Actualité Aviva

La cession d'Aviva France s'accélère mais inquiète l'État et les syndicats

Publié par le

Aviva France est le 8ème gestionnaire d’actifs français

Tout est allé très vite pour Aviva France, la filiale hexagonale du groupe d’assurance britannique. En plein cœur de l’été, le 6 août, lors de la présentation des résultats semestriels, la directrice générale de l’assureur, Amanda Blanc, a énoncé son souhait de recentrer l’activité du groupe sur le Royaume-Uni, l’Irlande et le Canada, et donc d’abandonner sa filiale France.

Fin de partie pour les filiales d’Aviva en Europe occidentale

Amanda Blanc, qui n’est en poste que depuis le mois de juillet, affichait déjà dès le mois d’août l’ambition de devenir le premier assureur du Royaume-Uni, quitte à délaisser une partie de ses filiales. Il y a trois ans déjà, le renforcement de sa position en Irlande semblait amorcer ce virage. La décision forte de cet été a d'ailleurs été immédiatement saluée par les investisseurs et la Bourse de Londres.

A ce stade, en pleine période de vacances, aucun commentaire n’est fait de la part d’Aviva France. L’été passe. Puis à la rentrée les grandes manœuvres se précisent. La filiale France ferait partie des actifs cessibles, aux côtés d’autres entités d’Aviva en Europe : Aviva Italie, Aviva Pologne (CU Aviva) et Aviva Lituanie.

Aviva France, un maillon de poids au sein de la maison-mère

Ranger la France aux côtés de ces autres filiales se justifie-t-elle ? Il semblerait qu’Aviva France soit un maillon essentiel pour les performances du groupe : l’année dernière, la filiale avait engendré 7,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Son résultat d’exploitation de 544 millions d’euros la même année, contribuait à près de 15% au résultat opérationnel du groupe, qui s’établit à 3,5 milliards d’euros.

Mais malgré cette belle cotisation, l’activité a particulièrement reculée en 2019 : une baisse de 7,25% par rapport à 2018. Pour renforcer ses fonds propres et assurer sa solvabilité, la filiale tricolore avait même dû bénéficier d’une recapitalisation de la part du siège. Au moment des annonces d’Amanda Blanc, les résultats d’Aviva France sur le premier semestre 2020, alors connus, ne plaidait pas non plus en sa faveur, avec une baisse de son résultat d’exploitation de 12%.

Les repreneurs se bousculent pour le 8ème gestionnaire d’actifs français

Finalement, le 7 septembre, le PDG D’Aviva France, Patrick Dixneuf, confirme à ses collaborateurs par téléconférence que le processus de cession est bien en marche, et qu’il espére qu’il soit mis en œuvre au plus vite. Rapidement, d’ailleurs, Aviva France attire les convoitises. Les repreneurs potentiels seraient déjà une vingtaine.

Il faut dire qu’indépendamment du groupe Aviva, la filiale seule est se présente comme un bon parti : la fuite d’une note d’analyse de JP Morgan révèle que ses activités peuvent être valorisées à hauteur de 3,16 milliards d’euros. Surtout, Aviva France demeure le 8ème gestionnaire d’actifs français, et le 14ème assureur généraliste du marché français, d’après le dernier classement de l’Argus de l’assurance.

Côté ressources humaines également, la succursale peut compter sur un millier d’agents généraux très performants, puisqu’ils réalisent l’essentiel du chiffre d’affaires IARD de la compagnie, et une grande partie de ses résultats en assurance vie également.

Allianz et le fonds Athora en pôle position

Dans le courant du mois de septembre, une poignée de repreneurs particulièrement intéressés par un rachat d’actifs émerge. L’assureur Generali, le groupe Covéa (MAAF, MMA, GMF), ainsi que l’actionnaire du groupe April (le fonds CVC Capital Partners, basé au Luxembourg) sont cités. Le nom du groupe allemand Allianz figurerait également parmi les candidats, et envisagerait de mettre également la main sur les filiales italiennes et lituanienne.

Mais c’est un autre prétendant très insistant qui inquiète surtout l’intersyndicale d’Aviva France : le fonds Athora, spécialisé dans le rachat de portefeuilles d’assurance vie, et qui est enregistré aux Bermudes. Athora Holding emploie environ 800 personnes et totalise 15 milliards d’euros d’actifs. L’année dernière, le fonds bermudien avait déjà avalé la filiale belge de Generali.

Les représentants des salariés font part de leur inquiétude

Le 25 septembre, les représentants des salariés ont été reçus au ministère de l’Économie des Finances et de la Relance pour énoncer leurs craintes. La reprise d’Aviva France par un fonds domicilié dans un paradis fiscal signerait sans doute la fin des 100 millions d’euros d'impôts et 75 millions de charges sociales versés chaque année par la filiale (selon les chiffres de l’intersyndicale).

Il est possible par ailleurs que le repreneur ne maintienne pas la stratégie de financement des entreprises françaises amorcée par Aviva (à hauteur de 2 milliards d’euros). Enfin, des doutes planent sur la pérennité des 75 milliards d’euros d’épargne française détenu par Aviva France, dans l’hypothèse où la compagnie serait bien acquise par un fonds dont les ramifications sont difficilement traçables.

Cette fin d’année civile semble donc amorcer une série de négociations complexes autour de la vente d’Aviva France, sur laquelle l’Etat pourrait être amené à se prononcer. Les dirigeants d’Aviva France seront bientôt reçus au ministère.

 
LAISSEZ UN COMMENTAIRE
 
0 RÉACTION
Pas encore de commentaire, soyez le premier.

RECHERCHEZ DANS LES ARTICLES