Complémentaires santé : la hausse des tarifs est-elle inévitable ? Rencontre avec Kader Ahdidan

Publié par Quentin Bas Lorant le 05/11/2021 à 12:58 , Mis à jour le 08/03/2022 à 00:00

Télémédecine, 100% Santé, prise en charge des séances chez le psy... La liste des dépenses des complémentaires santé s'est alourdie en très peu de temps. À tel point que, pour compenser ces nouveaux remboursements, une augmentation importante des tarifs en santé semble inéluctable. Pour échanger autour de ces questions, nous avons rencontré Kader Ahdidan, CEO de Wizyoo Courtage, un nouvel acteur de la protection sociale, qui souhaite mettre en avant des offres plus transparentes et responsables.

Comment les complémentaires parviennent-elles à s'adapter à des réformes si fréquentes ?

Régulièrement, la Sécurité sociale s'adapte aux évolutions sociétales et modifie en conséquence son offre de remboursement et/ou d’accès aux soins. Ces changements se font parfois au détriment des assurés (baisse du niveau de remboursement de certains médicaments, par exemple), ou, au contraire, en leur faveur (comme avec la réforme du 100% Santé). Ces différentes réformes sont travaillées heureusement en amont avec les partenaires sociaux et les différents organismes de complémentaires santé, qui peuvent à cette occasion faire entendre leur voix. La réforme du 100% Santé a par exemple nécessité un travail phénoménal de refonte des contrats, des garanties et des éléments contractuels et techniques. Le succès actuel du Reste à charge zéro, en termes de recours aux soins dentaires, optiques et auditifs, prouvent que les complémentaires ont la capacité de s’adapter rapidement.

Vers quoi se dirige-t-on au sujet de la prise en charge des séances chez le psychologue ?

Ce qui se profile aujourd’hui c'est une adaptation de l'offre. Un grand nombre de contrats sont déjà équipés de garanties permettant la prise en charge de séances chez le psychologue. Demain, rien ne devrait changer pour ces derniers, par contre, le gouvernement va réglementer la prise en charge des psychologues avec une base de remboursement et un reste à charge pour les assurés qui sera normalement remboursé par les mutuelles (en plus du ticket modérateur et des éventuels dépassements d’honoraires). C'est donc une ligne que les organismes vont devoir ajouter à leur contrat. De ce que nous pouvons tirer aujourd’hui des différents échanges, il semble que les garanties qui permettaient déjà des prises en charge chez le psychologue vont être conservées, mais peut-être pas avec le même niveau de remboursement. Une ligne devra aussi être ajoutée concernant le remboursement obligatoire de la « Sécu ». Pour l’heure, le gouvernement parle d’une base de remboursement (BRSS) à hauteur de 40 euros pour la première séance, et d’une prise en charge à 60% pour la Sécurité sociale et à 40% pour les complémentaires. Pour les séances suivantes, la base passerait à 30 euros. Les organismes qui vont prendre en charge 40% des 30 euros devront donc rembourser au moins 12 euros par séance : il y aura donc mécaniquement un surcoût pour les mutuelles.

« Le sujet de la hausse des cotisations va donc devenir un sujet majeur, car les complémentaires santé n’auront bientôt plus de marges de manœuvre pour les éviter. »

L'augmentation des tarifs des mutuelles est donc inévitable ?

Pour répondre à cette question, il faut prendre un peu de recul. On constate une dérive structurelle des contrats de santé, qui date d’avant le Covid-19 et de la réforme du 100% Santé. Le vieillissement de la population française et le coût croissant des soins conduisent déjà à une hausse comprise entre 2% et 4% sur les contrats de complémentaires santé chaque année. La réforme du Reste à charge zéro a représenté une charge supplémentaire, et n'a donc rien arrangé aux cotisations. Malgré ce qu’on peut lire, la crise du Covid a aussi provoqué un surcoût important pour les complémentaires. Vient s'ajouter la réforme de la prise en charge psy, qui va ajouter des remboursements et qui aura donc un impact financier. De son côté, l'État met la pression sur les organismes pour qu'ils limitent l'impact sur les cotisations. Dans ce cas-là, comme récemment, les organismes vont puiser dans leurs fonds propres pour absorber toute hausse de tarif, et alourdissent donc leur bilan. Le sujet de la hausse des cotisations va donc devenir un sujet majeur, car les complémentaires santé n’auront bientôt plus de marges de manœuvre pour les éviter.

On pense aussi à la prise en charge de nouvelles prestations depuis la pandémie, comme la télémédecine

Aujourd’hui, la prise en charge de la télémédecine s'est largement répandue. Les organismes ont pris le pli depuis deux ans et demi, avant la crise du Covid. Un des précurseurs a été le groupe AXA. Les complémentaires sont en effet obligés de penser à l’assurance de demain, et cherchent à innover pour se distinguer du reste du marché : ils avaient donc déjà intégré cette possibilité dans leurs offres, et dans leur modèle économique. Deux types de prestations peuvent être remboursées : la téléconsultation avec son médecin, considérée comme une vraie consultation prise à charge à 70% par la Sécu, et la téléconsultation déléguée à un organisme privé, qui peut intervenir 24h/24. La prise en charge dépend, selon les contrats, en nombre de consultations par an. Mais cette nouvelle pratique est déjà bien prise en compte par les organismes et est intégrée dans les modèles.

Le projet de remboursement des séances psy peut-il est encore bouger ?

Les discussions ont lieu dans le cadre d’un amendement au projet de loi financement Sécurité sociale pour 2022, examiné en ce moment même. L'état imagine une prise en charge sur un pack de 8 séances, avec la première remboursée à hauteur de 40 euros, et les autres à 30 euros. Deux éléments vont mener à une possible réécriture : l’avis des complémentaires, par rapport à leur financement, et la profession des psychologues, qui pour partie d’entre eux n'ont pas envie de voir leur métier réglementé.

Que faut-il penser d'une potentielle réforme de la « Grande Sécu » ?

Depuis 2016, les entreprises, disposant même d’un unique salarié, ont l’obligation de proposer une couverture santé privée. Il s’agit donc d’une assurance obligatoire : la protection sociale en France est le quatrième marché mondial. Mais le problème est qu’il s’agit d’un marché opaque, les clients ne savent pas toujours ce qu'ils achètent et à qui ils achètent. D'où ce projet d’une Grande Sécu, qui réduirait l’espace d’intervention des assurances santé privées. Cette idée pourrait aboutir à une prise en charge de tous les soins courants et des hospitalisations par l’Assurance maladie, et le reste (optique, dentaire…) serait dévolu aux complémentaires. De notre côté, nous sommes aussi dans une logique de simplification et de transparence, pour apporter plus de confiance dans l'assurance. Nos clients ont du mal à faire différence entre organismes de prévoyance, mutuelles, et complémentaires privées, alors que ces acteurs ont des fonctionnements et des financements différents. Notre mission est de permettre à nos clients de faire ce choix de façon plus éclairée. Nous souhaitons aussi mettre en avant des acteurs du marché qui disposent de critères qualitatifs en plus du prix (engagements RSE et ESG, excellente notation des clients et des salariés, etc). 

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