L'espérance de vie en bonne santé progresse en France depuis plus de quinze ans. Une étude publiée par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) montre qu'à 65 ans, les Français vivent plus longtemps sans limitations dans les gestes du quotidien. Cette évolution, souvent mise en avant dans les débats sur les retraites, reste toutefois contrastée : la dynamique observée entre 2008 et 2019 marque le pas depuis quelques années, tandis que les écarts entre les hommes et les femmes persistent.
Une amélioration continue de l'espérance de vie sans incapacité depuis 2008
Depuis 2008, l'espérance de vie sans incapacité à 65 ans a progressé d'1 an et 9 mois pour les femmes comme pour les hommes, soit en moyenne 1,3 mois supplémentaires par an. En 2024, les principaux repères chiffrés sont les suivants :
- femmes de 65 ans : 11,8 ans d'espérance de vie sans incapacité et 18,5 ans sans incapacité forte ;
- hommes de 65 ans : 10,5 ans d'espérance de vie sans incapacité et 15,8 ans sans incapacité forte.
Cet indicateur correspond au nombre d'années qu'une personne peut espérer vivre sans être limitée par un problème de santé dans les activités de la vie quotidienne. Il repose sur une enquête menée auprès d'environ 22 000 ménages et permet des comparaisons harmonisées au niveau européen.
Ces résultats confirment que les Français vivent plus longtemps en meilleure santé fonctionnelle. Ils alimentent régulièrement les réflexions sur le maintien en emploi des seniors, dans un contexte de vieillissement de la population et d'allongement des carrières.
Les facteurs identifiés par la Drees pour expliquer ces évolutions
La Drees identifie trois leviers principaux pour expliquer la progression de l'espérance de vie en bonne santé observée depuis 2008 :
- le recul de l'âge d'apparition des maladies chroniques liées au vieillissement, qui permet de préserver plus longtemps l'autonomie ;
- l'amélioration de la prise en charge médicale, réduisant la durée et l'intensité des incapacités dans la vie quotidienne ;
- une meilleure adaptation de l'environnement, notamment du logement et des aides humaines, rendant les problèmes de santé moins limitants.
Ces évolutions combinées expliquent que certaines pathologies, bien que présentes, n'entraînent plus systématiquement des limitations durables. Elles traduisent aussi l'impact des politiques de prévention et des progrès médicaux sur la qualité de vie des seniors.
Un ralentissement depuis 2019 et des écarts persistants entre les sexes
Si la tendance de fond reste positive, la Drees souligne un net ralentissement depuis 2019. Sur cette période récente, l'espérance de vie sans incapacité à 65 ans n'a progressé que de 4 mois pour les femmes et d'1 mois seulement pour les hommes. L'essentiel de la hausse observée depuis 2008 s'est donc concentré avant cette date.
Malgré ce tassement, la France demeure bien positionnée au sein de l'Union européenne. En 2023, l'espérance de vie sans incapacité à 65 ans dépassait la moyenne européenne de 2 ans et 5 mois pour les femmes, et d'1 an et 4 mois pour les hommes. Le pays se classait ainsi au troisième rang pour les femmes et au septième rang pour les hommes.
L'étude confirme enfin un écart durable entre les sexes. Les femmes vivent en moyenne cinq ans et sept mois de plus que les hommes, mais ces années supplémentaires ne sont pas toutes vécues en bonne santé. Elles sont plus souvent touchées par des maladies chroniques invalidantes mais peu létales, comme les affections musculo-squelettiques ou les troubles anxieux et dépressifs. À l'inverse, les hommes sont davantage exposés à des pathologies plus graves, telles que les maladies cardiovasculaires ou certains cancers, auxquelles ils survivent moins longtemps.
La rédaction d'Assurland