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Assurance pandémie : où en est-on dans les discussions ?

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Comment prendre en charge les pertes des entreprises en cas de pandémie ?

Poussé par Bercy à inscrire le risque de pandémie dans ses contrats, le secteur de l’assurance est actuellement au cœur de nombreuses discussions. Alors que des propositions sur la création d’un « cadre assurantiel » devraient être soumises à l’exécutif d’ici quelques semaines, les interrogations se multiplient. Quels risques couvrir ? Comment financer un tel régime ? Quelle participation de l’État ?  

Pour que la pandémie devienne un risque assurable

Entamées en avril, les discussions (et débats) sur la création d’un régime d’assurance des catastrophes sanitaires devraient prendre fin d’ici quelques semaines. Alors que se tenait la semaine dernière la quatrième réunion du groupe de travail mis en place par Bercy, le sujet reste toujours aussi sensible. Mis en cause par le gouvernement et les Français, les assureurs se voient reprocher leur inaction face à la crise et surtout de ne pas avoir pris en charge l’intégralité des pertes. Une étude réalisée par Assurland.com atteste de cette colère. Estimant que les assureurs n'ont pas rempli leur rôle, leur confiance en se secteur s’étiole.

Ces accusations d’inactions ont pourtant vite été rejetées par le secteur de l’assurance, ce dernier arguant que le risque de pandémie n’est pas assurable du fait qu’il soit « systémique ». Peut-il dès lors le devenir ? La réponse est loin d’être simple. « Tout est ouvert, tout est à discuter : on peut imaginer un nouveau produit d’assurance, ou bien une couverture additionnelle à certains produits existants. Il pourra s’agir d’un système d’assurance facultatif ou obligatoire », avait indiqué Bercy au journal Le Monde alors que les discussions étaient à leur prémices. Comme l’indique un article paru récemment dans Les Echos, « il s'agit de « définir un cadre assurantiel adapté » permettant « aux acteurs économiques de faire face à une baisse du chiffre d'affaires » ». Surtout, le tout doit être proposé à un prix qui ne serait pas trop élevé.

Couvrir tous les « risques exceptionnels » en un seul et même régime ?

Avant de se demander quel prix cela reviendrait à payer chaque mois, le débat porte aujourd’hui sur les risques que ce « cadre assurantiel » couvrirait. Si la pandémie est bien entendu en tête de ces risques à couvrir, Bercy souhaite plus largement inclure des « risques exceptionnels ». Un régime de catastrophes dans leur ensemble pourrait prendre forme. Catastrophe naturelle, action terroriste, pandémie, etc. Les entreprises comme les politiques souhaitent en profiter pour couvrir toutes les menaces. « Il faut que le dispositif couvre les risques au maximum sans multiplier les régimes. Si une autre crise arrive et que les entreprises ne sont pas couvertes, cela sera difficilement compréhensible », souligne auprès des Echos Brigitte Bouquot, présidente de Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise (AMRAE). Un avis partagé par Jacques de Peretti, CEO d’AXA France « Il est très important qu'on construise quelque chose qui couvre d'autres cas que celui de la pandémie ».

L’État au côté des assureurs pour limiter les pertes ?

Couvrir tous les risques est-il réellement envisageable ? La seule couverture de la pandémie interroge certains assureurs. « il est naïf de penser que les compagnies d'assurance peuvent offrir une couverture pandémie », déclarait lors d’une conférence téléphonique Guido Terzariol,  directeur financier d’Allianz. La première pierre d’achoppement est le principe même de l’assurance : la mutualisation des risques. Une difficulté mise en avant sur BFM Business par Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l’Assurance (FFA) : « la pandémie n'est pas assurable parce que finalement, l'assurance c'est la mutualisation et donc ceux qui n'ont pas de sinistre financent les sinistres de ceux qui en ont. En ce moment ce qui se passe c'est que tout le monde a un sinistre au même moment donc (...) les mécanismes de mutualisation ne peuvent pas fonctionner ». Si la FFA a accepté le besoin de faire plus face à ce type de crise, Florence Lustman soulève un autre problème, celui du financement d’un tel régime. Si un mécanisme d’accumulation pourrait permettre de cumuler des fonds les années où il n’y a pas de pandémie, les fonds accumulés pourraient ne pas suffire. « Quand on a des montants de l'ordre de 60 milliards, on est à dix fois le montant maximum des catastrophes naturelles qu'on a jamais couvertes ». Dès lors l’État devrait inévitablement prendre le relais. « Si vous n'avez pas l'Etat pour dire « je limite la perte des assureurs et empêche la faillite », les assureurs n'iront pas », prévient ainsi un assureur aux Echos. Entre les indemnisations et les pertes sur les portefeuilles d’investissement, le marché de l’assurance Lloyd's of London estime à 203 milliards de dollars l’impact du coronavirus sur le secteur à l'international. 

 
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