Revue de presse

La santé ? Trop cher pour moi !

Publié par le , Mis à jour le 19/03/2012 à 13:08 , Source : L'express
Les Français sont de plus en plus nombreux à renoncer à des soins pour des raisons financières. Principales victimes: les étudiants et, surtout, les seniors. Le phénomène ne cesse de s'étendre et touche même les classes moyennes, voire supérieures. La fin du "meilleur système du monde"? 

Censés bénéficier du meilleur système de santé du monde, les Français sont de plus en plus nombreux à renoncer à des soins devenus trop coûteux pour leur porte-monnaie : ils ont ainsi été près de 15% à s'en priver au cours des douze derniers mois, d'après une enquête fouillée de l'Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes). Un sondage réalisé en 2011 pour Europ Assistance  avance même le pourcentage de 30% - au lieu de 23% en 2010 et 11% en 2009. Une tendance croissante entre 18 ans et 40 ans, qui se stabilise ensuite pour descendre -lentement- à partir de la cinquantaine. Au point qu'aujourd'hui les seuls à être épargnés sont les hauts revenus et les salariés des grandes entreprises, qui généralement bénéficient, eux, d'une très bonne assurance santé.

Beaucoup de Français font des arbitrages

Le reste de la population n'a guère d'autre solution que de se serrer la ceinture. Les séniors sont de plus en plus nombreux à rogner sur des dépenses de santé vitales et sur leur niveau de protection.
Sans arriver à ces extrêmes, beaucoup de Français font maintenant des arbitrages. Dans les classes moyennes, on cherche des alternatives -une dent manquante à la place d'un implant, une visite chez le généraliste plutôt que chez le gynécologue. Plus haut dans l'échelle sociale, on sacrifie les soins qui sont mal remboursés par les assurances santé -l'ostéopathie, ou une chambre individuelle durant un séjour à l'hôpital. Globalement, seuls les plus aisés -"20 % de la population", estime Caroline Desprès, de l'Irdes- continuent à se soigner comme si les hausses de tarifs n'existaient pas. 

Des dépenses de santé en forte hausse

Comment et pourquoi en est-on arrivé là? Trois facteurs ont joué. D'abord, la hausse des taxes gouvernementales sur les contrats des assurances santé, multipliées par 7 entre 2005 et 2012, selon une enquête publiée à l'automne dernier par le mensuel Que choisir . Ensuite, l'instauration de franchises médicales depuis les années 1990, qui supposent un "reste à charge" pour le patient, quels que soient ses revenus: consultations médicales (1 euro), boîtes de médicaments (50 centimes) et forfait hospitalier (16, puis 18 euros par jour). Indolores à petite échelle, ces franchises peuvent se révéler très coûteuses, en particulier pour les personnes atteintes de maladie chronique. Car, si les coûts d'hospitalisation sont remboursés à 85% environ, les soins courants, eux, le sont "à 50% à peine", évalue Didier Tabuteau, responsable de la chaire Santé à Sciences po Paris et coauteur d'un Que sais-je? récent sur les assurances-maladie.
La hausse des taxes sur les contrats de mutuelle, l'instauration de franchises médicales et de remboursements des médicaments expliquent les difficultés des Français.
Enfin, la vague de déremboursements de médicaments -justifiée pour partie sur le plan médical- a touché de plein fouet les ménages modestes. Conséquence: les dépenses de santé à la charge des usagers ont crû de 6,5 milliards d'euros ces cinq dernières années. Les principales victimes sont les étudiants -un tiers a déjà tiré un trait sur certains soins- mais surtout les seniors, chez qui, "petit à petit, on arrive à l'os", constate Mathieu Escot, qui a coordonné l'étude de Que choisir. Nombreux sont ceux qui rognent progressivement sur leur niveau de protection, d'autant que les dépassements d'honoraires des médecins ont doublé en dix ans. Un signe ne trompe pas: selon une étude du site Assurland , la formule "économique" des assurances santé est passée en quatre ans de 16 à 21%, tandis que l'option "sécurité" reculait, elle, de 39% à 36%.

Des initiatives au niveau local

Des solutions existent pourtant, telles que la CMU, créée en 1999 afin de permettre aux très faibles revenus (650 euros par mois pour une personne seule) d'obtenir une prise en charge totale - 4 millions de personnes en bénéficient. Il existe aussi l'aide complémentaire santé (ACS), destinée aux personnes situées à environ un tiers au-dessus du seuil de la CMU, et qui prend en charge environ la moitié du coût de l'assurance santé. Mais ce dispositif est mal connu et peu utilisé : moins de 1 bénéficiaire potentiel sur 4 y a recours. Enfin, quelques propositions originales surgissent çà et là. En février, plus de 1600 étudiants de la région de Montpellier ont reçu une carte financée par l'Education nationale leur évitant d'avancer les frais pour les consultations aux tarifs encadrés. La région Midi-Pyrénées a créé un Pass mutuelle étudiant de 100 euros. Et la caisse d'assurance-maladie de l'Allier a lancé en janvier une aide financière supplémentaire, destinée à prendre en charge une partie de la cotisation de l'ACS des plus démunis.

Si rien ne change, la France aura un système de santé non pas à deux vitesses, mais à cinq, six ou dix, selon les niveaux de revenu

Ces initiatives, toutefois, ne se développent qu'à l'échelon local et n'offrent pas la garantie d'une prise en charge complète et rapide, alors même que 58% des patients se sont déjà privés de certains traitements en raison de délais d'attente trop longs. En définitive, seule la mise en place de réseaux de santé permet de contourner les difficultés financières des patients. Ils peuvent être développés dans des cabinets médicaux où travaillent conjointement généralistes, spécialistes et paramédicaux (infirmières, kinésithérapeutes...). Le généraliste peut aussi dénicher, lui-même, des correspondants proposant des tarifs abordables, mais au prix d'une débauche d'énergie et d'un gros carnet d'adresses! Si rien ne change, donc, la France risque de se trouver très vite face à un système de santé non pas à deux vitesses, mais "à cinq, six ou dix, selon les niveaux de revenu", prévient Didier Tabuteau.  

Ainsi,en 2008, le Crédit municipal proposait des microcrédits personnels. Quatre ans plus tard, ceux qui sont destinés à financer des soins médicaux ne représentent rien de moins que 13% des demandes. Parmi les motifs invoqués, un dépassement d'honoraires pour faire enlever une tumeur du cerveau ou encore un matelas pour personne handicapée. Montant moyen des emprunts: 1850 euros. Plus que le salaire d'un smicard.
 
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