Assurance vie

Quel bilan pour l'assurance vie et les fonds en euros en 2020 ? Galea répond à Assurland

Publié par le , Mis à jour le 26/11/2020 à 11:17

Faustin Moinet et Florian Cabocel du cabinet de conseil Galea

En 2020, l'assurance vie a connu quelques bouleversements. Avec la crise pandémique de Covid-19, les Français ont préféré « privilégier », pour une partie de leur épargne, le Livret A, un placement plus souple et plus liquide que l'assurance vie. Dans le même temps, les assureurs continuent d'orienter les épargnants vers des placements en unités de compte (UC) pour compenser le manque de rentabilité des fonds en euros. Quel bilan peut-on donc tirer pour cette année 2020 en assurance vie ? Faustin Moinet et Florian Cabocel du cabinet d'Actuaires Conseil Galea ont répondu aux questions d'Assurland.

Quelles sont les conséquences de la fuite des Français de l'assurance vie vers le Livret A en 2020 ?

On a constaté sur l'année 2020 que quasiment tous les mois étaient en décollecte pour l'assurance vie. C'est-à-dire que plus d'argent sort de l'assurance vie qu'il n'en rentre. Cela représente pour 2020 environ 7 milliards d'euros de décollecte (à fin septembre 2020). Il faut néanmoins relativiser ces chiffres : on ne parle « que » de 7 milliards de décollecte face à un encours total d'environ 1 700 milliards d'euros.

La baisse des encours s'est surtout matérialisée à travers une baisse des cotisations, mais il ne semble pas y avoir de sorties ou de rachats massifs en 2020. Le phénomène tient donc plus d'une limitation des cotisations par rapport à ce qu'on a pu constater les années précédentes. Les flux entrants ont donc été déportés vers d'autres mécanismes d'épargne.

On a pu voir que les épargnants pouvaient être tentés d'orienter leur épargne vers des supports plus liquides comme le Livret A. En effet, il est observée de janvier à fin septembre 2020 une collecte nette positive sur le Livret A de plus de 30 milliards d'euros.

Le recul de la consommation est-il positif pour l'assurance vie française ?

On pourrait penser que la baisse de la consommation, générant à court terme une épargne plus importante, pourrait être interprétée comme un constat positif pour l'assurance vie française. Cependant, une baisse de la consommation n'est pas encourageante pour l'environnement économique. Cette baisse peut avoir des répercussions sur la croissance, entraîner une hausse des taux de chômage et à moyen terme produire un impact sur la valeur des actifs en portefeuille. Moins de croissance signifie également moins de revenus générés par les entreprises et donc moins de revenus financiers pour les assureurs. À plus long terme, cela peut aussi avoir un impact sur les niveaux de cotisation.

L'impact peut donc être à la fois sur le passif (les gens cotisent moins) mais aussi sur les actifs financiers (une baisse de leur valeur). Cependant pour l'assurance vie, cette évolution de la consommation est à prendre en compte et certains fonds et actifs peuvent mieux résister aux crises. Par exemple, les fonds ESG (fonds respectant des critères écologiques, sociaux et de gouvernance) pourront potentiellement surperformer la moyenne des autres fonds.

Avec la crise sanitaire, quels sont les risques pour mes placements euros ?

Les fonds en euros sont des supports au capital garanti par l'assureur à chaque instant. À ce titre, la crise ne représente pas de risque de perte en capital pour les épargnants (au-delà des chargements de gestion pour certains contrats). A l’inverse, les supports UC comportent eux un risque de perte en capital pour l’assuré.

Au-delà du risque, la crise entraîne une baisse de l'espérance de rendement des fonds en euros. Premièrement, une crise augmente le risque de défaut obligataire et les fonds euros sont constitués majoritairement de ces actifs, qu'ils soient des titres d'État ou d'entreprises. Deuxième, dans un marché de taux bas, lorsqu’une obligation arrive à son terme et que l'assureur réinvestit sur de nouvelles obligations, l'investissement est réalisé à un taux de rendement plus faible. Donc mécaniquement, les rendements financiers des fonds euros seront décroissants.

En conclusion, si l'on parle purement de la notion de risque, l'assureur garantit toujours le capital et pour l'assuré il n’y a donc pas de changement. En revanche l'espérance de rendement est réduite pour l'assuré du fait des perturbations économiques.

Avant, l'assurance vie avait une fonction de « couteau suisse » avec le tryptique rentabilité, liquidité et sécurité. La rentabilité était importante car les taux étaient élevés, le capital était garanti et l'on pouvait sortir à tout moment. En outre, le produit était intéressant d'un point de vue fiscal. À l'heure actuelle, ces éléments sont toujours d'actualité à l'exception des aspects de rentabilité qui sont remis à cause par l’environnement des taux bas.

Quel avenir peut-on présager pour les fonds en euros dans la conjoncture actuelle ?

La baisse des rendements sur les fonds euros va continuer dans les années à venir : la conjoncture actuelle n'a pas changé les constats pré-existants, elle les a seulement renforcés.

Ainsi, les fonds en euros vont sûrement être amenés à évoluer. C'est en fait déjà le cas. Dans un contexte de taux bas, ils représentent un coût élevé pour l'assureur et une espérance de rendements limitée pour l'assuré. Donc c'est un produit qui dispose de certaines qualités mais qui, par le contexte actuel, ne peut pas satisfaire l'ensemble des épargnants.

Avant, l'assurance vie avait une fonction de « couteau suisse » avec le tryptique rentabilité, liquidité et sécurité. La rentabilité était importante car les taux étaient élevés, le capital était garanti et l'on pouvait sortir à tout moment. En outre, le produit était intéressant d'un point de vue fiscal. À l'heure actuelle, ces éléments sont toujours d'actualité à l'exception des aspects de rentabilité qui sont remis à cause par l’environnement des taux bas.

Les assureurs ont cette volonté de dégrossir petit à petit cette masse d'épargne en euros, qui leur est très coûteuse en termes de solvabilité. On peut notamment le voir dans les rapports annuels publics publiés depuis maintenant quatre ans par les assureurs, les SFCR (documents relatifs à la gestion des actifs et à la solvabilité des assureurs),

Est-ce le moment de privilégier les unités de compte dans le contexte actuel ?

C'est un sujet qui se pose, étant donné que les assureurs poussent par différents mécanismes à se tourner vers des Unités de Compte (UC). L'incitation peut être faite par des chargements moins importants, en obligeant à souscrire des UC pour pouvoir investir sur des fonds en euros ou bien en proposant des garanties à terme sur ces produits. Néanmoins, le choix d'orienter son épargne vers ces supports dépend de la volonté de l'épargnant d'accepter du risque pour augmenter ses potentiels rendements. Dans tous les cas, il faut le faire de manière consciente et avertie.

De plus, les marchés étant volatiles, il est compliqué de présager du futur et d'indiquer la pertinence actuelle d'investir sur ce type de support. En outre, toutes les UC ne se valent pas, que ça soit par leur nature, par leurs actifs sous-jacents, ou encore par les chargements appliqués

Par exemple, concernant les fonds obligataires (OPCVM obligataires) qui ont pu avoir par le passé une valeur de marché qui augmentait fortement, ce phénomène s'explique en grande partie par la baisse des taux qui mécaniquement fait augmenter la valeur des obligations déjà détenues. La rentabilité de ces types de placements a pu être très bonne par le passé mais le potentiel à la hausse serait donc réduit dans le contexte de taux actuel.

Les assureurs et courtiers proposent d'accompagner les investissements en UC des épargnant à travers des grilles pilotées et des mandats de gestion. La loi PACTE et les nouveaux PER sont dans la lignée de cet accompagnement.

De manière générale, nous conseillons aux épargnant de lire les documents financiers qui existent et qui sont à leur disposition. Les documents d'informations contiennent de nombreuses données : risque du fonds (de 1 à 7), actifs sous-jacents... L'éducation financière est une des clés essentielles pour la réussite des investissements sur des supports UC.

Au-delà, la plupart des gestionnaires d’actifs ne recommandent pas aux assurés d'investir intégralement en une seule fois leur capital sur des actifs risqués. La diversification des placements est également primordiale pour réduire les risques pris. Il faut aussi regarder de manière attentive les niveaux de chargement car pour certains produits, les sociétés de gestion peuvent prélever des frais importants. Si l'on ajoute les frais de l’assureur, cela peut imputer fortement la performance des UC.

L'assurance vie et ses usages sont-ils en train de muter avec la crise actuelle ?

L'assurance vie est un produit qui a beaucoup d'intérêt que ce soit en termes d'avantages fiscaux sur les produits financiers ou d'avantages sur des exonération de droits de succession. Il y a néanmoins d'autres produits qui peuvent être envisagés pour les assurés selon leur situation. Si l'objectif est de constituer un capital retraite, les nouveaux PER peuvent aussi être un choix pertinent pour des ménages fortement imposés.

Ce que l'on constate, c'est que l'assurance vie mute à travers ses supports. Il existait, il y a quelques années, un support euro prédominant. Aujourd'hui, il y a d'autres supports alternatifs qui peuvent être pertinents pour certains assurés : les nouveaux supports UC, les nouveaux produits Eurocroissance ou encore d'autres produits hybrides. Pour certains de ces supports, le capital n'est pas garanti à chaque instant mais peut l'être à un terme défini contractuellement. Il faut donc veiller à investir en ayant un objectif clair sur le terme envisagé. L'objectif est de faire évoluer les produits proposés aux assurés pour être cohérent avec leurs besoins tant sur le niveau du risque souhaité que sur leur horizon de placements.

Il y a donc une volonté des assureurs de créer une épargne sur d'autres produits que les fonds euros et également de se désengager d'une partie de la garantie, en proposant par exemple des garanties non plus nettes de frais mais brutes de frais. Néanmoins, on reste sur une assurance vie de l'ordre de 1 700 milliards d'euros d'encours dont la partie UC ne représente qu’approximativement que 10 % du stock global. Les 90 % restant demeurent sur des placements euros. Il va falloir un temps pour que cette somme évolue vers de nouveaux produits. Donc la mutation ne peut qu'être lente.

Comment se porte la solvabilité des assureurs vie en cette situation de crise ?

La solvabilité des assureurs n'est pas vraiment menacée. D'ailleurs, elle est publique, et peut être consulté via les rapports SFCR, où il est communiqué des ratios de solvabilité calculés dans le référentiel prudentiel Solvabilité 2. Nous avons d'ailleurs réalisé une étude qui va paraître dans laquelle est analysé près de 200 rapports de solvabilité. Nous suivons donc ces évolutions dans le temps.

Cependant, la solvabilité des assureurs vie a nécessairement diminuée depuis plusieurs années à cause des taux bas. La garantie en capital des fonds euros est coûteuse dans un tel environnement. Les niveaux de solvabilité varient d'une compagnie à une autre. Mais de manière générale, la solvabilité est bien maîtrisée et les assureurs vie sont en contact régulier avec l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution).

 
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