures cyclables, bien que certains tronçons doivent être mis à niveau pour répondre au cahier des charges. Le coût du réseau est estimé à 500 000 €, soit moins de 2% du coût du réseau de métro du Grand Paris Express.

Pourquoi ce projet RER vélo ?

Le projet RER V est né d’un double constat. Celui tout d’abord d’une demande qui explose, avec des Franciliens toujours plus nombreux à vouloir se déplacer à vélo. Et celui du besoin, face aux routes et transport en commun congestionnés, d'avoir une alternative de déplacement efficace et agréable.

Or pour que le vélo réponde à cette demande, il faut qu'il soit accessible à tous. Malheureusement, l'offre de pistes cyclables actuelle est en confettis, non continue et dispersée, avec de nombreux points noirs infranchissables. Une partie des aménagements est excellente, mais entre deux pistes sécurisées, on peut se retrouver au milieu de la circulation automobile sur une départementale ou un carrefour. L'idée est donc de créer de la continuité, soit en reliant des aménagements existants, soit en créant des aménagements neufs.

Il s’articule autour de 4 grands principes, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Ces quatre principes sont la sécurité, la continuité, l'efficacité et la capacité. Partout où des infrastructures cyclables répondent à ces critères, on a observé une explosion des déplacements à vélo, preuve qu'une demande existe.

La sécurité est l'élément le plus important. Pour cela, il faut absolument une infrastructure qui sépare des véhicules motorisés. Un cycliste confirmé osera rouler avec des voitures ou des bus, mais un cycliste débutant, un enfant ou une personne âgée demandent d'être entièrement séparés pour se déplacer à vélo.

La continuité est nécessaire, car un seul carrefour ou passage de porte dangereux au milieu de kilomètres de pistes sécurisées est suffisant pour dissuader de prendre son vélo.

Nous parlons également d'infrastructures efficaces, sans ralentissements ou arrêts incessants. Des infrastructures sécurisées peuvent être dissuasives en raison de chicanes, de bosses, de traversées de carrefours trop longues et comprenant trop de feux. Cela rallonge le temps de transport, augmente l'effort à fournir, et diminue le confort du trajet, or les distances peuvent être longues dans la région et les temps de transport importent aux franciliens.

La capacité quant à elle est importante pour permettre à deux cyclistes de rouler de front, ou bien des cyclistes de vitesses différente de se doubler, et écouler un flux important de vélos. En effet, on a constaté que dès que des infrastructures de qualité sont mises en place, elles sont rapidement saturées, nécessitant d'être surdimensionnées par rapport aux flux actuels. Dans un espace urbain contraint, il est bénéfique de donner de la place au vélo : à place égale au sol, une piste cyclable débite 3 fois plus de vélos que de voitures.

          RERV

En février dernier, on apprit que la région IDF va financer 50% du projet. Une bonne nouvelle non ?

C'est effectivement une très bonne nouvelle ! Notre projet visait à interpeller les élus et aménageurs de la région, pour qu'ils s'en emparent. Les déclarations de Valérie Pécresse, présidente de Région vont dans ce sens. Nous espérons voir une large adhésion de toutes les collectivités locales de la région autour du projet de RER V.

Selon vous, pourquoi le vélo plaît tant aux Parisiens ?

Le vélo plaît aux parisiens car, lorsqu'on dispose d'infrastructure de qualité, ce qui est de plus en plus le cas à Paris, il s'agit d'un moyen de transport efficace et agréable. Les bénéfices sont multiples, que ce soit individuels comme la santé et le portefeuille, ou collectifs comme l'environnement. De plus, la ville de Paris et sa métropole sont très denses, les distances sont donc idéales pour le vélo.

Est-ce que cet engouement pour le vélo va durer ?

On a en effet constaté un fort engouement lors de la grève des transports en public. Cependant, le trafic vélo post-grève est resté important, et cela s'inscrit dans une tendance longue à l'augmentation du nombre de vélos. À notre sens, cela n'est que le début. La Ville de Paris est à présent mieux équipée, et on souhaite que la tendance se poursuive car il reste encore à faire. L'enjeu se trouve à présent en banlieue. Lorsque le projet RER V aura été mené à son terme, le trafic cyclable sera décuplé à l'échelle métropolitaine et régionale par rapport à aujourd'hui.

Le  vélo est devenu un véritable sujet pour les municipales de 2020. Anne Hidalgo veut notamment supprimer 60 000 places de stationnement individuel pour aménager 400 nouveaux kilomètres cyclables, qu’en pensez-vous ? Est-ce vraiment réaliste ?

Presque tous les candidats à la Mairie de Paris ont des propositions sur le vélo, c'est très encourageant par rapport à 2014. Dans une ville où l'espace public est contraint, si l'on souhaite développer la marche et le vélo il va falloir prendre de la place à d'autres modes déplacements. Quand on sait que la voiture occupe 50% de l'espace public parisien, mais ne représente que 13% des déplacements avec son lot de nuisances, un rééquilibrage est possible et souhaitable. L'idée n'est pas de supprimer totalement la voiture, mais de redistribuer l'espace plus équitablement.

On se focalise sur Paris, mais le vélo est devenu un enjeu majeur des municipales quelle que soit la ville, preuve étant la multiplication des Grand Orals Vélo, comme à Saint-Denis, Nanterre, Aulnay ou encore Montreuil. Je suis moi-même habitant à Pantin (Seine-Saint-Denis) et me réjouis que les listes majeures aient toutes décidées de développer l’usage du vélo sur la commune.

Cela ne va-t-il pas créer des tensions entre les automobilistes et les cyclistes ?

La tension existe surtout lorsque les cyclistes et les automobilistes sont mélangés sur le même espace. Les infrastructures séparées limitent cette tension. De manière temporaire, les automobilistes peuvent déplorer que l’on ait pris de la place qui leur était auparavant dédiée pour créer des pistes cyclables. Cependant, à place égale sur l’espace public, cela permet de déplacer plus de personnes, et diminue donc à terme le nombre d’automobilistes, ce qui est bénéfique pour les personnes qui sont obligées de prendre leur voiture.

 
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