Leocare rêve du contrat d'assurance unique et modulable pour tout le foyer

Publié par Quentin Bas Lorant le 22/04/2022 à 15:22 , Mis à jour le 22/04/2022 à 16:34

Après deux levées de fonds en un an l'année passée, l'assurtech bretonne entend poursuivre son développement à l'étranger et améliorer ses nombreux outils intelligents. Avec 42 millions de primes collectées pour 100 000 clients, Leocare s'affiche comme la première néoassurance de France, et donc la plus représentative du tournant digital à l'œuvre dans le secteur. Nous en avons discuté avec Christophe Dandois, cofondateur de Leocare.

Quels grands principes ont animé le lancement de Leocare en 2017 ?

Notre ambition, c’est de simplifier l’expérience client pour tous les besoins du foyer en termes d’assurance : la demande de devis, la gestion du contrat, l’appel à l’assistance, le suivi de sinistre, etc. Pour tous ces besoins, nous proposons un seul et unique service. Plus besoin, donc, de devoir faire le tri entre plusieurs numéros ou formulaires de contact. La simplicité est le premier de nos grands principes, aux côtés de la flexibilité et de la proximité. 

Les assureurs traditionnels accompagnaient leurs clients pendant 20 ans, si ce n’est plus, sur l’ensemble des assurances dont le foyer avait besoin. De notre côté, nous souhaitons proposer une formule adaptée à des modes de vie qui changent, faits de davantage de mobilité, et de trajectoires que l’on n’anticipe pas toujours. À chaque étape, nous souhaitons apporter la bonne garantie, au bon moment, et au bon prix. 

« Nous souhaitons proposer une formule adaptée à des modes de vie qui changent, faits de davantage de mobilité, et de trajectoires que l’on n’anticipe pas toujours ».

 

Vous mettez également en avant votre service client

En effet, c’est toute la différence entre une commodité et un service. Sur mon relevé bancaire, la seule ligne qui n’a pas de sens consommable, c’est l’assurance. On paye tous les mois pour une police en espérant ne jamais avoir besoin d’y avoir recours. Ce que nous souhaitons, c’est que nos assurés aient également des services à consommer, en dehors des sinistres. En ce sens, nous proposons des dispositifs de prévention, des conseils, et un service personnalisé accessible tout le temps.

C’est le cas par exemple du dispositif TakeCare, qui permet de prévenir les risques de sinistres automobiles et d’apporter plus de sérénité aux conducteurs. À partir de plus de 60 sources de données, dont la plupart sont fournies par le gouvernement (historique des accidents passés, conditions météo, état du trafic, etc.) l’application avertit le conducteur par une notification sonore du moindre danger. Avec ce type d’outils, nous souhaitons favoriser un nouveau type d’approche, celle d’une assurance qui se consomme, même sans avoir jamais de sinistre.

Comment vous positionnez-vous sur le marché français, en termes de croissance ? 

Nous sommes la première néoassurance en France, avec 42 millions de primes collectées pour 100 000 clients. 72% de nos contrats sont en assurance automobile, et 20% en habitation. Notre croissance est d’environ 25% par an, et nous avons multiplié notre chiffre d’affaires par cinq l’année dernière par rapport à 2020. Nous sommes également passés de 30 à 90 salariés. 

Avez-vous bâti un business model différent de vos concurrents ?

Nous pilotons notre entreprise autour de trois piliers : le dynamic business (l’automatisation des processus, ndlr) l’attention au LTV sur CAC (rapport entre le coût d’acquisition d’un client et sa valeur, ndlr) et le loss ratio (conserver un montant d’indemnisations inférieur aux primes récoltées, ndlr). Grâce à notre business model, nous comptons atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2026. 

« Atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2026 ».

 

Au terme de vos deux levées de l’année dernière, vous souhaitiez développer des outils digitaux innovants, qu’en est-il par exemple de ClaimCare ?

Aujourd’hui, 92% de nos sinistres passent par notre fonctionnalité ClaimCare, il s’agit donc d’une petite réussite, même si, malgré des technologies matures, il reste encore un peu de résistance du côté de certains assurés, peut-être plus âgés (la moyenne d’âge des assurés est comprise entre 32 et 48 ans, ndlr). En cas de sinistre, nous offrons la possibilité d’avoir recours à différents services : la visio conférence (prise de rendez-vous vidéo avec un expert), la télé expertise (avec l’envoi de photo et de vidéos prises par l’assuré), et l’expertise classique, avec un expert qui vient jusqu’à vous. 

Vous aviez aussi pour ambition de vous développer à l’étranger : vers quels pays vous tournez-vous ?

Nous nous déploierons en octobre en Espagne en assurance auto, ainsi que dans deux autres pays européens que nous ne souhaitons pas encore dévoiler. 

Pourquoi avoir misé sur le multiproduit, à l’inverse de nombreuses assurtech focalisées sur un seul marché ?

Aujourd’hui, peu d’assurtech se déploient en effet sur plusieurs produits. J’y vois plusieurs raisons. D’abord, les acteurs semblent influencés par leurs levées de fonds. Avec ce modèle de financement, c’est souvent le mono-produit qui est attendu par les investisseurs, car la verticalité les rassure, le business model paraît plus net. Ensuite, certaines néoassurances se sont aussi lancées avec pour seules idées en tête la distribution digitale d’un produit connu, et la stratégie de casser les prix. Le problème de cette tactique, c’est qu’elle ne dure pas. Surtout, pour devenir le leader d’un marché estimé à 35 milliards d’euros, il faut créer une vraie rupture dans l’expérience client, et cela ne peut pas être uniquement un renouveau digital : il faut viser une véritable disruption de l’apport de l’assurance dans la vie du client. Pour nous, cet aspect disruptif fort, c'est le contrat unique d’assurance pour couvrir tout le foyer, avec la possibilité de moduler ses garanties en toute liberté selon ses besoins. 

Vos assurés ont-ils pu moduler leurs garanties à l’occasion de la crise sanitaire, par exemple ?

Au plus fort de la pandémie de Covid-19, nos assurés ont pu, avec leur application, passer par exemple d’un contrat tous risques à un contrat au tiers pendant deux mois. La modulation de garantie permet ainsi de faire baisser sa cotisation rapidement quand on sait que l’on ne va pas utiliser son véhicule durant un moment. De même, si un enfant est par exemple assuré comme conducteur secondaire sur le contrat et qu’il doit déménager pour ses études, on désactive via l’application sa couverture. Le même principe s’applique aux motos, et cela est particulièrement pratique si on décide de laisser « hiberner » son deux-roues. L’idée est d’offrir de l’autonomie, de la souplesse, et d’apporter à nos assurés la certitude qu’ils payent toujours la bonne garantie au bon moment et au bon prix.

Peut-on aussi retrouver son niveau de couverture d’origine par la suite ?

Tout à fait. Pour récupérer ses garanties d’origine, nous demandons simplement de prendre en photo avec l’application les quatre côtés de la voiture. Nous nous assurons ainsi qu’il n’y pas d’évolution du risque, ni de tentative de fraude. 

Ces possibilités de modulation s’appliquent-elles aussi à l’assurance MRH ?

Bien entendu. Les garanties de l’assurance habitation sont même celles qui doivent évoluer le plus avec la vie de nos assurés. Nous leur laissons donc la possibilité baisser ou d’augmenter leurs couvertures au gré de leurs changements de vie : déménagement, mariage, divorce, enfants, prise d’autonomie, etc. Dans chacun de ces cas, la valeur des biens et le nombre de personnes à assurer augmente ou diminue. Il faut donc que l’assurance suive, afin de ne pas s’apercevoir le jour du sinistre que l’on n’est pas couvert à la hauteur de ce qu’on espérait. 

Dans votre stratégie multiproduit, envisagez-vous d’entrer sur le marché de l’assurance de prêt immobilier ?

L’assurance emprunteur est un produit dont le coût d’acquisition est élevé, et qui correspond difficilement à notre philosophie de consommation de services en dehors des sinistres. Ce que nous souhaitons favoriser, c’est toujours l’usage du client. La question que nous allons donc nous poser c’est : que pouvons-nous apporter en plus à nos clients si nous proposons ce produit ? Il y a certes une économie importante à réaliser sur la durée longue d’un prêt, mais cela ne représente que quelques dizaines d’euros par mois en général. Il faut donc penser à des services additionnels qui seront utiles au quotidien à nos assurés. Le service de VTC d’Uber n’est par exemple pas toujours le moins cher, mais je sais d’avance à quelle heure je vais arriver, et combien je vais payer.

Vous engagez-vous comme d’autres assurtech dans la campagne présidentielle ?

Nous avons adressé récemment une lettre à tous les candidats à l’élection présidentielle. Nous proposons un certain nombre d’idées qui vont dans le sens de l’intérêt des consommateurs. C’est notre modeste contribution à ce moment démocratique important.

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