Le marché du crédit immobilier a définitivement tourné la page de la baisse des taux. Après un recul marqué en 2024 et une stabilisation relative en début d'année 2025, les taux d'intérêt ont repris leur progression à partir de l'automne. Les données publiées par l'Observatoire Crédit Logement/CSA confirment que cette dynamique haussière est appelée à durer, avec un impact direct sur l'accès au financement des ménages.
Des taux orientés à la hausse jusqu'en 2027
La trajectoire est désormais clairement identifiée.
"Nous sommes sur deux années en cours et à venir qui sont des années de remontée des taux des crédits", a déclaré Michel Mouillart, professeur d'économie et responsable de l'Observatoire Crédit Logement/CSA, lors d'une conférence de presse en janvier 2026.
Après avoir touché un point bas à 3,06 % en juin et en août 2025, les taux ont progressivement augmenté. En décembre 2025, le taux moyen des crédits immobiliers atteignait 3,14 %, hors assurance et frais annexes, avant de monter à 3,17 % en janvier. "À mi-janvier, nous sommes déjà à 3,21 % alors que nous étions à 3,17 % en décembre et à 3,06 % en juin : ça monte, ça monte", a alerté l'économiste.
Les projections confirment cette tendance : le taux moyen devrait atteindre 3,55 % au quatrième trimestre 2026, puis 3,95 % fin 2027. Ces niveaux traduisent la fin durable de la période de détente observée après la crise inflationniste.
Un contexte économique et financier défavorable
La remontée des taux s'inscrit dans un environnement globalement dégradé. "Cette évolution s'inscrit dans un paysage dominé par les incertitudes : un environnement politicoéconomique dégradé, une demande préoccupée par des perspectives macroéconomiques et budgétaires détériorées et des incertitudes géopolitiques persistantes", souligne l'Observatoire Crédit Logement/CSA.
Les banques françaises dépendent étroitement des marchés financiers pour se refinancer. Or, fin 2025, le coût de la dette publique française a atteint des niveaux historiquement élevés, jamais observés depuis près de quinze ans. Cette hausse se répercute directement sur les conditions de crédit proposées aux particuliers.
Comme le résume Michel Mouillart, "la réalité économique a conduit les banques à réarbitrer pour réajuster les coûts des crédits et augmenter les taux des emprunts tout en s'efforçant de préserver la solvabilité des emprunteurs".
Un exercice d'équilibriste, alors même que la demande de crédit reste hésitante. Dès le début de l'année, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, avait d'ailleurs prévenu : « Je crois vraiment que c'est le bon moment pour emprunter parce que ce que nous observons depuis plusieurs mois, c'est que la baisse des taux du crédit immobilier, qui avait été sensible, s'est arrêtée ».
Des effets concrets sur l'accès au crédit des ménages
Pour absorber la hausse des taux, les emprunteurs allongent la durée de leurs prêts. En décembre 2025, la durée moyenne des crédits immobiliers atteignait 250 mois, soit près de 21 ans, un record historique proche de la limite réglementaire de 25 ans.
Dans les faits, cette stratégie ne suffit pas toujours à préserver le pouvoir d'achat immobilier. Si les prix continuent d'augmenter, comme l'indique la Fnaim avec une hausse de 0,8 % sur un an, plusieurs conséquences se dessinent pour les ménages :
- une part plus importante des revenus consacrée aux mensualités de crédit ;
- une réduction de la capacité d'emprunt, entraînant des projets revus à la baisse ;
- une éviction progressive des ménages les plus modestes du marché.
"Le marché du crédit demeure difficilement accessible pour une grande partie des ménages", alerte la Fnaim, évoquant un accès au financement "majoritairement réservé aux ménages les plus aisés".
Les écarts de taux selon les profils le confirment : en décembre, les meilleurs dossiers obtenaient jusqu'à 2,78 % sur 20 ans, contre 3,53 % pour les emprunteurs disposant d'un apport plus faible.
La rédaction d'Assurland