La fiscalité automobile française atteint un niveau inédit. Porté par l'abaissement des seuils de CO2 et l'extension du malus au poids, le malus écologique devrait franchir la barre du milliard d'euros de recettes en 2026. Désormais, plus d'une voiture neuve sur deux est concernée par cette taxe, un chiffre qui bouscule l'image d'un dispositif longtemps réservé aux modèles de luxe.
Un record historique porté par un barème durci
Le Trésor public a déjà encaissé 523,4 millions d'euros au titre du malus CO2 et de la taxe au poids sur le premier semestre 2026, selon la revue de marché de juillet publiée par Mobilians et Dataneo. Ce montant dépasse largement les 405,1 millions d'euros collectés sur la même période en 2025, et les 336,6 millions d'euros de 2024.
Si cette dynamique se maintient, les recettes annuelles dépasseront pour la première fois le milliard d'euros, après 867,6 millions d'euros en 2025.
Cette hausse surprend alors que les véhicules 100% électriques représentent 29,1% des immatriculations neuves. Elle s'explique par le durcissement du barème depuis le 1er janvier : le seuil de déclenchement du malus CO2 est passé de 113 g/km à 108 g/km, tandis que le malus au poids frappe désormais les véhicules dès 1 500 kg, contre 1 600 kg auparavant.
Résultat : 51% des voitures neuves immatriculées entre janvier et juin ont été taxées, contre 48,3% un an plus tôt. La fiscalité ne cible plus seulement les bolides ou les gros SUV, elle touche aussi les thermiques grand public et de nombreux hybrides rechargeables.
Le Peugeot 5008, symbole d'un malus qui touche les familles
Le classement des modèles les plus contributeurs réserve une surprise. Le Mercedes GLC arrive en tête avec 17,31 millions d'euros collectés pour seulement 1 733 unités vendues. Mais le Peugeot 5008 s'impose juste derrière, avec 14,33 millions d'euros de malus pour 9 730 immatriculations, un volume bien supérieur.
Ce grand SUV familial, disponible en version sept places, cumule les handicaps fiscaux : son gabarit et ses motorisations hybride rechargeable ou micro-hybride le font basculer dans les tranches cumulées du CO2 et du poids. Ses forts volumes de ventes, auprès des familles comme des flottes d'entreprises, démultiplient les recettes pour Bercy.
D'autres modèles populaires figurent dans le top 15 :
- Dacia Sandero,
- Citroën C3, Peugeot 3008,
- Citroën C5 Aircross.
Par marque, Mercedes domine avec 66,5 millions d'euros de malus, devant BMW (56,7 M€), Volkswagen (45,4 M€) et Audi (44,7 M€). Suivent trois constructeurs français : Peugeot (37,6 M€), Citroën (28 M€) et Renault (28 M€), puis Dacia (17,6 M€).
Ce basculement confirme une tendance déjà observée : en novembre dernier, les 300 Porsche 911 immatriculées en France avaient rapporté deux fois plus en malus que l'ensemble des 49 000 Dacia Sandero vendues sur la même période.
Vers une réforme du malus dès 2027 ?
Face à ces montants, la Fédération nationale de l'automobile (FNA) réclame une refonte du dispositif dans le cadre du budget 2027. Elle propose la suppression du malus au poids, jugé pénalisant pour les véhicules familiaux et électrifiés, notamment les hybrides rechargeables présentés comme une étape de transition.
Le Peugeot 5008 illustre cette incohérence : épargné par le malus CO2 grâce à ses faibles émissions, il subit malgré tout une taxe pouvant atteindre 6 100 euros, uniquement liée à son poids.
La FNA propose aussi de simplifier le malus CO2, aujourd'hui composé d'environ 90 tranches jugées instables. Elle s'inspire du modèle espagnol, avec une grille plus durable et davantage indexée sur la valeur du véhicule.
L'objectif affiché est de relancer un marché qui pourrait passer de 1,7 million à 1,9 million de véhicules vendus d'ici 2029, alors que certains malus atteignent aujourd'hui 80 000 euros. Le gouvernement devra arbitrer entre recettes fiscales, renouvellement du parc automobile et objectifs environnementaux.