Discrète mais omniprésente, la prévoyance occupe une place centrale dans l'assurance française. Elle couvre des risques lourds, arrêt de travail, invalidité, décès, et concerne une large majorité de salariés. Pourtant, derrière son rôle social, cette activité se révèle particulièrement rentable pour les organismes d'assurance. Une étude récente de la Drees met en lumière un écart significatif entre les cotisations encaissées et les prestations réellement versées aux assurés.

Une collecte en forte progression, tirée par les risques de la vie

La prévoyance constitue aujourd'hui le deuxième poste de couverture des risques sociaux, juste derrière la santé. En 2023, les organismes d'assurance ont collecté 25,4 milliards d'euros de cotisations, hors assurance emprunteur. Cette progression s'inscrit dans une tendance de long terme : depuis 2011, les montants collectés augmentent régulièrement.

Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique. Le vieillissement de la population accroît mécaniquement les besoins de protection contre le décès, l'invalidité ou la perte d'autonomie. Les chiffres illustrent cette évolution : les cotisations liées au risque décès ont presque doublé en une dizaine d'années, passant de 4,9 milliards d'euros en 2011 à 8,5 milliards en 2023. Les autres dommages corporels, comme l'incapacité de travail, suivent la même trajectoire.

Le marché reste largement dominé par les entreprises d'assurance, qui concentrent 60 % des cotisations, devant les institutions de prévoyance (31 %) et les mutuelles (9 %). Cette répartition évolue peu, contrairement au secteur de la complémentaire santé, où les équilibres se déplacent progressivement.

Des prestations nettement inférieures aux cotisations encaissées

Si les cotisations progressent, les montants reversés aux assurés restent bien plus limités. En 2023, les organismes ont versé 16,3 milliards d'euros de prestations en prévoyance. Autrement dit, pour 100 euros cotisés, seuls 64 euros sont revenus aux assurés. Ce taux de redistribution apparaît faible lorsqu'on le compare à celui de la complémentaire santé, qui dépasse 80 %. L'écart est d'autant plus frappant que la prévoyance concerne des risques souvent graves, avec des conséquences financières importantes pour les assurés.

Les différences sont marquées selon les acteurs. Les institutions de prévoyance reversent environ 75 % des cotisations, contre 67 % pour les mutuelles. Les entreprises d'assurance affichent le taux le plus bas, à 58 %. Le type de risque joue également un rôle : les garanties liées à l'arrêt de travail ou à l'invalidité donnent lieu à davantage de prestations que le décès, pour lequel le retour sur cotisations tombe à 55 %.

Ces chiffres ne signifient pas que les assureurs conservent l'intégralité du solde. Une part finance les frais de gestion, les obligations de provisionnement et la marge technique. Mais ils soulignent le fort déséquilibre entre ce qui est payé et ce qui est redistribué.

Une réglementation plus souple qui favorise la rentabilité

La clé de cette rentabilité tient en grande partie au cadre réglementaire. Contrairement à la complémentaire santé, très encadrée par les contrats dits responsables, la prévoyance reste beaucoup moins normée. Les obligations de couverture sont limitées et reposent principalement sur des accords collectifs anciens, hérités notamment de la convention de 1947.

Dans les faits, la majorité des salariés du privé bénéficie d'un contrat de prévoyance via son entreprise. Mais le niveau de garanties, la qualité de la couverture et la participation financière de l'employeur varient fortement selon les secteurs.

Cette liberté contractuelle permet aux assureurs de mieux maîtriser leurs engagements. En 2023, malgré des charges de gestion élevées (près d'un tiers des cotisations), la prévoyance a dégagé un résultat technique très positif, à hauteur de 14 % des cotisations collectées. À l'inverse, l'activité de complémentaire santé s'est révélée quasiment à l'équilibre, voire légèrement déficitaire.

Les entreprises d'assurance concentrent les résultats les plus élevés, avec une rentabilité nettement supérieure à celle des mutuelles et des institutions de prévoyance. Une situation qui confirme que, derrière son image de protection sociale, la prévoyance est devenue l'un des moteurs financiers les plus solides du secteur assurantiel.



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