Assurance divers

Une assurtech qui assure tous vos colis en ligne. Rencontre avec Jean Yigitoglu, de Secursus

Publié par le , Mis à jour le 12/02/2021 à 11:54

En raison des restrictions de déplacements et des fermetures imposées aux magasins, la livraison de colis a explosé en 2020. Durant la seule période des fêtes, Amazon revendique avoir livré plus d'1,5 milliard de colis à travers le monde. L'explosion de cette pratique a aussi fait naitre un nouveau besoin : celui d'assurer ses colis. Une assurtech, Secursus, le permet depuis 2018, aussi bien pour les particuliers que pour les pros. Jean Yigitoglu, son co-cofondateur nous explique tout.

Comment s’est lancé Secursus ? Quelles étaient les ambitions de ce projet ?

Nous avons lancé Secursus en 2018 avec Valentin Scemama. Nous avions l'envie de nous  spécialiser dans les objets de grande valeur, qui sont souvent exclus des assurances : principalement des montres, de la joaillerie, des œuvres d'art...  Nous avions identifié un besoin assez spécifique sur l'envoi de ces marchandises, dont la valeur assurée était presque toujours confrontée à un plafond peu élevé. Partant de cela, nous avons essayé de nous positionner assez rapidement sur le marché international, qui génère des volumes de marchandises transportées plus important. Nous avons lancé rapidement notre site internet, en anglais et en français, et cela a fonctionné assez rapidement, presque sans discontinuer depuis la mi-2018, avec à peu près 20% de croissance en moyenne par mois. Nous avons aujourd’hui des clients dans une cinquantaine de pays, principalement au Royaume-Uni, en France, et également aux États-Unis. Nous ouvrons aussi notre service à des nouveaux pays depuis quelques mois, avec l’Italie, et l’Allemagne fin septembre, nous essayons de poursuivre ces implantations.

Ce service s’adresse-t-il aux particuliers ou aux professionnels ?

Chez nous, l'expéditeur comme le receveur peuvent s’assurer. Dans les faits, nos clients sont pour beaucoup des professionnels, et par conséquent souvent des expéditeurs. Mais nous avons voulu que notre plate-forme soit grand public, donc tout le monde peut s’assurer. Nous recevons même de plus en plus des demandes de particuliers qui ont un colis de valeur à recevoir et qui viennent s’inscrire et l’assurer sur notre site. Parfois, les destinataires peuvent aussi être des professionnels qui souhaitent couvrir la réception de marchandises pour leurs stocks.

Côté professionnel, vous vous substituez donc aux assureurs des transporteurs.

Au départ, nos concurrents étaient en effet les assureurs des transporteurs. Ces derniers proposent généralement des formules qui souffrent beaucoup d’exclusions, qui peuvent être assez chères et opaques sur les garanties. De notre côté nous avons souhaité mettre en avant une formule unique et assez transparente, avec l’apport de services autour, comme des conseils de prévention et une relation-client plus poussée. En « business-to-business » (« B2B ») nous sommes aussi concurrencés par des assureurs ou courtiers spécialisés dans le transport des marchandises de valeur.

Et pour un particulier qui souhaite assurer son colis, quelle est la marche à suivre ?

Un particulier peut s'inscrire sur notre site assez facilement et rapidement. Il a juste à saisir la valeur et le numéro de suivi de son colis, et à en décrire le contenu. Il va payer par carte bancaire 0,7% de la valeur de son colis pour pouvoir l'assurer. Nous avons voulu faire une offre très lisible, par souci de simplification pour nos assurés. Pour ce faire, nous avons lissé les risques, ce qui nous permet de proposer cet unique tarif partout dans le monde, pour tous les transporteurs et tous les types de marchandises. Le montant minimum à assurer pour un colis est fixé à 1,50 euros. Nous y sommes venus petit à petit. À l’origine, nous n’assurions que des colis de grande valeur, mais progressivement nous avons reçu des demandes plus « classiques » : assurer le transport d’un ordinateur, d’un téléphone... Nous avons donc choisi de généraliser notre offre dans un second temps. Aujourd'hui nous couvrons encore beaucoup d’objets électroniques, mais également du vin, ou encore beaucoup d’objets de joaillerie.

Quelle est aujourd’hui la répartition entre vos clients professionnels et particuliers ?

Parmi nos clients professionnels, il se trouve aujourd’hui beaucoup d'indépendants. En tout, indépendants et particuliers compris, nous arrivons à 4 000 clients, auxquels nous ajoutons entre 500 et 700 clients qui représentent des entreprises de tailles plus conséquentes. Mais notre offre B2B est encore assez jeune, puisque nous l’avons lancée en septembre 2019. En fait, nous proposons d’intégrer directement notre service au système informatisé des entreprises, ainsi qu’à leurs plateformes logistiques, ce qui leur permet de s’assurer auprès de nous en imprimant leurs bordereaux. Nous nous substituons ainsi à l'assurance du transporteur dès la « sortie » de la marchandise.

Comment avez-vous profité de l’explosion de la livraison par colis en 2020 ?

Nous avons en effet bien progressé l’année dernière, mais pas de façon uniforme. Cela s’est fait en deux temps : début mars, aux moments des premiers confinements, nous avons subi un ralentissement net. Nous étions toujours en croissance, mais à un rythme moins prononcé qu’attendu. Puis l’activité est plutôt bien repartie, avec notamment une croissance de 98% en mai. Nous n’avons pas vu de baisses au moment du déconfinement, puis il y a eu un vrai « boom » sur la période de noël, avec beaucoup de petits colis et de cadeaux à assurer. Nous avons vu arriver dans notre offre grand public des demandes pour des colis à 100, 150 euros. Mais il reste difficile de distinguer dans ces bons chiffres ce qui correspond à la part de croissance naturelle de l'entreprise, et la part qui dépend du contexte.

Pour nous, il parait évident que cette croissance du nombre de colis nous a été bénéfique, mais elle a également engendré plus de retards et de problèmes de livraison, ce qui a augmenté le nombre dossier à traiter chez nous. Plus récemment, en ce début d’année, le contexte du Brexit et des variants anglais ont créé pas mal de problèmes pour les transports internationaux [en raison du variant anglais du coronavirus, les transports routiers vers la France ont été bloqués durant une semaine]. Le retour des procédures douanières conséquentes au Brexit a bloqué de nombreux colis par méconnaissance des nouvelles démarches. Nous sommes aussi très dépendants de l’actualité internationale.

À quel moment un sinistre se déclenche-t-il dans votre formule ?

Nous n'indemnisons pas les retards. Pour nous un sinistre intervient en cas de perte, casse, ou vol. Le transport demeure la responsabilité du transporteur. Pour les objets de grandes valeurs, dont le montant est supérieur à 10 000 euros, nous pouvons parfois mandater un expert, ou contacter le transporteur pour débloquer situation. Dans les faits, le colis est rarement perdu, il reste souvent bloqué dans un point d'étape, par exemple un hub de tri. Dans ces cas-là, l’intervention de l'expert peut permettre de débloquer la situation. Le vol est le sinistre le plus rare. Mais pour éviter au maximum les sinistres, nous nous distinguons aussi en communiquant des exemples de bonnes pratiques à nos clients : faire un double emballage avec le bordereau sur chaque emballage, par exemple. En cas de détérioration ou ouverture, il reste ainsi une possibilité de récupérer le colis.

Nous misons beaucoup sur la prévention pour prévenir l’égarement des commandes. Nous conseillons aussi de ne pas indiquer la nature de la marchandise sur l'extérieur de l’emballage, pour ne pas tenter d’éventuels voleurs. Chaque fois qu'un colis est assuré, le client, particulier, comme professionnel, reçoit un email, avec les bonnes pratiques de l’expéditeur. Rien n’est obligatoire, mais nous recommandons aussi à l’expéditeur de nous transmettre le mail du destinataire, ne pas laisser les colis aux gardiens, d’ouvrir délicatement un colis qui semble vide... C’est toute une pédagogie qui permet d'éviter un grand nombre de sinistres.

Avez-vous déjà refusé d’assurer un colis en raison de sa trop grande valeur ?

Non, cela ne nous est encore jamais arrivé !  Chez nous, le plafond de valeur est fixé à 100 000 euros. Théoriquement, nous pourrions au cas par cas faire des dérogations, mais pour l'instant nous n’en avons pas eu l'occasion. Nous avons déjà assuré jusqu'à 100 000 euros des biens d'un montant supérieur. 

Quelle sont vos ambitions et axes de développement pour cette année ?

Nous nous sommes lancés en Allemagne très récemment, en fin d’année dernière, et nous allons donc être très attentifs à ce marché en 2021. Nous travaillons aussi sur une nouvelle offre en B2B, qui proposera aux sites d'e-commerce des modules Secursus pour permettre aux marchands de gérer leur logistique et leur assurance depuis leur site internet de façon automatisée. Nous avons recruté à cette fin un nouveau développeur, ainsi que des spécialistes de la gestion de sinistres, et nous allons essayer de nous développer encore davantage commercialement parlant.

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