Assurance - divers

La LFP aurait pu s'assurer contre le défaut de paiement de Mediapro

Publié par le , Mis à jour le 16/10/2020 à 09:46
179 vues 1 réaction Note

Mediapro refuse de payer son échéance de 172 millions d'euros à la LFP

Le quotidien sportif L’Équipe révèle ce matin dans ses colonnes les coulisses du conflit qui menace d’empoisonner les relations entre la Ligue de Football Professionnelle (LFP) et son diffuseur pour quatre saisons, Mediapro. On y découvre notamment que la LFP aurait pu s’assurer contre le risque d’impayés.

En 2018, Mediapro promet plus de 3 milliards d’euros pour quatre saisons

A l’origine de cet imbroglio, il y a un contrat en passe de ne pas être respecté : en mai 2018, Mediapro, un groupe audiovisuel catalan, diffuseur historique du championnat espagnol, décide de se diversifier en s’adjugeant aussi les droits du football hexagonal. L’appel d’offres lancé par la LFP vaut pour quatre saisons, de 2020 à 2024. Au jeu des enchères, le groupe espagnol élimine les diffuseurs habituels (Canal + et beIN Sports) en offrant 814 millions d’euros par an pour obtenir 80% des droits de diffusion de la Ligue 1 et de la Ligue 2.

La conclusion du deal résonne un peu dans la presse, mais personne ne s’étonne du montant engagé par Mediapro sur quatre ans (plus de 3 milliards d’euros) en raison de la montée croissante du prix des droits de diffusion. Chez nos voisins anglais, la saison coûte plus d’1,5 milliards d’euros sur la même période.

Le groupe espagnol tente de faire pression pour renégocier

L’affaire se laisse donc un peu oublier, puis tout s’accélère en début d’année : Mediapro dépose un dossier pour créer sa propre chaine, ce qu’elle fera en s’associant au groupe TF1. Le groupe annonce à cette occasion son objectif d’atteindre 3,5 millions d’abonnés sur quatre ans au tarif de 25 euros par mois pour se rentabiliser.

Mais un mois et demi après la reprise du championnat, le nombre d’abonnés atteindrait difficilement les 300 000. Le 5 octobre, le président de Mediapro, Jaume Roures, annonce qu’il ne paiera pas le deuxième versement qu’il doit à la LFP pour le lendemain : 172 millions d’euros. L’Espagnol fait pression pour renégocier le tarif, il met en avant une situation qui a changé avec le Covid-19 : crise économique, fermeture des bars, stades vides et matchs reportés sont passés par là.

La LFP aurait-elle dû s’assurer ?

La Ligue pouvait-elle se prémunir contre ce désastre, qui risque de provoquer l’arrêt de la diffusion de 8 matchs de Ligue 1 sur 10 ? C’est que sous-entend L’Équipe dans son enquête du jour. La Ligue aurait d’abord négligé le manque de sérieux financier de Mediapro. En 2018, le groupe avait aussi prétendu aux droits de diffusion du championnat Italien, mais s’était fait recaler faute de présenter des garanties bancaires suffisantes. Mais côté français aucune avance ni garantie n’est demandée. La Ligue obtient seulement une caution solidaire de l’actionnaire principal de Mediapro (le groupe chinois Orient Hontai Capital).

Surtout, la LFP est pointée du doigt pour avoir négligé de s’assurer contre un éventuel défaut de paiement. N’obtenant pas de garanties, les dirigeants de la Ligue se seraient déplacés à Londres pour rencontrer des assureurs susceptibles de couvrir deux échéances de Mediapro en cas d’impayés. Pour cette garantie à hauteur de 340 millions d’euros, la LFP aurait dû verser une « prime » de 3,4 millions d’euros (1% du montant) mais ne l’a finalement pas fait et pourrait le regretter.

Un contexte qui invite à repenser l’assurance dans le sport professionnel

Dans le secteur du sport professionnel, et en particulier du football, qui n’a jamais autant générer d’argent, des assureurs se sont spécialisés pour couvrir des risques financiers de plus en plus exorbitants. Les clubs peuvent désormais se couvrir contre des événements qui leur feraient perdre en revenus : la blessure d’une star, mais aussi le risque de sinistre collectif.

Néanmoins, comme c’est le cas pour de nombreuses entreprises, il semblerait que les pertes d’exploitations liées au Covid-19 n’étaient pas couvertes par les assurances des clubs. Pourtant les pertes sont bien là : l’étude du cabinet d’audit Ernst and Young les chiffraient à 605 millions d’euros pour la saison 2019/2020, qui a pris fin prématurément au mois de mars.

Pour s’armer contre le risque pandémique, plusieurs clubs envisageraient de s’assurer eux-mêmes, en mettant sur pied une caisse commune, et en y versant, par exemple, 5% des droits TV. Une forme d’auto-assurance qui pourrait aussi les couvrir, à l’avenir, contre le défaut de paiement d’un diffuseur.

Seulement voilà, ces droits TV, qui représentent en moyenne la moitié des revenus des clubs, pourraient ne pas atterrir dans les caisses cette année. Dans l’urgence, la LFP serait en train de contracter un prêt pour payer elle-même la part des droits qui devait être versés aux pensionnaires de la Ligue le 17 octobre. Prêt dont le montant va s'ajouter aux 224,5 millions d'euros déjà empruntés par la Ligue pour couvrir ses pertes de droits TV... entre mars et août 2020.

 
LAISSEZ UN COMMENTAIRE
 
1 RÉACTION
Tom le prez 13/10/2020 à 14:14
C'est grave pour le football français!! En tout cas c'est intéressant comme sujet

RECHERCHEZ DANS LES ARTICLES