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Comment lutter contre les violences gynécologiques et obstétricales ?

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Comment lutter contre le sexisme en gynécologie et en obstétrique ?

Dans son rapport rendu public aujourd’hui, le vendredi 29 mai, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes fait 26 recommandations pour lutter contre les violences dénoncées par les femmes en gynécologie et obstétrique.

Le hashtag #PayeTonUtérus étudié par le HCE

Comment lutter contre le sexisme en gynécologie et en obstétrique ? Apparu le 19 novembre 2014 sur twitter, le hashtag #PayeTonUtérus dénonce les violences gynécologiques et obstétricales en France. Un sujet tabou mais qui a pourtant fait l’objet de plus de 7 000 témoignages en moins de 24 heures après l’apparition du hashtag. En 2015, le phénomène prend encore plus d’ampleur après des révélations sur des touchers vaginaux et rectaux réalisés sans consentement du patient. Quelques années plus tard, #PayeTonUtérus fait parler de lui dans un rapport rendu public. Ce vendredi 29 mai, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) publie un rapport consacré aux actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical. Des violences subites par les femmes dénoncées par ce hashtag. « Mon gynéco m’a dit une fois : « votre col de l’utérus doit être parfait pour la levrette » » ; « Quand la gynéco refuse de me prescrire ma pilule habituelle : « non on nous a dit de tester les nouvelles, donc vous allez tester » » : des témoignages comme ceux recensés par Le Monde, sont nombreux.

Un phénomène non isolé et qui n’a encore jamais été étudié

Dans son rapport, l’organisme officiel, le premier à se saisir de l’affaire, fait 26 recommandations pour lutter contre les violences gynécologiques et obstétricales. Sur demande de Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, le HCE devait « mesurer et objectiver » le phénomène qui n’a donc jamais été étudié. « Tous les professionnels de santé ne sont pas auteurs d’actes sexistes, mais ce n’est pas un phénomène isolé. Le nombre important de témoignages peut aussi s’expliquer par le fait que ce sont des rendez-vous très particuliers, liés à l’intime. Quant à l’accouchement mal vécu, il peut entraîner un traumatisme qui dure dans une vie affective et sexuelle », indique au journal Le Monde Danielle Bousquet, présidente du HCE.

Ce phénomène est difficilement quantifiable. Aujourd’hui, seules quelques données quantitatives, émanant d’enquêtes nationales, sont disponibles. Des études qui portaient principalement sur les actes pratiqués lors d’un accouchement. On sait ainsi qu’en 2015, 6 % des femmes se déclaraient « pas du tout » ou « plutôt pas » satisfaites de leur accouchement ou du suivi de leur grossesse. En outre, on apprend également qu’une femme sur deux sur laquelle une épisiotomie a été pratiquée regrette l'absence d'explications.

Le HCA a donc dû s’appuyer également sur des témoignages et enquêtes journalistiques. Là encore, le travail peut s’avérer difficile. Le phénomène est souvent méconnu, parfois par les femmes elles-mêmes, les études se concentrent sur la sphère privée et non les actes médicaux et les données judiciaires ou de la police reposent sur les délits, ou crimes, reconnus comme tels. La première recommandation du HCE est donc de mener cette première enquête de santé publique. Et ce de manière quantitative et qualitative, afin d’évaluer le vécu des femmes. Il préconise également la publication, pour toutes les maternités, d’une série d’indicateurs sur les actes pratiqués lors d’un accouchement (césarienne, déclenchement, rupture de la poche des eaux, etc.).

Six types d'actes sexistes répertoriés par le HCE

L’un des grands volets de ce rapport porte également sur les six types d'actes sexistes répertoriés par le HCE. Pour l’autorité, « les actes sexistes dans le suivi gynécologique et obstétrical sont encore largement impunis ». Propos jugeant sur la sexualité, le poids, la tenue mais aussi non prise en compte de la gêne de la patiente : ces actes vont plus parfois plus loin que le sexisme ordinaire. C’est le cas des violences sexuelles ou des actes non justifiés. Certains actes sont également pratiqués sans consentement ou exercés sans tenir compte du choix de la patiente. Pour lutter contre ces violences, l’autorité préconise une meilleure information ; que les femmes soient informées de leurs droits. « Leur consentement doit être sollicité. Un toucher vaginal sans consentement, c’est un viol. Peu de gens le savent, mais c’est la réalité juridique », indique Mme Bousquet. Pour les pressionnels de santé, le HCE recommande enfin une formation aux violences sexistes et sexuelles.

Gynécologie et obstétrique : une profession masculine

Le HCE met en exergue que cette profession est très largement masculine. Une surreprésentation des hommes qui favoriserait les actes sexistes. Selon les chiffres de France Info, 90 % des membres du Conseil national de l'Ordre des médecins sont des hommes et 74% des membres du bureau du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Un constat sans appel. Le HCE fait d’ailleurs quelques préconisations pour lutter contre le sexisme au sein de la profession médicale. Selon le rapport, 86 % des internes déclarent avoir été confronté au sexisme. « Certains gynécologues ont joué un rôle en faveur des droits des femmes, notamment sur l’interruption volontaire de grossesse. Mais c’est aussi une spécialité traversée de manière historique par une volonté de contrôler le corps des femmes. Aujourd’hui encore certains gynécologues imposent leur point de vue, par exemple le fait de ne mettre un stérilet qu’aux femmes ayant déjà eu en enfant », explique Mme Bousquet.

Tout en soulignant le caractère particulièrement intime de ces consultations, le HCE fait plusieurs recommandations pour lutter contre ce phénomène. L’autorité souhaite tout d’abord la mise en place d’une meilleure prévention contre le sexisme pendant les études de médecine. Elle préconise également que le Code de déontologie médicale intègre l’interdiction des actes sexistes, mais aussi que ces médecins doivent soigner avec la même conscience « toutes les personnes, quel que soit leur sexe, leur orientation sexuelle, ou leur identité de genre ». Pour finir, le HCE souhaite que soient appliquer les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé et de la Haute Autorité de santé. Ces dernières concernent la liberté de choisir le moyen contraceptif, la fréquence des épisiotomies et césariennes ainsi que la position lors de l’accouchement.

 
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