Un quart des communes françaises se trouvent aujourd'hui fragilisées par la conjonction du changement climatique et de la dégradation de leurs conditions d'assurance. C'est le constat dressé par les associations Reclaim Finance et Data For Good, qui ont lancé mercredi 1er juillet une carte interactive pour cartographier ce phénomène. Entre sécheresses, inondations et tempêtes, 9 398 communes voient leur budget directement affecté par la hausse des primes d'assurance. Certaines collectivités enregistrent même des augmentations dépassant 500 % en quatre ans.
Une carte pour mesurer la vulnérabilité des communes
Les deux associations ont bâti un indice de vulnérabilité à partir de quatre critères : l'exposition aux risques climatiques, la prévention, la situation économique et les dépenses d'assurance. Baptisé Assurermaville.fr, l'outil croise ces données pour offrir une vision claire aux élus locaux et aux citoyens.
Le constat est net : la facture d'assurance peut représenter jusqu'à 10 % du budget annuel de certaines communes. Entre 2020 et 2024, 82 % d'entre elles ont vu leurs dépenses d'assurance multirisques augmenter. Seul un tiers dispose aujourd'hui d'un plan de prévention des risques naturels.
Des hausses de coûts qui dépassent parfois 500 %
Plus de 200 communes se trouvent en situation d'extrême vulnérabilité, en croisant exposition climatique et dégradation des conditions d'assurance. Nîmes illustre ce phénomène : la ville du Gard, frappée par des sécheresses et des inondations, a vu ses dépenses grimper de 130 % entre 2020 et 2024.
D'autres communes, plus petites, subissent des hausses encore plus fortes. Vivonne, dans la Vienne, a ainsi enregistré une augmentation de plus de 400 % sur la même période. Tom Hauser, chargé de campagne pour Reclaim Finance et auteur de l'étude, précise que ces hausses touchent surtout les territoires exposés au retrait-gonflement des argiles, un phénomène qui fissure les bâtiments.
Quand les dépenses d'assurance affichent une baisse (18 % des communes), l'explication tient rarement à une amélioration de la situation. Elle traduit le plus souvent une réduction des équipements couverts, voire une résiliation de contrat, selon l'Observatoire des finances et de la gestion publique locales.
Les territoires ultramarins font face à une autre pression : la fréquence croissante des vents cycloniques et des inondations. Reclaim Finance estime que le coût des événements climatiques extrêmes pourrait doubler d'ici 2050.
France Assureurs conteste l'ampleur du phénomène
Tom Hauser dénonce "les bénéfices records" réalisés par les assureurs privés. Il cite l'exemple d'Axa, qui aurait engrangé en 2025 "10 milliards d'euros de bénéfices, dont 7,5 milliards d'euros versés aux actionnaires". L'ONG réclame "un partage de l'effort financier qui soit plus juste".
France Assureurs, la fédération professionnelle du secteur, conteste ces chiffres et rappelle avoir anticipé le problème. La fédération affirme qu'"il n'y a pas eu de résiliations massives de contrats" et met en avant la cellule CollectivAssur, créée il y a un an pour accompagner les communes en difficulté.
Selon cette fédération, 146 collectivités ont saisi la cellule depuis sa création, dont 116 en 2025. Parmi elles, 21 avaient un problème d'assurabilité immédiat. Le rythme des saisines a ralenti en 2026, avec seulement 30 demandes depuis janvier.
Eric Menassi, maire de Trèbes et co-président d'un groupe de travail à l'Association des maires de France, appelle à revoir l'aménagement urbain. Sa commune a été touchée par de graves inondations en 2018. Il résume l'enjeu ainsi : "plus vous réduisez la vulnérabilité, plus vous réduisez le risque."