Revue de presse

La fin des tarifs différenciés selon le sexe bat en brèche la segmentation des risques

Publié par le , Mis à jour le 18/05/2017 à 15:49 , Source : Les Echos
En abolissant toute dérogation au principe de l'égalité hommes-femmes dans l'assurance, la Cour européenne de justice a ouvert la boîte de Pandore. Car, au-delà de l'uniformisation des tarifs selon le sexe, à compter du 21 décembre 2012, c'est le cœur même de la mécanique assurantielle qui risque d'être touché.
 
L'effet le plus immédiat sera d'ordre tarifaire. L'impact sur les conductrices, et plus particulièrement sur celles qui sont jeunes, a largement été identifié. Selon Assurland, les hommes paient en moyenne leur assurance auto 8 % plus cher que les femmes. La différence est amplifiée chez les hommes ayant moins de trois ans de permis, qui paient 20 % plus cher que leurs homologues féminines. « Les femmes vont subventionner les hommes et voir leurs primes augmenter, tandis que celles des hommes devraient diminuer », anticipe le comparateur d'assurance. 
 
Le même genre d'effet est anticipé en assurance credit, où selon A Comme Assure, les femmes paient actuellement 11 % moins cher que les hommes. « La décision de la Cour de justice priverait les femmes d'une économie de 11 %, soit plus de 600 euros pour un prêt de 200.000 euros sur vingt ans», illustre le courtier en ligne. En assurance habitation et en santé, en revanche, le critère des sexes n'est pas ou plus utilisé, si bien que la décision de Bruxelles devrait être assez neutre. Les femmes ne seront pas systématiquement les grandes perdantes de l'affaire. Car en assurance vie ou en épargne retraite, les choses joueront, à l'avenir, en sens inverse. Aujourd'hui, des tables de mortalité différentes sont utilisées pour les hommes et pour les femmes, afin de capter le fait que ces dernières ont une plus grande espérance de vie (deux ans et demi au RoyaumeUni, par exemple). Towers Watson rappelle ainsi que la rente viagère « achetée » avec un capital d'un montant de 50.000 livres sterling est de 3.079 livres pour les hommes et 2.902 livres pour les femmes.« L'adoption d'un prix unique pour les hommes et pour les femmes pourrait aboutir à une baisse des rentes viagères d'au maximum 5 % pour les hommes, tandis que celles des femmes augmenteront légèrement », calcule le cabinet d'actuariat.
 
 
Critères de tarification à revoir
 
Au global, les assureurs risquent de profiter de la brèche ainsi ouverte pour faire passer les augmentations tarifaires dont ils ont par ailleurs besoin pour compenser la hausse de la sinistralité. C'est du moins le pari fait par Fitch Ratings. Le CEA, la super fédération européenne de l'assurance, a d'ailleurs immédiatement prévenu que ce serait le consommateur - homme ou femme - qui, au final, paierait les effets de la décision de Bruxelles. A court terme, celle-ci va vraisemblablement obliger les assureurs à adapter leurs contrats et trouver d'autres critères de tarification pertinents. « Ils vont devoir uniformiser les primes d'assurance des hommes et des femmes tout en évitant le risque d'anti sélection », prévient Towers Watson, qui anticipe « un élargissement de la gamme de données modélisées pour fixer le montant des primes ». En assurance auto, le « pay as you drive » pourrait faire son retour.
 
A plus long terme, c'est le principe même de segmentation qui risque de prendre du plomb dans l'aile. Age, handicap, état de santé... « La prohibition pourrait s'étendre à d'autres traits personnels de l'assuré, dont les assureurs peuvent actuellement tenir compte dans leur tarification », prévient le cabinet d'avocat Norton Rosé. C'est d'ailleurs ce pour quoi milite la Halde en France, en plaidant pour un « droit à l'assurance ». Le critère de l'âge serait d'ores et déjà dans le collimateur de Bruxelles. Le cas échéant, les répercussions pourraient être très lourdes en santé ou en prévoyance. Et les assureurs commencent à se demander s'il faut « segmenter moins, davantage ou autrement»...
 
 
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