La France ne consomme pas davantage de médicaments qu'il y a dix ans, mais elle les rembourse beaucoup plus cher. Derrière une stabilité des volumes, l'Assurance maladie voit ses dépenses tirées vers le haut par des traitements innovants, notamment en oncologie. Une transformation profonde de la structure des remboursements, qui interroge la soutenabilité du système.

Une consommation stable, des remboursements en forte hausse

En 2024, l'Assurance maladie a remboursé 27,2 milliards d'euros de médicaments délivrés en pharmacie de ville, soit une hausse de 7,2 % sur un an. Sur la période allant de juillet 2024 à juin 2025, 2,54 milliards de boîtes ont été prises en charge, un volume globalement stable depuis cinq ans. En moyenne, chaque assuré s'est vu rembourser 41 boîtes de médicaments sur l'année, pour un montant de 437 euros.

Cette apparente stabilité masque de fortes disparités. À partir de 80 ans, la consommation explose : 108 boîtes par an en moyenne, conséquence directe de la polymédication liée au vieillissement et aux maladies chroniques. Le prix moyen d'une boîte reste contenu, à 11,26 euros, les médecins généralistes prescrivant majoritairement des médicaments peu coûteux, autour de 5,30 euros l'unité.

Les traitements à moins de 5 euros représentent ainsi 75 % des volumes, mais seulement 10 % des dépenses. "Il n'est pas question de mettre en place des quotas de prescription de médicaments", a rappelé Thomas Fatôme, directeur général de la Caisse nationale de l'Assurance maladie, alors qu'un texte est en concertation pour limiter la délivrance d'antalgiques à deux boîtes par passage en officine, dans une logique de "juste délivrance".

Paracétamol en tête, anticancéreux en pole position des coûts

Sans surprise, le paracétamol reste le médicament le plus remboursé en France en volume : plus de 430 millions de boîtes délivrées à mi-2025, pour 42,5 millions de patients. Son faible prix unitaire limite toutefois son impact financier, avec 371,6 millions d'euros de dépenses. Derrière lui figurent la vitamine D (Zymad ou Uvedose, environ 72 millions de boîtes) et l'amoxicilline (Clamoxyl), malgré les campagnes visant à réduire la consommation d'antibiotiques.

À l'autre extrémité du spectre, les médicaments les plus chers pèsent de plus en plus lourd. En 2024, les traitements anticancéreux ont représenté 7,1 milliards d'euros de remboursements, en hausse de 11,5 % sur un an. Les antinéoplasiques, destinés à bloquer la prolifération des cellules cancéreuses, sont devenus la première classe thérapeutique en valeur, après avoir occupé la neuvième place en 2015.

Deux molécules symbolisent cette envolée : le Keytruda, avec 2,1 milliards d'euros remboursés sur douze mois, et le Darzalex, à 1,05 milliard d'euros. À eux seuls, les médicaments de plus de 1 000 euros, qui ne représentent que 0,5 % des volumes, concentrent désormais un tiers de la dépense totale.

Des innovations vitales, un enjeu de soutenabilité

La transformation est encore plus frappante lorsqu'on observe l'évolution des prix des traitements innovants. En une décennie, le coût catalogue de certains médicaments s'est envolé, avec des produits qui dépassent désormais 185 000 euros par patient et par an. Deux traitements atteignent même des niveaux exceptionnels, supérieurs à un million d'euros annuels : le Bylvay, prescrit à une cinquantaine de patients atteints d'une maladie rare du foie, et le Myalepta, destiné à une pathologie grave du tissu graisseux.

Ces montants sont affichés avant remises, celles-ci pouvant être très élevées et rester confidentielles, notamment pour les maladies rares, afin de préserver l'accès aux soins et la soutenabilité du système. Pour autant, la dynamique globale inquiète. "Alors qu'en 2015, un seul médicament dépassait un coût de traitement annuel de 100 000 euros par patient, ils sont 21 en 2025 à franchir ce seuil", souligne l'Assurance maladie.

Cette évolution modifie profondément la structure des dépenses. Si les médicaments les plus onéreux ne représentent qu'une fraction marginale des volumes remboursés, ils concentrent désormais une part croissante des montants pris en charge, illustrant la tension croissante entre innovation thérapeutique et équilibre financier du système de santé.



Assurland vous aide à mieux comprendre
l'assurance santé