Qu'en est-il de la Grande Démission à la française ? Interview d'Elliot Boucher

Publié par La rédaction d'Assurland le 25/03/2022 à 12:00

Et si notre rapport au travail était en train de changer profondément ? Ce qu’on appelle la Grande Démission prouve que les lignes bougent. En 2021, aux États-Unis, plus de 38 millions de personnes ont quitté leur travail alors même que 40 % d’entre elles n’avaient pas trouvé un autre emploi en le faisant. En France, la Dares (le service de statistiques du ministère du Travail) indique qu'en juillet dernier le nombre de démissions de salariés en CDI avait progressé de 19,4% par rapport au chiffre de 2019. Elliot Boucher, cofondateur d'Edusign, plateforme d'automatisation de gestion pour les formations, évoque l’évolution des envies des travailleurs avec nous.

Comment peut-on expliquer la Grande Démission aux États-Unis ? 

La Grande Démission est le résultat du fait que les gens réalisent qu'ils peuvent avoir plus. Les sociétés et entreprises dans lesquelles ils travaillent sont un peu vides de sens par rapport à ce qu'ils peuvent souhaiter et donc ils décident de partir en plus grand nombre. Le déclencheur de tout ça est la pandémie car les gens ont dû rester chez eux et ceux qui ne pouvaient pas travailler à ce moment-là avaient énormément de temps pour réfléchir, ils se sont alors posé des questions sur leur propre vie. Avant la crise sanitaire, on parlait déjà de la quête de sens mais celle-ci a donné l'occasion à d’autres de se dire que finalement leur métier n’était pas forcément aligné avec ce qu’ils voulaient vraiment. Ils ont aussi découvert le télétravail alors qu’ils étaient avant à 100 % en présentiel. Pour ceux qui ont la chance de pouvoir télétravailler encore à l’heure actuelle, je sais qu’il y en a un certain nombre qui ne souhaitent pas revenir comme avant. Par exemple, aujourd'hui, 90% des développeurs disent ne pas vouloir un job qui ne propose pas de télétravail. On voit qu'il y a vraiment un grand intérêt pour le fait d’aménager son temps, notamment dans les métiers du service qui est le secteur qui augmente le plus aujourd'hui dans l'économie, que ce soit aux États-Unis et en France.

Le déclencheur de tout ça est la pandémie car les gens ont dû rester chez eux et avaient énormément de temps pour réfléchir, ils se sont alors posé des questions sur leur propre vie.

Est-ce que ce phénomène pourrait toucher la France dans les prochaines années et prendre l'ampleur que cela a de l'autre côté de l'Atlantique ? 

Ça, c'est la grande question. Il y a une vraie différence culturelle au niveau du travail entre les deux pays. Là-bas, la mentalité n’est pas la même, les gens sont un peu plus des entrepreneurs dans l’âme qui vont avoir l’envie de créer plus facilement. Et de manière pragmatique, en France, il est plus compliqué de trouver un travail, comme il est plus difficile pour les employeurs de licencier des personnes lorsque cela se passe mal. Dans des pays comme les États-Unis ou le Danemark, on peut certes virer quelqu'un très facilement, mais aussi embaucher quelqu'un extrêmement rapidement.

Mais malgré ces différences, je pense que le phénomène de démission est déjà en route chez nous. De par le fait que les gens ont goûté au télétravail et ont eu le temps de repenser leur vie, ça ne va que s'accélérer. Tout porte à croire, quand on regarde les tendances, que les gens se dirigent vers quelque chose de plus flexible, ce qui montre que les entreprises qui ne proposent que du présentiel auront plus de mal à recruter.

Et comment devraient réagir les employeurs pour contrer cette envie de quitter son travail ? 

On change un peu de paradigme, c'est-à-dire qu'avant c'était les employeurs qui donnaient du travail, aujourd'hui ce sont les employés qui donnent de leur temps et les employeurs qui doivent presque séduire les employés. C’est le cas notamment pour les métiers en forte demande comme les commerciaux, les développeurs... Dans ces milieux, les employés veulent qu’on leur donne envie de venir travailler chez soi. Sur ce point, les entreprises qui sont un peu sexy seront gagnantes car elles vont attirer plus facilement des talents. Pour évoluer, il s’agit aussi pour les sociétés de s'adapter aux demandes directes des employés. Néanmoins, cela dépend de chaque secteur. Je pense que c'est très lié à la culture d’entreprise, forcément une entreprise qui est associée à une usine ne peut pas faire la même chose qu’une entreprise tech, c'est évident. Mais par contre, on peut à chaque fois faire des efforts dans un sens ou dans l'autre, que ce soit vers la flexibilité des horaires de travail mais aussi par exemple sur les postes, sur les carrières, peut-être même sur les avantages associés, suivant le domaine de l’entreprise.

Pour évoluer, il s’agit aussi pour les sociétés de s'adapter aux demandes directes des employés.

Concrètement, de quelle manière les entreprises peuvent-elles draguer les salariés ? 

À l'heure actuelle, en 2022, je pense que la première chose à faire est de poser la question à ses employés tout simplement. Qu'est-ce qu'ils veulent ? Quelles sont leurs aspirations ? Est-ce que c'est plus important pour eux de gagner tous les jours en temps de trajet ou est-ce que c'est plus important pour eux d’avoir un petit peu de bénéfices à côté ? Et ensuite, en tant qu’entreprise, on peut prendre des décisions à partir de là. Donc ça, c'est plus en interne et après il y a la manière externe, c'est aussi peut-être mettre en valeur des choses qui sont intéressantes dans son entreprise pour attirer les futurs employés. Nous par exemple chez Edusign, on arrive à se différencier et à recruter des profils beaucoup plus facilement par le fait qu'aujourd'hui il y a assez peu d'entreprises en France qui proposent du travail à distance à plein temps comme nous le faisons. Pour les grands groupes, ce sera peut-être le salaire ou alors les opportunités de carrière. Ainsi, c'est à chaque entreprise de trouver son argument de vente ; chacun sa force.

La pandémie a également rebattu les cartes pour le choix de son métier. Cela a-t-il poussé les Français à se reconvertir pour en changer ? 

Oui, je pense qu'il y en a un certain nombre effectivement qui réalisent qu’ils n’ont pas fait le bon choix de job. On sait que maintenant avec Internet on peut se former beaucoup plus facilement. Il y a l'émergence des moocs et même l’émergence d'organismes de formation comme le CPF qui permettent, quand c'est bien utilisé, de déclencher des formations sans avoir à sortir énormément de sous de sa poche. Les organismes de formation comme Rocket School et iconoClass prennent dans leurs rangs des personnes qui sont inscrites à Pôle emploi pour leur dispenser une formation gratuite, ou en tout cas financée par la région et pôle Emploi, qui va les aider à trouver un tout autre travail. On voit par exemple des charpentiers qui finissent commerciaux. Tout est possible dans la reconversion !

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