Adoptée via l'article 49.3 dans le cadre du budget 2026, la suppression du financement du permis de conduire par le Compte personnel de formation (CPF) pour les actifs marque un tournant majeur. Désormais, seuls les demandeurs d'emploi pourront mobiliser ce dispositif pour payer leur permis. Une décision qui suscite de fortes critiques politiques et alimente les craintes d'une fracture sociale, alors que le permis est devenu un levier essentiel d'accès à l'emploi.
Une réforme qui restreint l'accès au CPF pour les actifs
Jusqu'ici, de nombreuses auto-écoles affichaient en vitrine : "Finance ton permis auto ou moto avec ton CPF !". Depuis 2019, le permis B était même devenu la formation la plus financée par ce dispositif. En 2023, il représentait 23 % des formations prises en charge, selon la Dares (ministère du Travail). En 2024, près d'un quart des 1,5 million de candidats au permis ont eu recours au CPF.
Le gouvernement justifie cette réforme par la volonté de recentrer le CPF sur sa vocation première : accompagner les reconversions professionnelles et les bilans de compétences. L'objectif n'est pas budgétaire, puisque le montant des droits CPF reste inchangé, mais fonctionnel : éviter un usage jugé trop éloigné de la formation professionnelle.
Dans le même temps, le budget 2026 supprime également l'aide de 500 euros accordée aux apprentis pour financer leur permis, une décision jugée incohérente par plusieurs observateurs, notamment pour les jeunes de 16 à 20 ans en insertion professionnelle.
Le fonctionnement du CPF reste toutefois identique : chaque salarié à temps plein cumule 500 euros par an, dans la limite d'un plafond de 5 000 euros, financés par une contribution des employeurs. La différence est désormais claire : le permis de conduire sort du périmètre pour les travailleurs en poste.
Une levée de boucliers politique et associative
La décision a immédiatement déclenché une réaction virulente de l'opposition.
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a dénoncé sur X "un coup porté à la France du travail, notamment aux jeunes actifs". Il estime que la mesure est "punitive" et sans réel impact budgétaire.
Du côté de La France insoumise, Manuel Bompard parle d'"une raison de plus pour censurer le gouvernement" et accuse l'exécutif de "prendre l'argent des Français qui galèrent pour justifier les coupes budgétaires".
Les associations d'usagers et les représentants des auto-écoles partagent cette inquiétude. L'association "40 millions d'automobilistes" et la Fédération des auto-écoles nouvelle génération alertent sur une fracture sociale qui toucherait en priorité les populations dépendantes de la voiture : ouvriers, aides à domicile, intérimaires et salariés des zones rurales ou périurbaines.
"Cette mesure frappe de plein fouet la France qui travaille, cotise, mais dépend de la voiture faute de transports collectifs", dénoncent-elles dans un communiqué commun.
Une “bombe sociale” pour les auto-écoles et les publics précaires
La Fédération des enseignants et auto-écoles d'avenir (FENAA) va plus loin.
Son vice-président, Édouard Rudolf, qualifie la réforme de bombe sociale. Selon lui, les principaux utilisateurs du CPF pour le permis sont les publics les plus précaires. Il prévient : "Ça crée une fracture sociale énorme".
Il critique également le message envoyé par l'État. Pour le secteur, l'impact économique pourrait être lourd. Certaines auto-écoles dépendent à plus de 50 % des candidats finançant leur permis via le CPF. La fin brutale de ce flux pourrait entraîner des faillites en chaîne.
Le coût croissant du permis renforce ces tensions. Entre 2012 et 2022, son prix moyen est passé de 1 600 à 1 900 euros, soit une hausse proche de 20 %, bien supérieure à l'inflation sur la même période. Le CPF avait ainsi joué un rôle d'amortisseur pour de nombreux ménages.
La rédaction d'Assurland