Revue de presse

Internet bouleverse l'assurance

Publié par le , Mis à jour le 02/04/2019 à 15:05 , Source : Le Journal du Dimanche

Les premiers sites de comparaison des contrats arrivent. Ils sélectionnent en quelques minutes les meilleures offres, en fonction du prix, des restrictions et des franchises, pour nos logements et nos voitures

Un séisme attend les assureurs

Les clients vont bientôt pouvoir comparer prix et garanties des polices d'assurance avec une grande finesse. Comment ? Grâce à Internet, bien sûr ! Encore aujourd'hui, les compagnies s'ingénient à rendre les comparaisons difficiles, voire impossibles, que ce soit pour assurer sa voiture, son logement, son tableau de maître ou son chat du Bengale. Pour une raison simple : les barèmes d'assurance sont aussi nombreux que les assureurs. Logique, puisqu'aucun client ne ressemble à un autre. Résultat, pour "couvrir" le même appartement, la différence de prix peut aller de 1 à 3 entre deux assureurs, et parfois davantage pour l'automobile.

Pis, la définition des sinistres évolue suivant les établissements. Les surprises sont nombreuses, car on ne comprendra jamais parfaitement toutes les restrictions, subtilités ou chausse-trapes d'un contrat. Et que dire des franchises parfois très importantes ? A moins d'étudier comme un jésuite dans sa cellule une trentaine de devis pour assurer la Clio que l'on vient d'acheter, on a toutes les chances de ne jamais souscrire à la formule idéale. Autant de méandres et de difficultés qui expliquent pourquoi les assureurs n'ont vraiment pas la cote chez les Français.

Les relations devraient changer avec l'apparition de comparatifs efficaces sur internet, un instrument utilisé par un Américain sur trois avant de souscrire.
Précurseur français, Assurland.com a inventé un "cerveau" unique au monde : le site propose depuis quelques semaines une comparaison instantanée de toutes les offres diponibles sur le marché en fonction de vos critères personnels. Vous remplissez une fiche personnelle, et c'est parti. Electroniquement, les solutions les plus rentables en termes de prix, de garanties, de restrictions et de franchises sont dénichées pour vous. Le tout, bien sûr, en toute sécurité et en toute objectivité (le capital de la start-up qui gère le site n'est lié à aucune compagnie d'assurances). Un rêve ? Non. Simplement l'histoire d'une bonne idée qui tente de se faire une place dans le monde opaque de l'assurance française.

"Ce que nous avons voulu faire, c'est de replacer le consommateur au centre de la décision en reconstituant entre les assureurs une concurrence, une transparence qui n'existait pas", assène Stéphane Guinet, 33 ans, dont dix dans l'assurance (quatre chez Axa). Il a cofondé la start-up avec deux de ses anciens condisciples de Polytechnique, Hugues Delannoy et Stanislas di Vittorio. Et voilà le résultat, chez Assurland, c'est un cerveau électronique qui fait pour vous ce qu'aucun être humain n'est capable de faire : comparer l'incomparable, c'est-à-dire trouver le meilleur prix en fonction d'une multiplicité de clients (il existe 3 millions de profils types), d'assureurs (ils sont 200 en France, possèdent chacun des centaines de formules) et de biens (sur le marché français, on compte pour les seules voitures 15 000 types différents). "Une performance qui ne peut être réalisée en dehors du monde internet", note Stanislas.

Certes, d'autres formules internet avaient déjà contribué à débrousailler le terrain. En quelques mois, toutes les maisons d'assurance, les courtiers, les mutuelles, les banques se sont munis de sites informant sur le net - soit 600 sites à fin juin, selon les dernières statistiques du Centre d'analyse et de prospective de l'assurance (Capa). Mais ce ne sont que des vitrines. Seule réelle avancée : la possibilité de souscrire en ligne (une vingtaine de sites). Un courtier français, Firstassur.com, avait crée un premier système de comparaison instantanée. Assurland, lui, va plus loin en proposant un banc d'essai personnalisé complété par une relation privilégiée avec l'assureur choisi (numéro électronique du client qui se retrouve dans la mémoire de l'assureur élu).

Ce bel édifice s'écroulerait si Assurland n'avait pas accès aux bases de données des assureurs pour effectuer ces fameuses comparaisons. Assurland doit en effet "piocher" en permanence dans leurs bases de données pour y dénicher la bonne formule pour le bon client. En fait, les assureurs ont longtemps résisté à une telle perspective. Mais la poussée d'internet ne leur a pas laissé le choix. A l'heure actuelle, Assurland dispose de 15 partenaires parmi les plus grands (AGF, Axa, Generali, GMF, Azur, Rhodia... etc.) et ambitionne d'en avoir 8 de plus fin septembre, notamment les mutuelles. "L'idée, à terme, c'est d'être associé avec 95 % des plus gros assureurs du logement et de l'automobile, deux domaines qui représentent les quatre cinquièmes de l'assurance en France", précise Hugues Delannoy.

Si les assureurs ont accepté de collaborer, au risque de fragiliser certains monopoles, c'est que le "deal" leur profite quand même. En tant que portail comparatif de produits d'assurance, Assurland met ces derniers en valeur et génère une baisse des coûts de distribution pour l'assureur (l'internaute se renseigne lui-même et remplit lui-même ses dossiers). Dans la vie réelle, "recruter" un client coûte 1 500 F à un assureur (qui passe par des agents généraux, les courtiers traditionnels d'assurance). Avec Assurland, le prix n'est plus que de 500 F. Une somme qui va directement dans la poche de la start-up. L'entreprise espère que 50 000 internautes auront souscrit à la fin de l'année (soit une prévision de chiffre d'affaires d'un demi-million de francs pour 2000, l'équilibre étant attendu pour la fin de l'année suivante).

Néanmoins, la révolution de l'assurance ne va pas se faire en un jour. Internet reste internet et la clientèle potentielle d'Assurland (et des concurrents qui vont apparaître) est pour l'instant relativement limitée : seuls 15 % des Français sont connectés, ce qui représenterait en théorie un marché compris entre 15 et 20 milliards de francs par an (logement + voiture). Assurland n'a pas eu de mal à trouver des investisseurs pour développer son site. Plusieurs business angels (des grands financiers en vue) ont apporté 10 millions de francs. Les bonnes nouvelles affluent et pourraient inciter les investisseurs à remettre au pot : le site est maintenant partenaire de nombreux portails généralistes (comme les plus gros AOL ou Lycos) et spécialisés (Autovalley, un site d'automobile d'occasion). Internet ne donne pas naissance qu'à des baudruches.

Visite guidée du site Assurland

La connexion est gratuite.
Première étape : remplir une fiche de renseignements en 30 points (état civil, nombre de sinistres antérieurs, etc.). Lancez la recherche (une minute pour le logement, cinq minutes pour la voiture). Les trois meilleurs rapports prix-garanties s'affichent.
Deuxième étape : choisissez une, deux ou trois des solutions. En cliquant dessus, vous devrez remplir - pour chacune - un second (bref) formulaire qui vous mettra en contact électroniquement avec l'assureur choisi.

Vous recevrez un numéro de dossier qui vous permettra d'être reconnu instantanément, au téléphone, dans une agence, sur internet, par les négociateurs de l'assureur élu. Certaines rares agences sont même capables de vous rappeler à votre bureau à une heure convenue. Toutes doivent pouvoir vous faire parvenir un devis par courrier.

Dernière étape : payer. Là, il faudra vous déplacer dans l'agence la plus proche de chez vous car, à l'heure actuelle, seuls trois partenaires d'Assurland sont capables d'opérer une souscription par internet (Eurofil, DirectAssurance et Reflex, qui prennent votre numéro de carte bleue et vous assurent instantanément).

 
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