La circulation massive de fausses informations médicales inquiète désormais les pouvoirs publics. Amplifiées par les réseaux sociaux, ces infox influencent les comportements, détournent certains patients des soins et fragilisent la prévention. Lundi 12 janvier 2026, le ministère chargé de la Santé a présenté une stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé. Objectif affiché : garantir à tous une information fiable, accessible et compréhensible afin de permettre des choix éclairés en matière de santé.
Une menace directe pour les patients et les systèmes de santé
La désinformation ne se limite plus à quelques rumeurs isolées. Vaccination, cancer, alimentation, traitements alternatifs ou encore santé visuelle : aucun champ médical n'y échappe.
Le professeur Mathieu Molimard, pharmacologue clinicien au CHU de Bordeaux et co-auteur du rapport d'expertise remis à la ministre de la Santé, alerte sur ses conséquences concrètes. "La désinformation tue parce que quand on arrête un traitement pour prendre un traitement proposé par un charlatan, on met sa vie en danger. Quand on arrête un vaccin ou qu'on ne le prend pas, on peut mourir", rappelle-t-il, évoquant notamment des décès liés à la rougeole aux États-Unis.
Selon le rapport, ces infox prospèrent dans un environnement numérique où les algorithmes privilégient l'émotion au détriment des faits scientifiques.
"C'est en train de se développer de plus en plus, avec une volumétrie de la désinformation qui augmente énormément, favorisée par les réseaux sociaux", constate le professeur. Militants, influenceurs et parfois lobbies économiques alimentent ces discours trompeurs, souvent à des fins financières. "La désinformation rapporte beaucoup", souligne-t-il, tout en dénonçant les pressions et menaces subies par les scientifiques engagés dans la défense des données factuelles.
Quatre axes structurants pour une réponse durable
Présentée comme une réponse collective et durable, la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé s'articule autour de quatre axes complémentaires.
1. Mieux comprendre les pratiques d'information des citoyens
Ce premier axe vise à analyser la manière dont le public s'informe en matière de santé et à identifier les mécanismes de diffusion des infox. Il prévoit notamment :
- le déploiement d'enquêtes d'opinion et d'un baromètre national ;
- la création de communautés citoyennes en ligne pour étudier l'exposition à la désinformation et les réflexes de vérification ;
- la mise en place d'un Comité citoyen chargé de formuler des recommandations à destination des pouvoirs publics.
2. Créer un Observatoire de la désinformation en santé
Le deuxième pilier repose sur la constitution d'un Observatoire dédié, dont les missions sont multiples :
- assurer une veille continue sur les phénomènes de désinformation ;
- analyser les tendances émergentes ;
- produire des baromètres, des travaux de recherche et des revues de littérature ;
- alerter et sensibiliser les professionnels de santé, les médias et les institutions.
3. Déployer un dispositif opérationnel d'infovigilance
Dès la fin du mois de janvier, un dispositif d'infovigilance doit permettre une réponse rapide aux infox médicales. Il s'appuiera sur :
- la détection précoce des fausses informations ;
- l'analyse de leur viralité et de leurs ressorts ;
- la diffusion de réponses scientifiquement validées ;
- la publication de contenus pédagogiques courts sur les réseaux sociaux ;
- des décryptages de référence accessibles via le site public Santé.fr.
4. Agir sur le long terme par l'éducation et la responsabilisation
Le dernier axe vise à installer durablement un climat de confiance autour de l'information en santé. Il prévoit :
- le renforcement de l'éducation critique à l'information dès le plus jeune âge ;
- la poursuite de la responsabilisation des plateformes numériques ;
- l'intégration de la désinformation en santé dans les programmes de recherche.
L'objectif affiché est de bâtir un socle de confiance solide entre la science, les institutions sanitaires et les citoyens.
Des relais de terrain et une mobilisation encore fragile
Certains secteurs se révèlent particulièrement exposés, comme la santé visuelle. Promesses de "lunettes qui guérissent la myopie", discours alarmistes sur les écrans ou compléments alimentaires présentés comme des alternatives aux équipements optiques alimentent la confusion. Dans ce contexte, les professionnels de santé et les acteurs de terrain, notamment les opticiens, apparaissent comme des relais essentiels pour orienter les patients vers des sources fiables.
Reste un point de fragilité souligné par les experts : la mobilisation politique. "Les politiques n'ont absolument pas conscience du problème", regrette Mathieu Molimard, rappelant que seule la moitié des partis sollicités a répondu aux travaux de la mission. Pour le gouvernement, la réussite de cette stratégie dépendra pourtant de l'engagement coordonné de l'ensemble des acteurs de l'écosystème informationnel.
La rédaction d'Assurland