2-Roues : Comment se porte le marché ? Rencontre avec P. Saby (Solly Azar)

Publié par Quentin Bas Lorant le 09/08/2022 à 08:14

Le courtier Solly Azar et AAA Data ont publié début juillet leur tout premier baromètre portant sur les ventes et usages des motos et des cyclos. Il nous donne des indications précieuses sur les performances de ce marché marqué par une forte actualité : stationnement qui devient payant, contrôle technique obligatoire, chute du marché auto... Nous avons pu discuter de ces sujets avec Philippe Saby, DG de Solly Azar.

Pourquoi avoir lancé cet observatoire ?

Nous avons souhaité élaborer cet observatoire, car, à la différence de l’automobile, malgré quelques données sur les ventes de motos neuves, le marché du deux-roues au sens large manquait d’indicateurs. Nous nous sommes donc rapprochés de AAAData, qui dispose de toutes les bases d'immatriculation, tandis que de notre côté, en tant que courtier moto depuis quarante ans, nous avions toute légitimité à partager les données collectées avec les acteurs du secteur et les passionnés de deux-roues. Nous avons ainsi créé un observatoire qui nous permet de publier nos conclusions sur ce marché des véhicules neufs et d’occasion (« VN/VO »). Nous donnons ainsi rendez-vous aux passionnés tous les trimestres pour la publication des résultats. Les prochains seront communiqués en octobre, à l’issue du troisième trimestre.

Quels sont les principaux enseignements de ce premier observatoire ?

L’un des enseignements de ce premier observatoire est que le marché du deux roues se porte beaucoup mieux que celui des quatre roues. Nous avons constaté une petite baisse des ventes sur le premier semestre, par rapport à 2021, mais les chiffres se maintiennent bien par rapport à la dernière année de référence qui est 2019. La particularité du marché des deux-roues, c’est qu’il regroupe beaucoup de segments différents, du gros cyclo urbain, aux belles motos de routes, en passant par le trial, etc. C’est cette multitude d'usages qui en fait un marché très intéressant. D'un point de vue assurantiel, nous faisons en sorte que les propositions d'assurances s’adaptent aussi à cette diversité, grâce à notre connaissance fine de tous les profils.

Constate-t-on certains points communs avec le secteur auto, comme le passage à l’électrique ?

Le passage à la motorisation électrique est moins une réalité qu’en automobile. Il n’est, en fait, une réalité que pour les cyclomoteurs ou scooters de ville, des véhicules qui servent au trajet domicile-travail. L’électrique ne s’étend pas pour l’heure à l’usage plaisir ou loisir, pour lequel le bruit du moteur, l'odeur de l'essence et de l'huile, sont irremplaçables. Nous verrons si cela change par la suite. 

Et au niveau des tarifs d’assurance, la tendance est-elle à la hausse comme en auto ?

En réalité, cela dépend beaucoup des segments. Un motard passionné qui roule avec beaucoup de prudence gagne en bonus d’année en année, et peut avoir une prime stable. Ce qui inquiète un peu tout le monde, comme en automobile, c'est l'augmentation des coûts des pièces de réparation due à l'inflation. D’un autre côté, la véritable définition de l'inflation, c'est une hausse des prix durable. Or, on voit par exemple que le litre de gazole a fini par redescendre sous la barre des deux euros. Est-ce que, de même, la facture chez le garagiste va continuer d’augmenter ou non ? D’un point de vue assurantiel, il faut garder à l’esprit que quand l’essence est chère, la circulation diminue, ce qui fait baisser la fréquence des sinistres. À terme, cela peut donc aussi contribuer à faire baisser les primes. En tout cas, dans ce contexte d’inflation qui reste très prégnant, nous allons lutter en tant que courtier pour qu'il n'y ait pas d'envolée des prix

« En tout cas, dans ce contexte d’inflation qui reste très prégnant, nous allons lutter en tant que courtier pour qu'il n'y ait pas d'envolée des prix. ».

 

La montée en gamme du parc moto a-t-elle aussi, comme en auto, des conséquences sur les primes d’assurance ?

Oui, nous observons cette montée en gamme sur les motos neuves, mais, curieusement, nous avons un parc qui vieillit sur le deux-roues. C’est la répercussion directe des exercices 2020 et 2021, qui ont été synonymes de report d'achat et de livraisons en baisse. Actuellement, il se vend trois motos d'occasion pour une neuve. 

Autre sujet d’actualité très pressant pour les motards : le contrôle technique qui doit devenir réalité le 1er octobre. Est-ce une bonne chose côté assureur ?

C’est avant tout un sujet de logistique. Les contrôleurs ne sont tout simplement pas prêts, ou plus exactement, les garages qui font du contrôle technique auto ne sont pas prêts à faire du contrôle technique moto. Les modalités d’application ne semblent pas au point pour le 1er octobre prochain, mais nous avons l’impression que l’arrivée de ce CT moto est inéluctable. Même s’il est vrai que les motards prennent bien plus soin de leur véhicule que les automobilistes, cette nouvelle obligation pourrait s’avérer positive si le parc continue à vieillir. À terme, un parc plus sûr peut conduire à une baisse de la sinistralité. On peut également espérer que le coût du contrôle sera inférieur à celui de l’auto. 

Est-ce vrai que les motards sont plus fidèles à leur assureur ? Comment l’expliquer ?

C’est vrai pour les motards passionnés, oui, qui paient d’ailleurs souvent leur prime d’assurance à l’année. Ce sont aussi les profils qui représentent le moins de risque pour les assureurs, car ils prennent soin de leur véhicule et sont très attentifs à leur comportement sur les routes. À l’inverse, les assurés sur cyclomoteurs (scooters) ont peut-être tendance à avoir un comportement d’assuré plus proche de l’automobiliste, avec une mise en concurrence régulière du contrat d’assurance pour payer moins cher. Il ne faut pas oublier que, bien souvent, ce sont les parents qui paient pour leurs enfants, mineurs ou non, et qu’ils ont donc tendance à chercher des tarifs plus compétitifs.

Le marché de l’assurance moto est-il autant investi que les autres par l’assurance en ligne ?

La digitalisation fait son chemin. De notre côté, par exemple, nous sommes déjà « full online », avec un parcours de souscription en ligne, la signature électronique, le paiement à distance, etc. Cette transition est bien reçue, le motard est aussi technophile !

Cette digitalisation fait-elle également bouger les formules et garanties ?

Solly Azar a été créé en 1977, et nous avons fait de la moto assez rapidement, avec une volonté de créer des garanties sur-mesure. Nous sommes par exemple à l’origine de la couverture moto hivernage. Notre assuré déclare qu’il laissera sa moto au garage du 1er novembre au 1er mars : sur cette période, il est couvert en vol et incendie, mais pas sur les garanties roulantes. À partir du 1er mars, les garanties reviennent automatiquement. Cette période où il ne roule pas est bien sûr intégré dans le tarif, et fait baisser sa cotisation. C’est une assurance à l'usage qui n'a pas besoin de capteur, tout est fondé sur la confiance entre assuré et assureur et nous le faisons ainsi depuis trente ans. Nous essayons ainsi de toujours trouver la meilleure garantie au meilleur prix, et nous naviguons entre une diversité de cylindrées et d’usages qui est passionnante. À chaque fois, c’est une tarification très fine qu’il faut établir, et c’est vraiment stimulant côté assureur. 


Les premiers résultats de l’observatoire Solly Azar - AAA Data

Au premier semestre 2022 :

  • 624 364 deux-roues ont été immatriculés en France ;
  • Sur ces 600 000 deux roues, 154 699 étaient neufs et trois fois plus étaient d’occasion : 469 665 (dont 347.801 motos) ;
  • Le marché est en recul de 8% par rapport à 2021.
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