Assurance santé

L'influence des laboratoires sur les prescriptions des généralistes

Publié par le , Mis à jour le 06/11/2019 à 14:57

90% des médecins ont déjà reçu un cadeau d'une firme pharmaceutique depuis 2013

Une étude publiée ce mercredi 6 novembre révèle que les prescriptions des médecins généralistes français recevant des cadeaux des firmes pharmaceutiques seraient « plus chères et de moindre qualité ». L'étude a pris pour échantillon 41 000 généralistes travaillant uniquement en libéral. Ces derniers ont été classés en six groupes relativement au montant des avantages perçus sur l'année 2016.

Une étude comparative publiée dans le British Medical Journal

Pour mener à bien cette étude publiée dans le British Medical Journal, les chercheurs ont mis en relation deux bases de données :

  • Les données de Transparence Santé recueille tous les liens d'intérêt entre les professionnels de la santé. Il est par ailleurs obligatoire de déclarer ces liens. Cela prend en compte les équipements, défraiements en tous genres (repas, frais de transports ou d'hôtel...) offerts par des entreprises du secteur à partir de 10 €.
  • Les données du système national des données de santé (SNDS) qui compile les remboursements des consultations, actes médicaux, prescriptions de médicaments et hospitalisations. Le SNDS conserve bien entendu l'anonymat des assurés.

« C'est la première étude de cette ampleur en France », insiste Bruno Goupil, premier auteur de l'étude.

Au demeurant, il faut bien mettre en évidence le fait que cette étude pointe une corrélation et non un lien de causalité. Ce n'est pas parce que les médecins recevant plus de cadeaux des laboratoires prescrivent moins bien que la réception de tels cadeaux est la cause de ces mauvaises prescriptions. Mais les résultats donnés « renforcent l'hypothèse selon laquelle l'industrie pharmaceutique peut influencer les prescriptions des médecins généralistes, et offrent un aperçu sur l'étendue de cette influence », d'après un communiqué de l'université, le CHU et l’École des hautes études en santé publique.

Des prescriptions aux dépens de la santé des malades

Ces liens se répercutent donc sur la qualité des prescriptions proposées aux patients, même si les médecins pourraient pour la plupart ne pas être conscients de l'influence opérée sur eux. « Cette influence, parfois inconsciente chez les médecins, peut conduire à choisir un traitement qui n’est pas optimal, au détriment de la santé du patient et du coût pour la collectivité », peut-on encore lire dans le communiqué. Et d'après Pierre Frouard, le médecin généraliste qui a coordonné l'étude, « près de 90% des médecins généralistes ont déjà reçu au moins un cadeau depuis 2013 ».

Un effet inverse chez les médecins ne percevant pas de cadeaux

L'étude met également en lumière un effet inverse se produisant chez la minorité de médecins non-concernée par ces cadeaux. Ainsi, il est indiqué que :

  • « le groupe de médecins n'ayant reçu aucun avantage est associé à des prescriptions moins coûteuses »,
  • « plus de prescriptions de médicaments génériques par rapport aux mêmes médicaments non-génériques » (l'étude se penche sur trois types de médicaments),
  • « moins de prescriptions de vasodilatateurs et de benzodiazépine pour des durées longues » (leur usage est déconseillé par les assurances et leurs taux de remboursement ont baissé),
  • « moins de prescriptions de sartans » comparé à une autre famille de médicaments à l'efficacité similaire mais au coût moins élevé.

Il est toutefois précisé qu'il n'y a pas de différence significative entre les groupes comparés dans la prescription d'aspirine, génériques d'antidépresseurs ou d'inhibiteurs de la pompe à protons (médicaments anti-acidité).

De l'influence de l'industrie pharmaceutique

Autre point important de l'étude, il est démontré que plus la somme des avantages perçus est importante, plus le surcoût moyen par prescription augmente et plus les prescriptions des génériques pour les antibiotiques, antihypertenseurs et statines sont défavorisées. Il faut dire qu'en moyenne 23% du chiffres d'affaire des firmes pharmaceutiques est dédié à la promotion des produits (les cadeaux sont compris dans ce budget), soit une part plus importante que celle dédiée à la recherche. « Il semble peu probable que cet argent soit dépensé à perte et les résultats de notre étude concordent avec les études existantes en faveur d'une influence sur les prescriptions », argumente Bruno Goupil.

 
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