Depuis près de huit ans, une fraude massive mine le système de contrôle routier français. Des centaines de milliers de véhicules circulent sous couvert de garages dits "fantômes", permettant à leurs conducteurs d'échapper aux procès-verbaux, aux retraits de points et parfois même aux poursuites judiciaires. Malgré des enquêtes répétées et un plan de lutte annoncé par l'État, le phénomène continue de prospérer, porté par des failles structurelles et des contrôles insuffisants.

Un phénomène de masse né de la réforme des cartes grises

La pratique est désormais clairement identifiée par les autorités.

Une note de la Direction nationale de la police judiciaire, datée de septembre 2025 et révélée par Le Parisien, décrit un "phénomène de masse, impliquant plusieurs centaines de milliers de véhicules et un nombre tout aussi conséquent de propriétaires véritables".

Cette fraude trouve son origine en 2017, lors de la privatisation du Système d'immatriculation des véhicules (SIV). L'objectif initial consistait à supprimer les files d'attente en préfecture en permettant aux professionnels de l'automobile d'accéder directement au fichier des cartes grises. Mais les habilitations, accordées sans contrôles suffisants, ont ouvert la voie à de nombreux abus.

Parmi les quelque 34 000 "tiers de confiance" autorisés, 10 à 20 % seraient aujourd'hui jugés indignes de ce statut, selon des estimations policières. Des escrocs créent alors des sociétés automobiles fictives, souvent à l'aide de faux documents ou d'adresses fantaisistes, et immatriculent à leur nom des centaines, voire des milliers de véhicules. Les amendes générées par ces voitures sont automatiquement envoyées à ces structures éphémères... qui disparaissent avant tout paiement.

Un système exploité par les fraudeurs et le crime organisé

Très vite, ces garages fantômes deviennent un véritable service commercial. Via les réseaux sociaux ou des intermédiaires, ils proposent à des particuliers de rouler sans jamais régler leurs PV. Les conducteurs savent que les contraventions n'atteindront jamais leur véritable destinataire.

La fraude dépasse toutefois le simple cadre des infractions routières. La police judiciaire souligne que ces montages servent aussi au blanchiment d'argent et de véhicules volés, parfois utilisés dans des trafics de stupéfiants. Pour contourner les règles, les escrocs recourent à des hommes de paille, à des ressortissants étrangers ou à des victimes d'usurpation d'identité.

L'avocat spécialisé Me Olivier Bonnefond, ancien commissaire de police, accompagne régulièrement des particuliers qui découvrent, à leur insu, être officiellement à la tête de flottes de plusieurs centaines de véhicules. Certains reçoivent jusqu'à cinquante à cent amendes par jour, pour des montants cumulés atteignant plusieurs millions d'euros. 

Des contrôles encore insuffisants face à une fraude persistante

Face à "la pluralité d'acteurs" et à leur dispersion géographique, la lutte reste complexe. La police judiciaire recommande de prioriser les garages fictifs détenant le plus grand nombre de véhicules, faute de moyens pour traiter l'ensemble des dossiers. "On ne peut pas vider l'océan à la petite cuillère", résume un enquêteur.

Pour ce dernier, la solution passerait par un contrôle en amont. "Quand une société créée le 2 du mois immatricule 250 voitures en quatre jours et disparaît le 4, rien n'empêcherait de suspendre immédiatement les immatriculations. Il faudrait une routine informatique", plaide-t-il.

En pratique, les sanctions restent limitées. Selon le ministère de l'Intérieur, environ 4 000 professionnels voient chaque année leur habilitation suspendue, un chiffre contesté par plusieurs préfets qui évoquent seulement quelques cas par département. Un plan de lutte contre cette fraude au "caractère réel et massif" a toutefois été lancé par le ministère de l'Intérieur. L'administration estime à 250 000 le nombre de véhicules frauduleusement immatriculés chaque année et affirme avoir identifié 138 garages fantômes de plus de 1 000 véhicules en Île-de-France.

Sur l'ensemble du territoire, 734 contrôles ont été menés en 2024. Un chiffre encore insuffisant au regard de l'ampleur du phénomène, qui continue de coûter des millions d'euros à l'État et de fragiliser la confiance dans le système de contrôle routier.



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