Revue de presse

L'assurance française a beaucoup à gagner du net

Publié par le , Mis à jour le 08/12/2010 à 14:12 , Source : Le Monde
Grâce aux courtiers en ligne, le paysage français de l'assurance pourrait changer radicalement

« Avec Internet, ça ne va plus être la galère de souscrire à un contrat d'assurance », annonce Vincent, surfeur invétéré. Faire le tour des assureurs, éplucher leurs contrats respectifs, peser le pour et le contre. Un acte désormais banal, simple et rapide ? Peut-être grâce à Assurland, Okassurance et tous les autres assureurs français, les traditionnels ou les nouveaux entrants qui se sont engouffrés sur le Web ces derniers mois.

En effet, « la valeur ajoutée d'Internet, pour le secteur de l'assurance, est plus importante en France qu'ailleurs. Internet sera à l'assurance ce qu'a représenté l'arrivée de Carrefour pour l'industrie alimentaire », prédit Stéphane Guinet, fondateur du portail d'assurance Assurland. Grâce au Web, en effet, les prix de l'assurance vont baisser, et ce pour au moins deux raisons. D'abord, la distribution des contrats d'assurance via Internet génère des économies importantes. Martine Pauly-Lardenois, la directrice d'Okassurance, filiale en ligne des AGF, explique en effet que, sur la Toile, « il n'y a pas de frais de commission ni de gestion. D'où des économies de l'ordre de 18 % sur les primes pures, 15 à 25 % sur les commissions et frais de gestion ».

Les prix vont également baisser car le Réseau stimule la concurrence au sein d'une industrie jugée « inefficiente » par Stéphane Guinet, qui assure que « les écarts de prix entre les trente grands assureurs français offline sont de l'ordre de 300 % ! ». Les courtiers, tel Assurland, proposent en effet les offres de divers professionnels, avec des comparateurs, qui permettent rapidement à l'assuré de choisir le meilleur rapport qualité/prix. le Web va donc considérablement faciliter la vie de l'internaute, qui pourra en dix minutes, après avoir répondu à cinq questions, contracter une assurance-habitation ou une assurance-automobile. Par ailleurs, celui-ci pourra suivre son dossier en ligne. « Lors de la tempête de l'hiver dernier, se souvient Martine Pauly-Lardenois, les assurés se posaient beaucoup de questions : quand et à quelle hauteur ils allaient être remboursés. Ils pourront désormais avoir toute cette information sur Internet. »

Enfin, la Toile pousse les assureurs à innover. Les internautes étant plus jeunes que la clientèle moyenne des agents, Martine Pauly-Lardenois va créer un contrat d'assurance-auto pour les moins de 25 ans et pour ceux qui ont moins de trois ans de permis (un segment qui fait peur aux assureurs traditionnels). Mais pourquoi ne pas coller aussi aux nouveaux modes de vie ? « Les sports de glisse se développant, il y aurait des contrats à créer pour les gens qui se déplacent en patinette, par exemple », ajoute-t-elle.

Cependant, le passage des assureurs à un canal de distribution virtuel n'est pas si simple. Outre la délicate coexistence avec les réseaux commerciaux existants, les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'assurance-vie en ligne représente 1 % du marché aux Etats-Unis ; l'assurance-dommages, à peine 0,5 %. « Une enquête consommateurs nous a montré la dimension irréductiblement humaine de la relation entre un assuré et son assureur. Traiter de l'assurance, c'est anxiogène, on vous rappelle que vous êtes mortel », explique Henri Debryune. C'est pour cette raison que l'achat d'un contrat d'assurance se passe plus difficilement de la médiation d'une personne et que la gestion des sinistres ne pourra pas être complètement dématérialisée. D'après Martine Pauly-Lardenois, « tout le travail de l'assureur, en cas de problème, est de rassurer l'assuré qui a subi souvent un choc psychologique après un accident de voiture ou autre catastrophe. Il sera toujours possible d'avoir un contact humain pour les déclarations de sinistre. »

Les internautes étant réticents à l'achat en ligne, peu de sites se sont risqués à en faire leur unique moyen de paiement. Okassurance propose ainsi la souscription en ligne ou par le courrier traditionnel. Assurland ne propose aucune souscription en ligne mais permet aux internautes de se mettre directement en relation électronique avec l'assureur de leur choix, grâce à une technologie XML qui permet de relier les différents systèmes informatiques des assureurs au site d'Assurland. Par ailleurs, tous les contrats d'assurance ne peuvent être vendus en ligne. Ainsi de l'assurance-vie, qui requiert des informations indiscrètes concernant la situation familiale ou personnelle que l'internaute sera réticent à donner « tant qu'il ne sera pas sûr de la protection des données personnelles sur le Web », explique Martine Pauly-Lardenois. Les sites ne proposent donc, en grande majorité, que de l'assurance-automobile et de l'assurance-habitation. Ce choix s'explique aussi pour des raisons économiques, puisque « 85 % du budget assurance des ménages sont consacrés à l'auto et l'habitation », rappelle Stéphane Guinet.

Constance Baudry


Le revers de la simplicité

Les assureurs virtuels ne proposent en général que des offres « packagées » plutôt que des contrats individualisés. C'est un peu le revers de la médaille de la simplicité revendiquée de l'assu -rance en ligne. « Ce qui se développe, c'est ce qu'il y a de plus simple, comme les packages. Dès qu'il commence à y avoir des options, l'internaute n'a pas la patience de surfer », explique Henri Debryune, consultant chez Capa Conseil. Martine Pauly-Lardenois, directrice d'Okassurance, vend également les packages, mais pour une autre raison : « Il y a un risque à proposer du sur-mesure en ligne. Si l'internaute a le choix entre plusieurs couvertures, il prendra systématiquement la plus chère, et, quand il verra le prix de l'assurance, qui sera logiquement très élevé, il fuira. Il n'y a, sur Internet, aucun agent pour lui expliquer qu'il n'a pas besoin d'une couverture aussi importante. Un cinq-pièces étant couvert à hauteur de 525 000 francs, la personne qui a besoin d'un contrat sur mesure, par exemple un aquarium géant à assurer, ira chez l'agent général. »






 
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