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Les conséquences du bruit sur la santé : interview d'un expert

Publié par le , Mis à jour le 30/11/2021 à 10:00

Un rapport réalisé par le Conseil national du bruit et l’Agence de la transition écologique (Ademe), publié au mois de juillet 2021, démontre les dégâts sanitaires liés aux nuisances sonores. Les calculs montrent même que le coût social du bruit est supérieur à celui de la pollution atmosphérique : 147,1 milliards pour le premier et plus de 100 milliards d’euros pour le second (selon un rapport sénatorial de 2015), par an. Pour Assurland, Emmanuel Thibier, du pôle Aménagement des Villes et des Territoires (PAVT) de l’Ademe, explique les effets du bruit sur la santé et d'éventuelles solutions.

Pour bien comprendre de quoi l’on parle, à partir de quel moment peut-on qualifier un bruit de "nuisance sonore" ?

À partir du moment où le son dérange, gêne et a un impact sur la santé, il est considéré comme une nuisance sonore. En fait, un bruit est une sensation auditive jugée comme désagréable ; une nuisance sonore aussi, mais a en plus un impact sur la santé, au sens physique et psychologique. Concrètement, une nuisance sonore est un brouhaha continu qui n’est pas forcément très fort, mais présent 24 heures sur 24 et qui finit à la longue, au bout de plusieurs mois et années, par affecter la santé même si on s’en rend pas forcément compte. 

Quelles conséquences ces nuisances dans notre environnement peuvent elles avoir sur la santé ?

Les premiers effets auxquels on pense sont une forte gêne, qui peut entraîner du stress et un manque de concentration, ainsi qu’une perturbation du sommeil. Cependant, les nuisances sonores ont aussi de plus grosses conséquences : notre étude montre qu’elles peuvent être à l’origine de maladies cardiovasculaires, d’AVC, d’hypertension, de diabète, d’obésité, d’anxiété et de dépression. Cela peut avoir un vrai impact sur notre société notamment économiquement.

"Les nuisances sonores peuvent être à l’origine de maladies cardiovasculaires, d’AVC, d’hypertension, de diabète, d’obésité, d’anxiété et de dépression".

Justement, dans votre étude, vous évoquez le coût social des nuisances sonores. Qu’est-ce que c’est exactement ?

Au mois de juillet, nous avons sorti un rapport sur le coût social du bruit, c’est-à-dire ce que les nuisances sonores coûtent à la société. Avec nos calculs, nous sommes arrivés au nombre impressionnant de 147,1 milliards d’euros. Dans cette analyse, nous montrons que le coût pour la santé est la plus grosse part du coût social du bruit. C’est en nous appuyant sur des données existantes de gens exposés au bruit et qui tombent malades que nous avons pu calculer les conséquences du bruit sur la santé. Puis nous avons différencié cela en deux catégories ; il y a les coûts marchands : les hospitalisations, les soins de ville, la prise de médicaments (comme les anxiolytiques) ; et il y a les coûts non marchands : les maladies que le bruit peut provoquer sur le long terme. Le fait de perdre des années de vie en bonne santé a un coût social que l’on arrive à monétiser, d’où ce nombre élevé.

D’où viennent les nuisances sonores les plus importantes ?

Grâce à notre étude, nous avons identifié que les deux tiers de ces 147,1 milliards d’euros sont liés aux transports : le bruit routier représente 54,8% des coûts, le bruit ferroviaire 7,6% et le bruit aérien 4,1%. Ainsi, c’est surtout le trafic routier qui est à l’origine des nuisances sonores quotidiennes que nous subissons.

"Nous avons sorti un rapport sur le coût social du bruit, c’est-à-dire ce que les nuisances sonores coûtent à la société. Avec nos calculs, nous sommes arrivés au nombre impressionnant de 147,1 milliards d’euros".

Qui est confronté à ces nuisances au quotidien ?

D’une certaine manière, nous sommes tous plus ou moins confrontés aux nuisances sonores car, même si l’on n’habite pas près d’un aéroport, en général, on habite tous à proximité d’une route. 

Au niveau européen, il y a 100 millions de personnes qui subissent les nuisances sonores. En France, le nombre d’individus exposés au bruit est de 51 millions. Tout aussi impressionnant, 25 millions de Français sont exposés à des niveaux sonores nocifs. En général ils sont affectés par le bruit du trafic routier au-dessus de 55 décibels, calculé comme niveau sonore moyen sur 24 heures, sachant que c’est à partir de 65 décibels que le bruit est considéré comme très pénible. Du côté des nuisances ferroviaires, 4 millions de personnes y sont exposées et 500 000 pour le trafic aérien.

Mais alors que peuvent faire les concernés pour moins les subir ? Quelles peuvent être les solutions au niveau individuel ?

Au quotidien, les premières choses à faire sont de fermer les fenêtres et poser du double vitrage. C’est basique mais il faut essayer de s’isoler dans la mesure du possible du bruit extérieur quand on est chez soi. Pour les gens qui ont un jardin ou un extérieur bordé d’une route passante, il est possible de mettre un écran acoustique. On en voit déjà le long des autoroutes et des voies ferrées, mais cela est possible aussi pour les logements individuels. Avec le Conseil national du bruit et l’Ademe, nous avons créé un guide complet destiné aux particuliers pour expliquer comment se protéger du bruit, surtout quand ce sont des bruits routiers. Il est disponible sur notre site internet.

Mais ces solutions individuelles ont évidemment des limites et peuvent coûter cher. Il faudrait avoir une approche plus globale dans le bâtiment en choisissant des matériaux plus isolant phoniquement, par exemple poser des bouches d’aération insonorisées au lieu de grilles normales. D’ailleurs, il existe plein de façon de faire de l’insonorisation de bâtiments tout faisant de la rénovation écologique. C’est quelque chose pour lequel je milite activement. 

Vous parlez d’approche plus globale. Quelles sont les actions concrètes mises en place de votre côté pour lutter contre les nuisances sonores ?

Il y a quelques années maintenant, l’Ademe, avec l’État, avait mis en place un “plan bruit” pour aider financièrement les riverains les plus exposés à installer du double vitrage chez eux. Mais cela n’existe plus. Dans le même temps, on a lancé une étude en 2013 pour essayer de trouver des mécanismes économiques pour enclencher le principe de “pollueur payeur”, qui est déjà en œuvre pour les aéroports : les compagnies aériennes payent une petite taxe destinée aux riverains à chaque fois qu’ils décollent ou atterrissent. Pour les bruits routiers, on ne l’a pas encore. Alors on a proposé dans un rapport trois moyens de le financer : cela pourrait être une taxe sur les carburants ou sur les pneumatiques, ou même sur la carte grise ou au moment du contrôle technique. Nous y réfléchissons. Le but serait de récolter des fonds pour insonoriser les populations les plus exposées au bruit, celles qui subissent des sons constants de 65-70 décibels. C’est un sujet déjà évoqué au Conseil national du bruit, mais qui prend du temps et qui doit être discuté.

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