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L'UFC-Que Choisir dévoile une nouvelle carte des déserts médicaux

02 déc. 2022 Quentin Bas Lorant 221 vues

À l'heure des discussions autour du PLFSS 2023, l'UFC-Que Choisir a récemment publié une carte interactive soulignant "l’état déplorable de l’accès géographique et financier aux soins en France". La nouvelle étude de l'association de consommateurs est édifiante concernant les déserts médicaux, et prend également en compte le problème croissant des dépassements d'honoraires. Maria Roubtsova, chargée de mission santé au sein de l’UFC-Que Choisir, nous présente cette enquête.

Quelles différences avec les précédentes éditions de cette enquête ?

Les problèmes d'accès aux soins sont de plus en plus fréquents dans de nombreux territoires, ce qui a conduit l'association à s'intéresser au sujet en 2012, puis en 2016 avec la même méthodologie, et cette année, nous avons décidé de l’améliorer. Pour les tarifs des médecins par exemple, nous avons une base de données plus exhaustive, grâce aux informations de la Sécurité sociale. Pour les localisations, nous utilisons des coordonnées GPS plus précises, et notre méthode pour calculer le temps de trajet entre les villes a aussi été grandement améliorée. Nous faisons une moyenne des trajets en voiture en heure pleine et creuse, donc nous sommes beaucoup plus précis.

S’agit-il uniquement de données publiques ?

Nous avons travaillé avec la SKEMA business school, qui a un centre de données de santé, qui récupère et archive des données de santé. La Sécu écrase en effet certaines données tous les mois, par exemple Open DAMIR, présente les remboursements de soins effectués par l'ensemble des régimes d'assurance maladie. Ils nous ont aidé à trouver les données et à réaliser nos calculs, mais tout vient en effet de sources publiques.

Peut-on dire que la désertification médicale s’aggrave en France ?

Dans la mesure où nous avons revu la méthodologie depuis notre dernière étude sur le sujet, nous ne pouvons pas conclure, en toute rigueur, que la situation empire. Toutefois, on peut se fier à d’autres sources : l'Assurance maladie elle-même note que la répartition des généralistes a empirée entre 2016 et 2019 (rapport consulté par l'AFP en juillet). Et en termes de prospective, ce que nous avons observé dans l'étude, c'est que c’est dans les départements les moins denses en généralistes que l’on trouve les médecins les plus âgés. Donc tout porte à croire que la situation risque de continuer à se dégrader, si on ne revient pas sur la libre installation des médecins.

Le vieillissement de la population risque aussi d’augmenter la demande en soins

Oui, dans les années à venir, les besoins de soins vont en effet augmenter pour les personnes âgées, qui seront de plus en plus nombreuses, et notamment du côté de la médecine généraliste et de l’ophtalmologie. Mais de l'autre côté de la pyramide des âges, nous manquons aussi de pédiatres : il faudrait en former deux fois plus par rapport au nombre de bébés chaque année.

La particularité de votre étude est aussi d’intégrer la barrière économique

En effet, car l’accessibilité des soins, c'est aussi l'accessibilité financière. Quand un patient a besoin de consulter très rapidement, il va sacrifier son temps de trajet ou le prix qu’il va payer. Mais en réalité, ce n’est pas nécessairement un choix conscient, car le système de tarification est opaque. Une partie de population n'y voit pas clair entre le conventionnement secteur 1 et 2, et donc beaucoup de restes à charge sont en fait non-anticipés. On a le même problème avec l'opacité des couvertures des complémentaires santé. 95 % des Français ont aujourd’hui une mutuelle, mais encore faut-il comprendre ce qu'elle rembourse ou pas. Pour les dépassements d'honoraires, c'est très variable selon les complémentaires. Certaines ne les prennent pas du tout en charge, d'autres jusqu'à 300 % de la BRSS, ce qui est aussi en soi difficilement lisible. Ainsi, dans les faits, beaucoup consultent sans savoir à l’avoir de combien sera leur reste à charge.

"Une partie de population n'y voit pas clair entre le conventionnement secteur 1 et 2, et donc beaucoup de restes à charge sont en fait non-anticipés. On a le même problème avec l'opacité des couvertures des complémentaires santé. 95 % des Français ont aujourd’hui une mutuelle, mais encore faut-il comprendre ce qu'elle rembourse ou pas".

 

Quelles sont les grandes tendances géographiques des déserts médicaux ?

Il y a un phénomène de diagonale du vide vers le centre de la France. Pour les spécialistes, les grandes métropoles sont généralement épargnées, mais pour leurs habitants, l'accessibilité financière n’est pas bonne, car il y a une pratique massive des dépassements dans ces agglomérations. Mais, en règle générale, qu’elle que soit la spécialité, les grandes métropoles, le littoral, le sud, et les montagnes sont plutôt bien soignés, et le reste de la France est davantage délaissé.

Comment expliquer la hausse des dépassements ?

Tout d’abord, les tarifs des consultations pour les spécialistes n'ont pas été revalorisés depuis un certain temps. Ces derniers sont donc amenés à augmenter les prix de leur consultation. C’est doublement dommageable pour le patient, car si la Sécurité sociale n’augmente pas ses tarifs de base pour les remboursements, elle se repose sur les mutuelles pour rembourser un reste à charge qui augmente. Le patient paye ainsi plus chez le spécialiste et voit sa cotisation de mutuelle santé augmenter, car ces organismes doivent dépenser davantage en remboursement et le répercutent sur leurs propres tarifs. Enfin, le fait que l’offre médicale soit insuffisante fait aussi grimper mécaniquement les prix, parce qu'il y a un déséquilibre avec la demande. 

Comment fonctionne la carte interactive que vous publiez ?

Nous avons classé toutes les communes de France selon leur accessibilité aux médecins, c’est-à-dire en fonction du nombre de médecins par patient dans un rayon de trente minutes autour de la commune pour les généralistes, et de 45 minutes pour les spécialistes. Pour calculer la demande de soins, nous avons récupéré les données de la Sécu et l’Insee pour connaître la démographie par commune.  Nous avons considéré que la demande de soins était plus élevée dans les villes dans lesquelles vivent davantage de personnes âgées par exemple. Nous avons ainsi établi un classement des communes de France : il y a un désert médical quand l’accessibilité est au moins inférieure à 60 % de la moyenne nationale. Toutefois, dans les zones non classées, on ne prétend pas que tout va bien, puisque selon une étude de l’UFC de 2019 par exemple, un médecin sur deux ne prend pas de nouveaux patients. Donc même dans des zones non identifiées comme sous dotée, il peut y avoir problème d'accès aux soins. La carte est accessible gratuitement et il est possible d’interpeller son député avec la génération d’un mail prérempli. Un bouton sert également à interpeller les ministres sur Twitter.

Quelle est la position de l’UFC sur les différentes mesures prises pour lutter contre ces problèmes d’accès aux soins ?

Nous approuvons la suppression du numérus clausus, il s’agissait d’une demande de longue date de l’UFC. Maintenant, nous regrettons que les capacités de formation n’aient pas été augmentées à la hauteur des besoins. La première année après la suppression, les effectifs en 2e année de médecine ont augmenté que de 14 %, mais pas les moyens. Les pouvoirs publics ont demandé aux facs de faire plus avec autant de moyens. Cela est d'autant plus urgent à repenser que former un médecin prend dix ans. Sur les aides financières incitatives, nous disons de longue date que c’est insuffisant. Il y a un effet d'aubaine pour les médecins qui empochent ces aides et cela n'affecte pas leur choix d'installation. La Cour des comptes dresse un bilan très critique sur ce point. Il est temps de passer à des mesures plus coercitives et d’orienter les médecins vers les zones dans lesquelles ils sont les plus nécessaires, avec un contrôle de l'installation, sur le modèle de ce qui se fait pour les infirmières. Nous souhaitons que le ministère et les agences régionales de santé définissent des seuils pour circonscrire les zones les moins bien dotées. Pour s'installer ailleurs, il faudra attendre un départ à la retraite, sauf à renoncer aux dépassements d'honoraires. En somme : pas d'installation en zone surdotée excepté en secteur 1. Enfin, il faudrait aussi interdire les nouvelles installations avec dépassements d’honoraires supérieurs à l'OPTAM (soit plus de deux fois le tarif de base de la Sécu), pour éviter d’arriver à des prix moyens autour de 80 euros en moyenne dans les grandes villes pour les spécialistes. Sans compter qu’outre le prix de la consultation, le patient paye ses cotisations sociales et sa cotisation de complémentaire santé, il ne doit pas en plus payer une quatrième fois pour des aides financières qui sont sans effets bénéfiques.

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