Alors que plus de 3 millions de Français vapotent quotidiennement, une évaluation inédite de l'Anses vient apporter un éclairage sans précédent sur les effets du vapotage. Si la cigarette électronique est largement perçue comme une alternative au tabac, elle n'est pas exempte de risques pour la santé. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a passé au crible près de 3 000 études scientifiques pour mieux cerner les effets du vapotage. Verdict : les dangers sont moindres que ceux du tabac, mais bien réels.

Des effets avérés sur le système cardiovasculaire et respiratoire

Les conclusions de l'Anses sont claires : le vapotage, avec ou sans nicotine, peut affecter le système cardiovasculaire. En présence de nicotine, l'agence évoque un risque "probable" d'augmentation de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque et de l'altération des vaisseaux sanguins. Même sans nicotine, des effets similaires sont observés, bien que les données soient encore insuffisantes pour établir un lien formel avec des maladies chroniques comme l'AVC ou les infarctus.

Sur le plan respiratoire, les effets sont qualifiés de "possibles" : toux, irritation, sifflements et association potentielle à la BPCO. Quant au potentiel cancérogène, aucun lien direct avec le développement de tumeurs n'a été prouvé, mais des altérations cellulaires compatibles avec les premières étapes de la cancérogenèse ont été observées, notamment des lésions de l'ADN et des modifications génétiques.

Chez la femme enceinte, l'inquiétude est d'autant plus grande. L'exposition du fœtus aux substances chimiques issues du vapotage pourrait nuire au développement de son système cardiovasculaire et respiratoire, selon un risque jugé là aussi “possible” par les experts.

Une pratique loin d'être anodine, surtout chez les jeunes

L'enquête révèle une banalisation inquiétante du vapotage chez les adolescents. En France, un tiers des jeunes vapoteurs de 13 à 17 ans n'ont jamais fumé de cigarette traditionnelle, mais sont attirés par les saveurs sucrées, fruitées ou mentholées, jugées plus agréables que le goût du tabac. Le vapotage est devenu une pratique sociale "tendance", alimentée par les réseaux sociaux et un marketing ludique.

Près de la moitié de ces jeunes vapotent des liquides contenant de la nicotine, s'exposant ainsi à un risque élevé de dépendance. L'Anses alerte sur l'impact de la nicotine sur un cerveau encore en développement, susceptible de créer une addiction plus rapide et plus durable.

Face à ces constats, l'agence recommande :

  • l'interdiction stricte de la vente de cigarettes électroniques aux mineurs ;
  • l'arrêt de toute forme de publicité ou de promotion pour ces produits ;
  • une vigilance accrue sur l'attractivité des arômes sucrés et fruités ;
  • un encadrement renforcé pour limiter l'initiation des jeunes non-fumeurs.

Une solution transitoire pour les fumeurs, mais pas sans danger

Si la cigarette électronique est souvent utilisée comme une aide à l'arrêt du tabac, l'Anses rappelle qu'elle doit rester une solution transitoire, intégrée dans un parcours de sevrage encadré. Le double usage (vapoter tout en continuant à fumer) cumule les expositions aux substances toxiques du tabac et de la cigarette électronique.

Le vapotage expose à des substances chimiques préoccupantes. L'Anses a identifié 1 775 composés dans les aérosols, dont 106 sont jugés problématiques. Ces substances proviennent des liquides, du matériel chauffant ou résultent de réactions chimiques. Certains composés comme le diacétyle ou le sucralose, utilisé pour masquer l'amertume, sont particulièrement surveillés en raison de leurs effets potentiellement cancérigènes ou toxiques pour les poumons.

Autre constat préoccupant : 22 % des vapoteurs fabriquent eux-mêmes leurs liquides, utilisant parfois des huiles essentielles ou des arômes alimentaires non conçus pour être inhalés. L'agence déconseille formellement cette pratique artisanale.

Enfin, faute de recul suffisant, il est encore difficile de mesurer ses effets à long terme. Mais l'absence actuelle de signaux sanitaires majeurs laisse penser que le vapotage reste moins nocif que le tabac, première cause de mortalité évitable en France.

"L'enquête conclut donc que la vapoteuse peut être utilisée pour arrêter de fumer, mais elle doit rester une option transitoire", souligne Benoît Labarbe, chef de l'unité d'évaluation des produits du tabac à l'Anses.


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