Assurance santé

Arnault Billy dresse pour Assurland le bilan de la téléconsultation

Publié par le , Mis à jour le 17/02/2020 à 16:03

Téléconsultation : Arnault Billy présente à Assurland Docavenue

Directeur général de Docavenue*, Arnault Billy dresse auprès d’Assurland.com un bilan de la téléconsultation, un peu plus d’un an après sa généralisation. Il en profite également pour faire le point sur le nombre de remboursement, la sécurité des données et pour présenter la solution qu’il propose.

Plus d’un an après sa généralisation, quel bilan faites-vous de la téléconsultation ?

La première chose que je voudrais souligner est qu’il y avait déjà de la téléconsultation avant la promulgation de l’avenant numéro 6 de la convention médicale**. Elle a toutefois pris sa dimension plus universelle en septembre 2018 et il fallait bien cela pour rendre le modèle plus pérenne. Lorsque l’on se cantonne à des expérimentations, cela ne permet pas de favoriser un usage entre un patient et un professionnel de santé.

Maintenant, mon premier bilan est extrêmement positif car la téléconsultation répond à un vrai besoin. Il s’agit d’un service rendu pour des patients qui se trouvent isolés, mais aussi pour des médecins qui ont besoin d’être plus efficaces dans leur temps médical.

Tous les acteurs de santé prennent le train de la téléconsultation dans les modalités réglementaires qui ont été fixées par l’Assurance maladie. On aurait pu espérer que cela aille plus vite, mais il ne faut pas non plus que cela aille « plus vite que la musique ». Il était envisagé par l’Assurance maladie qu’il y ait 500 000 actes remboursés dans l’année, on en est à 60 000. On voit néanmoins une réelle accélération depuis septembre 2019.

Comment expliquer cet écart entre l’objectif fixé par l’Assurance maladie et le nombre réel d’actes de téléconsultation remboursés ?

C’est sans surprise. Ce retard est lié au fait que si de nombreux médecins se sont mis à faire de la téléconsultation, ils avaient dans un premier temps besoin d’être portés, éduqués, sur ce nouvel usage. Il leur fallait en parler à leurs patients qui ont, eux aussi, besoin d’être éduqués. Le cadre réglementaire était nécessaire et, si l’on s’attendait à ce qu’il y ait une explosion, l’éducation va se faire progressivement. Il ne faut pas forcer le cours des choses. Le réel enjeu est l’usage et cela ne passe pas que par le digital mais aussi par l’humain qui doit favoriser l’usage.

On aurait forcément envie qu’il y ait plus d’usage mais on observe une accélération. Très clairement le déploiement de la téléconsultation dans les pharmacies en est une des raisons. L’avenant numéro 15 à la convention pharmaceutique*** est passé au Journal Officiel en septembre 2019. A partir de ce moment-là, les pharmaciens ont commencé à se mettre en mouvement et on a observé une vraie croissance et une réelle accélération du nombre de téléconsultations effectuées.

Après, même si l’on n'atteindra pas les 500 000 actes remboursés en 2019, je pense que l’on va aller beaucoup plus vite par la suite et l’objectif d’un million d’actes pour 2020 est très largement atteignable. Les débuts sont plus lents que l’on ne le pensait mais l’avenir est lui beaucoup plus rose.

Comment Docavenue se positionne sur ce marché, notamment par rapport à la concurrence et en particulier Doctolib ?

Sur le marché de la téléconsultation il y a deux grandes écoles. D’un côté des sociétés privées qui salarient des médecins pour effectuer des actes et de l’autre, des sociétés qui, comme la nôtre, commercialisent des solutions de téléconsultation afin que les médecins puissent faire leurs actes auprès de leurs patients. Soit ils le font directement avec le patient, ce que l’on appelle le « patient autonome », soit ils le font au travers du prisme du pharmacien d’officine et là on parle de « patient accompagné ».

Nous, ce qui nous a permis de nous démarquer, c’est le travail mené auprès des pharmacies. Nous comptons actuellement 1 600 médecins téléconsultants mais aussi 260 officines. Nous sommes les seuls à équiper des médecins mais aussi des pharmaciens dans un si large spectre. Pour nous l’enjeu, outre l’usage, est la possibilité de resserrer au plus le maillage territorial auprès du patient. D’ici peu les infirmières, qui sont en nombre croissant en France, pourront, au titre de l’avenant numéro 6 de la convention des infirmières****, être des accompagnants au chevet des patients. Cela permettra de favoriser encore plus la téléconsultation.

Pour les pharmacies nous avons passé un partenariat technologique avec une société qui fait des logiciels de solutions d’officines qui s’appellent Pharmagest. Au travers de leurs actions et des nôtres nous pouvons cibler une grosse partie du marché et donc aller chercher les pharmacies. Il s’agit d’une véritable courroie d’accélération. En pharmacie le patient reçoit directement son ordonnance et va donc pouvoir rester au sein de l’officine. Pour la pharmacie, accueillir les patients lui permet de faire de la fidélisation mais aussi du développement de services à la patientèle (vaccination, bilan nutritionnel, etc.)

Vous évoquiez la désertification médicale. Justement, quels sont les patients qui utilisent votre solution ? S’agit-il réellement de Français habitant dans ces zones ?

Aujourd’hui on a clairement deux franges de la population qui utilisent nos services. Dans le premier cas de figure, il s’agit de zones de sous-densification médicale, où il y a d’ailleurs potentiellement des pharmacies. Ces dernières m’appelaient pour me demander notre solution car elles nous expliquaient ne plus avoir de médecin autour de chez elles et demandaient de l’aide.

Après, il y a aussi ceux résidant dans les agglomérations, des patients qui ne veulent pas forcément se déplacer dans les transports pour voir leur médecin. Mais s’il y a certainement un peu plus de digital oriented dans les agglomérations, il faut aussi savoir que dans certaines il y un manque de médecins, notamment en région parisienne. Il y a tellement de patients qu’il n’y a pas assez de médecins. Là aussi il y a besoin de la téléconsultation.

Quels sont les avantages de la téléconsultation pour les professionnels de santé ?

On essaye de développer des solutions simples donc le médecin, qu’il soit généraliste ou spécialiste, peut suivre ses patients, délivrer une ordonnance mais aussi monétiser son acte. Il peut à distance facturer son patient. C’est un avantage certain.

Quelle est l'importance de l'humain dans la téléconsultation ?

De nombreux patients ont renoncé aux soins parce qu’ils vivaient trop loin du premier médecin disponible. Nous souhaitons réhumaniser une relation patient praticien qui souvent n’existe plus. S’il est vrai qu’il y a un ordinateur ou un téléphone entre deux individus, Docavenue resserre le lien humain. On ne peut pas imaginer vendre des solutions digitales sans humains pour expliquer, éduquer, rassurer et accompagner les médecins.

Pour capter des nouveaux patients on mise sur l’humain. Nous, nous ne voyons que les professionnels de santé, ce sont donc eux qui parlent de notre solution aux patients. Il en va de même pour les pharmacies. Le professionnel de santé est acteur de l’innovation et c’est lui qui doit rassurer, éduquer. Une fois que le médecin est en confiance, il peut donner confiance aux patients.

S’il existe quelques réserves sur une possible "relation déshumanisée", il y a également des interrogations sur la protection des données. Comment est-elle garantie ?

Docavenue fait partie du groupe Cegedim qui traite des logiciels professionnels de santé depuis de très longues années, depuis les balbutiements de l’informatique et à ce titre nous sommes dans l’expertise informatique médicale. Dans ce cadre tous ce qui concerne la confidentialité, la protection, l’anonymisation et le cryptage des données font partie des incontournables. Tout le monde connaît les RGPD, mais en matière de donnée de santé cela va bien au-delà car il faut héberger les données selon un agrément, selon un hébergement spécifique que l’on appelle HADS (Hébergeur Agréé de Données de Santé). Cegedim a cet agrément contrairement à nos concurrents qui, pour bénéficier de ce sésame, font appel à des prestataires externes. Nous sommes notre propre hébergeur de santé et en termes de confiance c’est la garantie de la maximisation de la protection et de l’anonymisation des données patient. Ces données nous n’y avons d’ailleurs aucun accès.

A moyen et long terme, quelles sont les ambitions de Docavenue ?

Nous souhaitons proposer la solution la plus simple à tous les acteurs de santé qui peuvent émerger et notamment aux EHPAD qui eux aussi pourraient bientôt utiliser nos services. L’objectif à atteindre en 2021 est d’être la référence en matière d’assistance digitale santé. On a une empreinte médicale de par notre filiation avec Cegedim qui nous permet d’avoir les moyens de notre ambition.

 

 

* Créée en 2018, Docavenue est startup du Groupe Cegedim, spécialiste des solutions technologiques à destination des professionnels de santé. Lancée comme plateforme de prise de rendez-vous médicaux en ligne, la société dirigée par Arnault Billy déploie depuis octobre 2018 sa solution de téléconsultation auprès des praticiens. En avril 2019 Docavenue a annoncé le démarrage de la téléconsultation en officine.

** « L’Avenant numéro 6 à la convention nationale organisant les rapports entre les médecins libéraux et l'Assurance Maladie, signé le 14 juin 2018, vient accélérer le déploiement de la télémédecine en France en inscrivant dans le droit commun les actes de téléconsultation et de téléexpertise », Ameli.fr.

*** « L’Avenant n°15 à la Convention nationale des pharmaciens titulaires d’officine, approuvée par arrêté ministériel le 4 mai 2012. Cet avenant n°15 à la convention des pharmaciens fait suite à l’avenant n°6 à la convention médicale sur la télémédecine signé le 12 juin 2018 », Ameli.fr.

**** « L’Avenant 6 à la convention nationale des infirmières et infirmiers libéraux, signé le 29 mars 2019, valorise l’implication des infirmiers dans la réalisation d’actes de téléconsultation, à compter du 1er janvier 2020. Un acte d’accompagnement du patient à la téléconsultation, en lien avec le médecin, est créé », Ameli.fr.

 
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